Analyse

La conférence sous l'égide de la Russie sur le retour des réfugiés en Syrie : une farce, selon les experts

Waleed Abou al-Khair au Caire

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Une conférence sous l'égide de la Russie destinée à faciliter le retour des réfugiés syriens, qui s'est tenue les 11 et 12 novembre, a manqué de crédibilité, ont expliqué des spécialistes de la Syrie. [Photo via l'agence de presse SANA]

La conférence de deux jours organisée sous l'égide de la Russie qui s'est tenue la semaine dernière en Syrie pour faciliter le retour des réfugiés « n'a aucune valeur » parce que les principaux pays qui accueillent des réfugiés l'ont boycottée, ont expliqué des spécialistes des affaires syriennes à Diyaruna.

Ils ont décrit cette conférence comme un jeu à peine déguisé par la Russie, l'Iran et la Chine pour accélérer la reconstruction et engranger les contrats lucratifs qui l'accompagneront, et favoriser le régime syrien en l'exonérant de toute responsabilité pour les crimes qu'il a commis.

Le journaliste syrien Mohammed al-Abdoullah a expliqué à Diyaruna que la conférence pour le retour des réfugiés syriens qui s'est tenue à Damas les 11 et 12 novembre était « dénuée de tout sens » dans les circonstances actuelles, car rien n'a changé en Syrie.

Il a continué en affirmant que les conditions qui avaient contraint les civils à fuir le pays et à chercher refuge ailleurs perdurent, notamment les arrestations arbitraires, la répression, les assassinats et la corruption, qui se produisent toujours avec le soutien conscient de la Russie et de l'Iran.

« Comment peut-on inciter les déplacés internes (DI) et les réfugiés à rentrer dans leurs villes et leurs villages alors que la sécurité y fait cruellement défaut et que des raids y ont lieu encore presque quotidiennement ? », a-t-il demandé.

Avant de parler du retour des réfugiés, il conviendrait de résoudre la crise des déplacements en Syrie, en particulier dans la région d'Idlib, où plus de trois millions de Syriens ont trouvé refuge, a-t-il déclaré.

La Syrie n'est pas encore sûre

La Syrie reste vulnérable, et les Syriens ne sont pas en sécurité dans le pays, notamment dans les régions contrôlées par le régime, où ont eu lieu des arrestations arbitraires et où règne un mépris total pour les habitants et leurs besoins, a expliqué al-Abdoullah.

Dans la campagne de Damas et la province méridionale de Daraa, la sécurité s'est fortement détériorée malgré les promesses du régime à la population locale, a-t-il ajouté, ce qui accroît la probabilité d'une importante éruption de violence.

Le politologue Abdoul Nabi Bakkar a décrit cette conférence sur le retour des réfugiés syriens comme « une initiative fourbe de la part de la Russie, de l'Iran et de la Chine ».

Cette conférence avait deux objectifs principaux, a-t-il expliqué à Diyaruna.

Elle cherchait d'une part à légitimer le régime du président syrien Bachar el-Assad, a-t-il expliqué, comme si le massacre de civils et les déplacements forcés n'avaient jamais eu lieu. Et d'autre part à poser les fondements des contrats de reconstruction.

Les premiers contrats visant les infrastructures ont été annoncés durant la conférence, a-t-il poursuivi, soulignant que le fait d'injecter de l'argent pour la reconstruction en Syrie renforçait l'existence du régime en place.

Les pays voisins accueillent la plus grande partie des réfugiés syriens, mais sur ceux-ci, seuls le Liban et l'Irak avaient envoyé des représentants à la conférence, ont indiqué les organisateurs.

La Turquie accueille le plus grand nombre de réfugiés syriens, suivie par le Liban et la Jordanie. Mais cette dernière n'était pas présente à la conférence, tandis que la Turquie, soutien de l'opposition syrienne, n'avait pas été invitée, a fait savoir l'AFP.

L'UE ne participait pas non plus, après avoir maintenu que la situation n'est pas encore assez sûre pour permettre ces retours.

Par ailleurs, a indiqué Bakkar, de nombreux pays invités à participer à cette conférence n'avaient « absolument rien à voir avec la crise des réfugiés en Syrie ».

Cela jette un doute sur la légitimité de cette conférence, a-t-il poursuivi.

Ces pays étaient Cuba, l'Algérie, le Nigeria, le Kirghizistan, la Colombie, l'Argentine, le Sri Lanka et l'Abkhazie.

En invitant des délégations de ces pays, a expliqué Bakkar, les organisateurs tentaient de les utiliser comme couverture pour cacher leurs propres intentions concernant le régime d'el-Assad.

Le moment n'est pas le bon

Appelant les réfugiés à revenir avant que les conditions s'y prêtent constitue « une violation du droit international », a mis en garde Bakkar.

Les conventions internationales exigent en effet que les conditions d'une vie normale soient garanties avant le retour des civils, a-t-il précisé, ce qui implique la fin des opérations militaires, la garantie de leur sécurité et l'assurance qu'ils ne seront pas persécutés.

Selon les conventions internationales, a-t-il ajouté, les revenants devraient avoir accès aux infrastructures et aux services de base, qui ne sont actuellement pas disponibles en Syrie en raison du niveau des destructions occasionnées par la guerre en cours.

L'avocat syrien Bashir el-Bassam a expliqué à Diyaruna que le discours d'el-Assad à l'ouverture de cette conférence était « risible », en particulier la partie dans laquelle il a tenu pour responsables les pays non participants pour le déplacement des Syriens.

El-Assad faisait référence aux États-Unis et aux pays européens, alors même que ces pays accordent l'asile à des centaines de milliers de Syriens déplacés pour les protéger des agissements du régime syrien, a ajouté el-Bassam.

El-Assad a également affirmé que « des millions de Syriens » vivant à l'étranger aimeraient rentrer, a-t-il conclu, ce qui n'est tout simplement pas vrai.

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