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Téhéran utilise une « armée électronique » pour inciter au chaos en Irak

Faris al-Omran

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Cette photo tirée d'Internet montre des manifestants irakiens brandissant une photo du spécialiste de la sécurité Hisham al-Hashemi, assassiné le 6 juillet par des hommes armés soupçonnés d'appartenir aux milices pro-iraniennes. Al-Hashemi était connu pour ses vives critiques du rôle des factions iraniennes en Irak lors de ses interviews dans les médias.

Téhéran a déployé une « armée électronique » en Irak pour tenter de fomenter le chaos et d'influencer les Irakiens pour qu'ils soutiennent la politique de l'Iran dans la région, expliquent des journalistes et des activistes irakiens.

Depuis 2007, le soi-disant « Syndicat irakien de la radio et de la télévision », qui prend ses ordres du Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) d'Iran monte sa machine de propagande, qui dispose aujourd'hui d'une quarantaine de chaînes de télévision diffusées en Irak.

Avec cette stratégie, le régime iranien et ses intermédiaires propagent de fausses informations qui visent à dénaturer les faits et à discréditer les opposants à l'agenda iranien en maltraitant leur réputation, en rejetant les responsabilités sur eux et en incitant à la violence contre eux.

Ainsi, « l'armée électronique » iranienne a-t-elle poursuivi ses attaques contre le mouvement de protestation irakien depuis son lancement à la fin de l'année dernière pour tenter de saper le mouvement populaire qui rejette l'influence de l'Iran et toutes les entités étrangères en Irak.

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Le 8 novembre 2019, l'Iran avait mené une large campagne dans les médias pour venir en soutien à ce qu'il appelait « l'alliance avec l'Irak », en réponse à la colère qui anime les manifestations des Irakiens pour protester contre l'intervention iranienne. [Photo diffusée sur Internet]

Ce « syndicat » appuyé par le CGRI opère parallèlement au Syndicat des journalistes irakiens officiel et mène des campagnes systématiques d'incitation et de dénigrement contre les leaders de la protestation et les médias indépendants en favorisant leurs assassinats et en contraignant plusieurs d'entre eux à fuir vers la région kurde ou hors du pays par crainte d'être pris pour cibles.

Des dizaines d'activistes ont été tués en Irak depuis le début du mouvement de protestation en octobre dernier, dont plusieurs ont été assassinés par des hommes armés qui utilisaient des armes équipées de silencieux.

L'assassinat de Hisham al-Hashemi, conseiller auprès du gouvernement irakien et spécialiste très respecté de l'extrémisme, le 6 juillet, est l'un des exemples les plus connus des efforts de Téhéran pour bâillonner les voix irakiennes.

Avant son assassinat, al-Hashemi avait reçu des menaces de mort de la part des milices irakiennes pro-iraniennes. Il était un fervent critique de l'influence de ces groupes en Irak.

Exploitation des médias par l'Iran

Les assassinats et les disparitions qui ont précédé et suivi la mort d'al-Hashemi sont autant de « déclarations de guerre » par l'Iran et ses agents contre leurs opposants qui rejettent l'hégémonie iranienne, a expliqué le journaliste et militant des droits de l'homme irakien Ahmed al-Hamdani.

« L'exploitation des médias par l'Iran n'est pas une nouveauté », a-t-il déclaré à Diyaruna.

« Le Syndicat irakien de la radio et de la télévision à Bagdad a été créé il y a plusieurs années sous la supervision de personnalités proches du régime iranien », a-t-il ajouté. « Cette institution est chargée de gérer et de financer les stations de radio et les chaînes de télévision des agents de l'Iran en Irak. »

« Ce syndicat n'est rien d'autre qu'une extension de l'Union islamique de la radio et de la télévision d'Iran appuyée par le CGRI, qui dirige également des canaux médiatiques libanais et syriens », a ajouté al-Hamdani.

Téhéran est parfaitement conscient du rôle que jouent les médias pour façonner une opinion publique et influencer la politique, a-t-il poursuivi, et le régime iranien utilise ces plateformes dans les médias pour promouvoir son programme visant à inciter au chaos et à créer des problèmes en Irak et dans la région.

« Les plateformes de média iraniennes ont franchi un pas de plus et incitent maintenant ouvertement [à la violence], dénaturant les faits et lançant des accusations contre les voix de l'opposition irakienne, et interfèrent de manière flagrante dans la souveraineté et le processus national de décision irakien », a-t-il continué.

« L'armée électronique » de l'Iran compte dans ses rangs des individus qui administrent des milliers de faux comptes sur les réseaux sociaux pour diffuser la propagande iranienne, s'en prendre aux activistes irakiens et pirater leurs comptes, a indiqué al-Hamdani.

« Ils les signalent également aux administrateurs de ces plateformes pour les empêcher de publier et d'être actifs sur les plateformes numériques, et ils suivent la même tactique envers les détenteurs de comptes qui commentent d'autres posts ou critiquent l'Iran et ses agents », a-t-il expliqué.

Les membres de cette armée aident également à propager des hashtags pro-iraniens dans les réseaux sociaux, a-t-il ajouté, entre autres « Les Irakiens rejettent la présence étrangère sur leur territoire » ou « Les Irakiens soutiennent l'Iran pour lutter contre les sanctions ».

Diffuser l'idéologie extrémiste

Outre cette « armée électronique », l'Iran et ses conspirateurs en Irak dirigent 40 des 57 chaînes satellitaires, ainsi qu'un grand nombre de stations de radio et de journaux financés directement par le CGRI, selon le journaliste et politologue irakien Ziyad al-Sinjari.

« L'Iran utilise les réseaux d'information et les médias, numériques ou non, pour atteindre ses objectifs en Irak et dans la région, qui s'attachent à propager l'idéologie extrémiste et à dénaturer les faits pour les consommateurs de ces médias », a-t-il indiqué à Diyaruna.

Le déploiement de cette « armée électronique » vise également à « protéger les intérêts de l'Iran et son agenda en réduisant au silence les voix qui appellent à s'affranchir de l'influence de l'Iran et à critiquer ses agents », a-t-il ajouté.

« L'Iran franchit encore un peu plus la ligne en incitant au sectarisme, aux divisions dans la société et à la haine, et en polarisant pour ce faire certains segments de la société en insultant les symboles religieux et nationaux, en particulier lors d'événements religieux », a continué al-Sinjari.

Le gouvernement devrait se pencher plus sur le discours et le contenu médiatique des canaux liés à l'Iran, mettre un terme à leur diffusion, et exhorter les intellectuels à contrer la rhétorique empoisonnée et les luttes sectaires qu'ils encouragent, a-t-il conclu.

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