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Des experts irakiens surveillent et analysent les contre-vérités de l'EIIS

Khalid al-Taie

Dimanche 9 juin, le commandement des opérations conjointes en Irak a annoncé que sa Cellule de vigilance médiatique avait découvert que 64 % des informations que l'EIIS avait publiées en mai étaient fausses. [Photo diffusée sur les réseaux sociaux]

Une analyse détaillée des « informations » publiées par « l'État islamique en Irak et en Syrie » (EIIS) via son organe de propagande Amaq a confirmé qu'il n'y avait rien de vrai dans la grande majorité de la production médiatique du groupe, a déclaré le ministère irakien de la Défense.

Dimanche 9 juin, le commandement des opérations conjointes en Irak a annoncé que sa Cellule de vigilance médiatique avait découvert que 64 % des informations que l'EIIS avait publiées en mai étaient fausses.

Entre le 30 avril et le 27 mai, l'EIIS a publié 114 nouvelles via Amaq, dont 73 étaient fausses, a indiqué cette cellule de vigilance, soulignant que le reste était « sans valeur et pour l'essentiel destiné à permettre au groupe d'être présent dans les médias ».

« Cette analyse s'inscrit dans le cadre d'une opération de surveillance menée quotidiennement par les experts de cette cellule sur les informations, les messages et les publications d'Amaq et d'autres plateformes électroniques de l'EIIS », a indiqué le général de brigade Tahseen al-Khafaji, porte-parole du ministère.

Un soldat irakien à côté d'un camion transportant des antennes satellites trouvé sur une base de l'EIIS à Wadi al-Hussainiyat, dans le désert de l'Anbar le 26 mai. [Photo fournie par la Direction de la police de l'Anbar]

« Les résultats de la dernière analyse donnent un échantillon des mensonges et des tromperies colportés par les terroristes pour tenter de duper l'opinion publique et de prétendre que le groupe n'a pas été battu, mais reste actif et fort », a-t-il ajouté à Diyaruna.

L'EIIS cherche à diluer l'amertume de sa défaite pour ses partisans et ses sympathisants, a-t-il poursuivi, notamment après que la bataille d'al-Baghouz eut enfoncé son dernier bastion en Syrie et forcé des milliers de ses combattants à se rendre.

Des scènes de leur reddition ont été diffusées dans les grands médias, a-t-il ajouté, « les montrant dans une position de faiblesse, contraire à l'affirmation selon laquelle ils se battent jusqu'au dernier souffle ».

« Le niveau de duperie s'est renforcé »

Dans sa dernière apparition en date, diffusée en ligne le 29 avril, le leader de l'EIIS Abou Bakr al-Baghdadi a souligné « le rôle et l'importance des médias pour élever le moral de ses partisans » et promouvoir l'idéologie du groupe, a ajouté al-Khafaji.

« Depuis ce discours, le niveau de tromperie s'est accentué dans l'ensemble des publications numériques du groupe, qui a faussement revendiqué plusieurs crimes et accidents, et manifestement exagéré les détails et les résultats », a-t-il poursuivi.

La Cellule de vigilance médiatique et la Cellule nationale des opérations de guerre psychologique surveillent les messages que diffuse en ligne l'EIIS et que ses membres publient sur les réseaux sociaux, et en particulier Telegram, a-t-il ajouté.

« Tout ce qui est publié et discuté est non seulement surveillé, mais aussi inspecté et analysé », a précisé al-Khafaji.

« Des dizaines d'opérations terroristes ont ainsi pu être avortées grâce à cette surveillance médiatique et à la collecte de renseignements sur les conversations terroristes et leurs communications et messages numériques », a-t-il encore indiqué.

Grâce en grande partie à ces efforts, « les forces de sécurité ont récemment réussi à cibler d'importants centres médiatiques de l'EIIS », a-t-il ajouté.

Le 11 avril, les services antiterroristes ont détruit un centre utilisé pour la production du magazine hebdomadaire de propagande de l'EIIS, al-Naba, lors d'une opération conduite dans les monts Hamrine.

Le 26 mai, les forces de sécurité ont détruit une base de l'EIIS à Wadi al-Hussainiyat, dans le désert de l'Anbar, ainsi qu'un réseau de communications et des routeurs internet.

Les médias sont « la dernière arme » du groupe

« L'EIIS a perdu ses terres ainsi que ses ressources humaines et militaires, et les médias sont désormais sa seule arme de combat, a expliqué Hashim Hassan, doyen de la faculté d'études des médias de l'université de Bagdad.

« Les fausses informations qui impliquent exagération et tromperie sont le dernier ressort dont dispose le groupe pour rester présent dans les médias et laisser croire que sa misérable défaite ne signifie pas sa fin », a-t-il précisé à Diyaruna.

Le groupe tente de restaurer le moral de ses combattants et de recruter de nouveaux membres pour se remettre en ordre de bataille, a-t-il ajouté.

« Le groupe excelle dans la diffusion de fausses informations et la propagande, et est spécialisé dans l'utilisation des technologies numériques », a ajouté Hassan. « Il tire profit de la difficulté qu'il y a à surveiller les contenus en ligne pour pouvoir s'enraciner dans le monde virtuel. »

Le renforcement de la cybersécurité est l'un des moyens de mettre un terme à la communication et à la propagande des terroristes, a-t-il indiqué.

« Mais de façon plus importante, nous devons mettre en place un environnement hostile aux terroristes et à la pensée et aux comportements extrémistes en adoptant tout un ensemble de services économiques et de réformes sociales », a ajouté Hassan.

Nouvelle stratégie de propagande de l'EIIS

« Les résultats de la surveillance des informations publiées par l'EIIS confirment que le groupe tente d'adopter une nouvelle stratégie dans ses opérations médiatiques et de propagande », a expliqué Issam al-Fayli, professeur de science politique à l'Université al-Mustansiriyah.

Cette stratégie consiste à diffuser sans relâche de fausses informations ou à « revendiquer des incidents dès lors qu'ils servent ses intérêts », a-t-il précisé pour Diyaruna.

L'objectif du groupe est de « galvaniser ses combattants et ses cellules dormantes, et de tenter d'exercer une pression psychologique sur la population tout en sapant sa confiance envers les services de sécurité », a ajouté al-Fayli.

« La communauté internationale est appelée à exercer une collaboration plus efficace avec l'Irak » dans la surveillance de l'activité médiatique de groupes extrémistes tels de l'EIIS, a-t-il poursuivi.

Mais il doit également y avoir « une stratégie médiatique nationale qui lutte contre l'idéologie et le comportement des terroristes », a-t-il affirmé, ajoutant pour conclure que l'Irak dispose de l'expertise nécessaire pour « exposer au grand jour la machine de propagande de l'EIIS ».

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