Droits de l'Homme

Inquiétudes des experts pour les femmes yézidies face à une hausse du nombre de suicides

Khalid al-Taie

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Deux fillettes yézidies dans un camp de DI dans la province de Dohuk en 2019. [Photo fournie par le ministère irakien des Migrations et des Déplacements]

Une récente hausse du nombre de suicides parmi les yézidies qui ont survécu aux atrocités commises par « l’État islamique en Irak et en Syrie » (EIIS) préoccupe les Irakiens, qui espèrent qu’elles pourront bénéficier des soins nécessaires et d’opportunités de formation.

Les spécialistes que Diyaruna a pu rencontrer ont proposé de fournir un soutien social et psychologique aux membres de la communauté yézidie qui ont survécu à la prise violente de leurs villes en 2014 et à l’occupation qui s’en est suivie.

Fadel al-Gharrawi, membre de la Haute Commission pour les droits de l’homme, a déclaré en septembre que trois femmes yézidies déplacées s’étaient suicidées dans les camps de Dohuk et de Mont Sinjar en l’espace d’un mois.

Ces trois cas documentés concernaient des personnes qui avaient été soumises à des violences et à l’esclavage sous le règne de l’EIIS, a-t-il précisé. De plus, la mort de nombreux membres de leurs familles aux mains de l’EIIS et leur séjour prolongé dans ces camps de déplacés n’avaient fait qu’ajouter à leurs souffrances.

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Le ministre irakien des Migrations Evan Faeq Jabro rencontre une famille de yézidis déplacés originaires de Sinjar en juillet 2020. [Photo fournie par le ministère irakien des Migrations et des Déplacements]

Hausse du nombre de suicides

Houssam Abdoullah, l’un des responsables du Centre de documentation yézidi, a expliqué à Diyaruna que ces suicides parmi les yézidies sont un « dangereux indicateur ».

La récente augmentation du nombre de suicides de yézidies est alarmante, a-t-il poursuivi, soulignant que durant ces deux derniers mois seulement, sept suicides de femmes de différents âges ont été enregistrés.

Indépendamment du niveau de service qu’ils procurent, ces camps sont très loin d’une vie normale, a-t-il ajouté. Leurs habitantes sont fortement marginalisées et connaissent de graves situations financières en raison du chômage, ce qui ne les aide pas à surmonter le traumatisme d’avoir été violées ou vendues par l’EIIS, en particulier les jeunes filles.

Pour Abdoullah, il est essentiel d’élaborer un plan complet pour lutter contre ce problème et le gouvernement et les agences concernées doivent en assurer le suivi.

Les principaux besoins de ces yézidies déplacées sont l’emploi, l’amélioration des conditions de vie et de meilleurs services publics, a-t-il indiqué.

Il a souhaité que de nouvelles subventions gouvernementales soient allouées aux yézidies, soulignant que seul un faible nombre d’entre elles ont à ce jour bénéficié de ces subventions.

Sur les milliers de femmes yézidies violées et torturées, seules 375 ont reçu des subventions de deux millions de dinars irakiens (1 680 USD) chacune, a-t-il poursuivi.

Les victimes ont besoin d'un soutien constant, qui ne se limite pas à une aide financière, mais porte également sur des soins de santé mentale, a-t-il ajouté.

« Nécessité impérieuse » de traiter ces traumatismes

Khairi Bouzani, directeur général des affaires yézidies au sein du gouvernement régional kurde, a expliqué à Diyaruna qu’existe une nécessité impérieuse de répondre aux traumatismes psychologiques dont souffre la population yézidie déplacée.

Favoriser le retour des familles déplacées dans leurs villes et leurs villages est un facteur essentiel pour contenir cette crise, a-t-il continué.

Toutefois, a-t-il ajouté, ce retour doit être subordonné au fait de bénéficier d’un environnement sûr dans lequel retourner et à une aide aux revenants jusqu’à ce qu’ils trouvent du travail.

Plus de 20 000 familles yézidies sont rentrées à Sinjar ces trois dernières années, mais de nombreuses autres sont toujours déplacées. Selon les statistiques officielles, quelque 300 000 yézidis se trouvent encore dans les camps, dont la plupart sont situés dans la région du Kurdistan irakien.

Bouzani a souhaité que des salaires mensuels, et pas seulement des subventions, soient alloués à toutes les femmes yézidies survivantes qui ont eu à souffrir des éléments de l’EIIS.

Il a précisé qu’elles ont également besoin de programmes de réhabilitation pour les aider à surmonter les effets des torts psychologiques et physiques qu’elles ont subis. Cela les empêcherait de tomber dans un cycle de désespoir et de découragement.

Layla al-Barazanchi, directrice de Jud, une organisation humanitaire pour le développement et la reconstruction basée à Mossoul, a indiqué qu’elle avait travaillé avec des femmes battues et des survivantes du terrorisme psychologiquement traumatisées.

« Nous nous étions engagés à leur apporter de l’aide et à leur donner de l’espoir. La première étape consistait à leur assurer une formation débouchant sur un emploi dans les métiers de la couture et de l’artisanat », a-t-elle expliqué à Diyaruna.

Le travail a donné à ces femmes un sentiment de confiance et de détermination pour changer leur vie et envisager un avenir meilleur, a-t-elle poursuivi.

Al-Barzanji a souligné en conclusion qu’assurer une formation professionnelle et des opportunités d’emploi doit être une composante essentielle de tout programme gouvernemental visant à aider les groupes marginalisés, notamment les femmes yézidies.

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