Sécurité

Les milices vendent les armes saisies illégalement à Bagdad et dans le sud de l'Irak

Hassan al-Obeidi à Bagdad

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Les employés d'un magasin de vente d'armes dans la capitale irakienne, Bagdad, montrent des fusils en vente, le 22 septembre 2020. Les milices affiliées au CGRI sont accusées de transporter et de vendre illégalement des armes, entraînant une hausse de la criminalité et des conflits tribaux dans Bagdad et dans les provinces du sud de l'Irak. [Ahmad al-Rubaye/AFP]

Les responsables et les spécialistes irakiens que Diyaruna a pu rencontrer ont accusé les membres des milices armées affiliées au Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) de menacer la sécurité et la stabilité du sud de l'Irak en vendant des armes.

Ils ont expliqué qu'au lieu de remettre les armes abandonnées par l'EIIS à l'armée irakienne, ils les font passer des provinces de l'ouest et du nord dans Bagdad et dans les provinces du sud, où ils les vendent.

Or, la législation irakienne stipule que les armes abandonnées par l'EIIS doivent être remises à l'armée pour qu'elles soient détruites.

Les conflits tribaux et la criminalité ont augmenté de manière sensible dans la période récente à Bagdad, à Bassorah, Dhi Qar et Maysan. Selon la police irakienne, quatre Irakiens ont été tués et au moins dix autres blessés le mois dernier dans des affrontements tribaux dans les régions au sud de Bagdad.

La police irakienne a arrêté onze individus après un incident de ce type survenu dans la province de Maysan, au cours duquel une personne a trouvé la mort et une autre a été blessée.

Un haut responsable du ministère de l'Intérieur qui a parlé à Diyaruna sous le couvert de l'anonymat a indiqué que l'une des principales raisons à cette hausse de la criminalité à Bagdad et dans le sud de l'Irak tient au fait que les milices supportées par le CGRI « inondent ces régions » avec des armes ayant appartenu à l'EIIS, appelées « armes sales ».

Les milices saisissent ces armes puis les transportent vers les provinces du sud et vers Bagdad, où elles les vendent à des prix très bas, a-t-il précisé. Ainsi, par exemple, une AK-47 se vend pour 250 000 dinars (près de 200 USD), et une seule balle se vend pour 400 dinars (35 cents).

Ces armes sont vendues à des tribus, à des gangs du crime organisé et à des réseaux suspectés de trafic de drogue, a-t-il ajouté. Des enquêtes criminelles ont récemment montré que les suspects d'assassinat, de vol et de vols à main armée avaient obtenu des armes auprès de milices dont il est notoire qu'elles sont liées à l'Iran.

Les membres de ces milices profitent de leurs cartes d'identité fournies par les Forces de mobilisation populaire (FMP) pour transporter ces armes et ces munitions et les vendre à Bagdad et dans le sud de l'Irak, a précisé ce responsable.

« Une bataille difficile pour confisquer ces armes »

Cheikh Ali al-Khafaji, un leader tribal de la province de Dhi Qar, a expliqué à Diyaruna que les armes de l'EIIS saisies menacent maintenant la sécurité des régions méridionales et sont devenues « une nouvelle forme de terrorisme de la part de milices incontrôlées ».

Le ministère de l'Intérieur fait face à une bataille difficile pour saisir et confisquer ces armes abandonnées, a-t-il poursuivi.

Les milices de la Kataeb Hezbollah, al-Noujaba, Saraya al-Khorasani, Jund al-Imam, Sayed al-Shuhada, Asaib Ahl al-Haq et Badr vendent des armes volées pour s'auto-financer, a expliqué le général de brigade en retraite Saad al-Hadithi, spécialiste des affaires de sécurité.

Al-Hadithi a attribué cette évolution à l'incapacité du CGRI de financer ses milices, ce qui les contraint à s'auto-financer en vendant des armes et de la drogue et en extorquant les investisseurs.

Il a expliqué à Diyaruna qu'en dépit des directives émises en janvier 2017 par le gouvernement irakien sur les résidus d'armes et de munitions de l'EIIS, qui devraient être remises à l'armée, les milices utilisent les véhicules et les cartes d'identité des FMP pour les transporter et les vendre.

Récemment, certains membres des milices ont également commencé à transporter des armes en provenance de Syrie pour les vendre en Irak, autre signe de la drastique baisse des financements du CGRI, a-t-il continué.

Le major général Tahseen al-Khafaji, porte-parole du commandement des opérations conjointes, a expliqué à Diyaruna que les forces de sécurité poursuivent leurs efforts pour confisquer les armes et ont récemment enregistré quelques succès à Bagdad et Bassorah.

Toutefois, a-t-il poursuivi, après plusieurs décennies d'accumulation, la quantité d'armes et de munitions abandonnées en Irak est plus importante que ce à quoi l'on s'attendait.

Al-Khafaji a conclu en indiquant que plusieurs personnes impliquées dans le commerce d'armes illégales avaient été arrêtées et déférées en justice en vertu de l'Article 111 du Code pénal irakien. Il n'a pas précisé à quel moment ces arrestations avaient eu lieu.

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