Élections

Des factions liées à l'Iran menacent les élections irakiennes

Faris al-Omran

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Un Irakien vote lors des élections législatives du 12 mai 2018. [Photo fournie par le gouvernement irakien]

Les Irakiens que Diyaruna a rencontré ont exprimé l'espoir que les prochaines élections législatives modifieront la carte politique de leur pays en réduisant l'influence des partis liés à l'Iran.

Les manifestations de masse qui ont éclaté en octobre l'année dernière à cause de la corruption du gouvernement et des agissements des milices ont déclenché une colère populaire généralisée qui pourrait se traduire par des pertes électorales pour ces factions, ont-ils déclaré.

Dans son discours à la nation le 24 octobre, le Premier ministre irakien Moustafa Kadhemi a fait savoir que les élections législatives prévues pour juin 2021, avancées en partie en réponse aux demandes des manifestants, auraient lieu normalement, a rapporté l'AFP.

Le parlement irakien compte de nombreux blocs pro-iraniens qui rechignent à entreprendre des réformes politiques tangibles, et le débat sur une nouvelle loi électorale est bloqué.

Le grand ayatollah Ali al-Sistani, le plus haut représentant chiite d'Irak, est favorable à des élections anticipées et encourage les Irakiens à y participer largement.

Il a averti que retarder les élections ou les organiser sans fournir les conditions nécessaires à leur succès « aggraverait les problèmes du pays ».

Défi à l'autorité de l'État

Les manifestations ont révélé que les partis et les milices liés à l'Iran « n'ont pas de soutien populaire », a affirmé Abdoul Rahman al-Mashhadani, professeur de relations économiques à l'université Al-Iraqia.

La colère populaire monte à cause des exactions commises par ces groupes, a-t-il indiqué à Diyaruna, « et cela pourrait conduire à la baisse de la représentation des partis alliés à l'Iran dans le processus politique ».

Un changement dans le paysage politique irakien dépend également de la mise en place d'un « environnement sûr pour l'électorat, libre de l'influence des groupes armés », a déclaré al-Mashhadani.

Cela représente un défi majeur pour le gouvernement, a-t-il noté, car les groupes soutenus par l'Iran et possédant des armes illégales « n'hésiteront pas à tout faire pour préserver leurs intérêts ».

« Le pouvoir de l'argent politique et des armes que possèdent les groupes affiliés à l'Iran constitue une menace sérieuse », a affirmé à Diyaruna Ayad al-Tufan, chercheur en affaires politiques et expert militaire.

« Ces groupes pourraient utiliser leur influence pour peser sur le processus électoral, comme ils l'avaient fait lors des élections de 2018 », a-t-il ajouté.

Par leurs actions, ils ont constamment cherché à saper l'État de droit, à amoindrir le rôle des services de sécurité et des institutions officielles et à nuire à la sécurité et aux intérêts des Irakiens, a-t-il poursuivi.

Ils menacent également la paix civile en Irak, a-t-il déclaré, soulignant la récente mise à feu du siège du Parti démocratique kurde à Bagdad, après que le chef du parti, Hoshyar Zebari, a demandé l'expulsion des milices de la Zone verte.

Les milices « n'abandonneront pas facilement la couverture politique qui leur permet d'intervenir dans le processus de décision national et de protéger leur influence qui vise à servir le projet iranien », a indiqué al-Tufan.

Il a averti qu'elles pourraient tenter de perturber la situation sécuritaire avant les élections.

« Nouveau processus politique »

Les groupes fidèles à l'Iran, dont Asaib Ahl al-Haq dirigé par Qais al-Khazaali et l'Organisation Badr, font maintenant partie de l'Alliance al-Fateh, une coalition parlementaire.

Ces groupes exerceront leur influence pour « assurer une forte présence dans le prochain parlement », a déclaré à Diyaruna le spécialiste de la sécurité Majid al-Qaisi.

Ils ont commencé à préparer les élections « en recyclant leurs chefs militaires en dirigeants politiques », a-t-il fait savoir, mais malgré cela le nombre de sièges parlementaires détenus par les milices pourrait passer de 47 à 10 ou 12 sièges.

Pour cela, a-t-il déclaré, l'État doit mettre en œuvre des mesures visant à limiter la possession d'armes, promulguer une loi électorale claire et équitable, et surtout compléter le quorum de la Cour fédérale.

L'élan populaire qui rejette l'hégémonie des milices sera d'une importance capitale pour produire un nouveau processus politique et démocratique en Irak, a-t-il conclu.

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