Sécurité

Les Irakiens rejettent un nouveau mouvement politique pro-iranien

Hassan el-Obeidi à Bagdad

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De jeunes Irakiens brandissent le drapeau national en passant devant une fresque sur la Place Tahrir de Bagdad, le 28 octobre, lors d'une opération de nettoyage des forces de sécurité pour permettre la réouverture des rues entourant le centre de la ville, théâtre de manifestations anti-gouvernementales et anti-iraniennes. [Ahmad al-Rubaye/AFP]

Le nouveau mouvement politique religieux Ahd Allah épaulé par l'Iran rencontre un net rejet populaire en Irak, où il est perçu comme une autre tentative de l'Iran de perturber les prochaines élections dans le pays, ont expliqué des observateurs à Diyaruna.

L'Iran facilite la mise en place de nouveaux mouvements et de nouveaux blocs politiques dont le but est d'influencer les prochaines élections parlementaires, qui ont été avancées au mois de juin 2021 en partie pour répondre aux exigences des manifestants.

Ces tentatives iraniennes sont une réponse à l'émergence d'un certain nombre de mouvements civils et de la jeunesse alimentés par les mouvements populaires, qui cherchent à profiter de ces élections pour introduire plusieurs changements dans la gouvernance du pays.

Dans la déclaration fondatrice d'Ahd Allah, l'imam chiite Hashem el-Haidari affirme que les membres de ce mouvement seraient les « enfants irakiens » du Guide suprême iranien Ali-Khamenei et de feu Ruhollah Khomeini.

Ce mouvement défend la doctrine du Wilayat al-Faqih (la Tutelle du Juriste), qui appelle à faire allégeance à Khamenei et à suivre la voie tracée par son prédécesseur Khomeini.

Selon sa déclaration fondatrice, « la voie tracée par Khomeini ne porte pas sur seul pays, un seul groupe ethnique ou un seul peuple à l'exclusion des autres ».

Un rejet populaire général

Ahd Allah se heurte à un rejet populaire général en Irak, où il est vu comme une extension des autres mouvances alignées sur l'Iran comme la Kataeb Hezbollah et Roubou Allah.

Ce mouvement ambitionne de perturber les élections et d'embrouiller les électeurs, a expliqué à Diyaruna Ali al-Darraji, membre du Mouvement civil irakien.

Il ne respecte pas le Code électoral parce qu'il se présente avec une identité iranienne, a-t-il ajouté, et est partisan de la mise en place du Wilayat al-Faqih en Irak, un pays qui abrite de nombreuses confessions, religions et groupes ethniques.

L'Irak ne répond qu'à la seule autorité de sa constitution et des lois, a-t-il poursuivi.

Al-Darraji a indiqué que des mouvements et des blocs politiques similaires devraient être annoncés dans le but ultime de tromper les électeurs et de porter atteinte aux forces civiles et aux candidats politiques qui ont émergé du mouvement de protestation.

Il a souligné qu'al-Haidari était auparavant déjà apparu sur des photos aux côtés de Khamenei, affirmant que ce mouvement ne peut qu'être considéré comme un mouvement pro-iranien sous un autre visage.

Pour l'homme politique irakien Ghaith al-Tamimi, des mouvements comme Ahd Allah sont formés dans le cadre d'une stratégie au travers de laquelle l'Iran cherche à créer un tourbillon de noms, de groupes et de mouvements armés présentant un agenda sectaire.

Ils visent à embrouiller les électeurs irakiens, a-t-il expliqué à Diyaruna, exhortant les Irakiens à ne leur prêter aucune attention.

« C'est extraordinaire de voir moquer la naissance de ce mouvement, car cela montre que les Irakiens sont conscients des dangers de l'ingérence du régime iranien dans le pays », a expliqué al-Tamimi.

Une « nouvelle couvée » pour le CGRI

Pour Falah al-Janabi, membre du Parti communiste irakien, la naissance de nouveaux mouvements et de nouvelles milices liés à l'Iran aura de sérieuses conséquences en Irak, parce tous suivent des agendas qui sont en conflit avec l'approche suivie par le gouvernement.

« L'augmentation du nombre de partis et de milices ne fait qu'accroître les problèmes en Irak, ce qui ressort clairement de leur impact sur les relations entre Bagdad et les autres capitales dans le monde », a-t-il précisé à Diyaruna.

Ces mouvements s'efforcent « d'isoler l'Irak », a-t-il poursuivi.

Il a demandé au gouvernement de « contraindre ces partis à respecter la législation irakienne sur les partis politiques et à appliquer la loi à leur égard s'ils commettent des délits ou des actes contraires à la politique de l’État ou qui portent atteinte à ses intérêts ».

Le spécialiste des affaires irakiennes Fouad Ali a qualifié Ahd Allah de « nouvelle couvée » grâce à laquelle le Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) cherche à entrer en Irak.

Les citoyens irakiens attendent une solution à tous leurs problèmes économiques, de services, de retards de paiement des salaires et de sécurité, a-t-il expliqué à Diyaruna.

Mais l'Iran continue d'injecter des mouvements supplémentaires en Irak qui appellent à la mise en place de la doctrine du Wilayat al-Faqih, a-t-il ajouté.

Mais ce n'est pas comme si cette doctrine avait été un succès en Iran, où les gens meurent de faim et de négligence et sont sous l'emprise de la peur et de la tyrannie, a-t-il ajouté.

« Le chômage est endémique en Iran, et les gens n'y connaissent pas une situation meilleure qu'en Irak », a-t-il conclu.

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