Terrorisme

Le chef de l’EIIS avait fourni des renseignements aux États-Unis, selon un rapport

Khalid al-Taie

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Selon de nombreux observateurs, l’image du nouveau leader de l’EIIS pourrait être sérieusement écornée au fur et à mesure que les hommes de troupe du groupe apprendront qu’il avait coopéré avec les enquêteurs américains en 2008 et qu’il avait trahi al-Qaïda en Irak. [Photo diffusée sur les réseaux sociaux]

Alors qu’il était détenu par les forces américaines à la prison de Bucca dans le sud de l’Irak en 2008, le futur (et désormais actuel) leader de « l’État islamique en Irak et en Syrie » (EIIS) avait fourni aux enquêteurs une mine de renseignements sur ses coreligionnaires extrémistes.

Ces révélations concernant le leader de l’EIIS Amir Mohammed Said Abd al-Rahman al-Mawla paraissent dans des documents publiés le 17 septembre par le centre antiterroriste de l’Académie militaire des États-Unis.

Elles montrent qu’al-Mawla avait fourni aux enquêteurs des informations sur la structure administrative et organisationnelle d’al-Qaïda en Irak (AQI).

Durant trois sessions d’interrogatoire, révèlent ces documents, al-Mawla avait fourni des renseignements sur 68 membres d’al-Qaïda, identifié les photographies de 19 des leaders du groupe et fourni des informations personnelles détaillées les concernant.

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Le département d’État américain avait offert une récompense de 10 millions de dollars pour des renseignements sur le nouveau chef de l’EIIS Amir Mohammed Abdoul Rahman al-Mawla. [File]

Ces renseignements portaient sur la description de leur apparence physique, de brèves biographies, et même leurs numéros de téléphones cellulaires.

Les renseignements fournis par al-Mawla ont ainsi permis aux forces américaines présentes dans la région d’appréhender avec succès ou de neutraliser des dizaines de combattants d’al-Qaïda, selon ces documents.

« Une mine de renseignements »

Al-Mawla avait fourni ces renseignements lorsqu’il était en train de quitter al-Qaïda pour rejoindre l’EIIS, a expliqué le spécialiste des renseignements Fadel Abou Ragheef à Diyaruna.

Il semble avoir été influencé par le leader de l’EIIS Abou Bakr al-Baghdadi, et était enthousiasmé par l’ascension de ce nouveau groupe à Mossoul, aux dépens d’al-Qaïda.

Face à la nouvelle génération de leaders extrémistes, l’approche d’al-Qaïda semble vieillie, a expliqué Abou Ragheef.

Il est clair qu’al-Mawla n’était motivé que par son intérêt et sa sécurité personnels durant ces interrogatoires, a-t-il ajouté, soulignant que ses confessions ont permis de renverser de hauts leaders extrémistes.

Parmi eux se trouvait le commandant en second d’AQI, un Marocain appelé par ses pseudonymes d’Abou Qasoura et Abou Sarah. Il a été tué par les forces américaines huit mois après qu’al-Mawla eut fourni des informations à son sujet.

Al-Mawla avait également identifié plusieurs auteurs d’assassinats, d’enlèvements et donné des informations sur la fabrication des explosifs utilisés pour cibler des soldats de la coalition internationale en Irak, a poursuivi Abou Ragheef.

« Al-Mawla a été une mine d’informations, après qu’il eut été « émir général de la charia » au sein d’al-Qaïda à Mossoul et disposait d’un réseau de connexions et de relations étroites avec de nombreux leaders dont il avait su gagner la confiance », a-t-il continué.

En 2009, un an après son arrestation, al-Mawla avait été libéré. Dix ans plus tard, après la mort d’Abou Bakr Al-Baghdadi, le 27 octobre 209, il avait accédé à la direction de l’EIIS.

Né dans la ville de Tal Afar, à majorité turkmène en 1976, al-Mawla répond à d’autres pseudonymes, notamment Abou Omar al-Turkmani, Abdoul-Amir Mouhammad Said al-Salabi, Haji Abdoullah et Abdoullah Qardash.

En juin, les États-Unis avaient doublé la récompense pour toute information conduisant à son arrestation, la faisant passer de 5 millions à 10 millions de dollars.

Des révélations susceptibles d’ébranler la confiance

« Al-Mawla n’est qu’un terroriste trompeur, et toutes les assertions et les conjectures le concernant ne sont que des mensonges utilisés par lui pour parvenir à ses fins », a expliqué à Diyaruna le politologue Maher Abed Jodah.

Les récentes révélations concernant la trahison par al-Mawla de ses collègues extrémistes pourraient bien « ébranler la confiance que ses partisans ont mise en lui », a ajouté Jodah.

« Il est certain qu’ils ne le verront plus comme un chef engagé et loyal envers la doctrine du groupe, mais plutôt comme un traître qui a trahi ses anciens alliés », a-t-il ajouté.

Ces fuites pourraient entraîner de profondes divisions au sein de l’EIIS, déjà sous tension, a-t-il continué.

« L’EIIS est paralysé sur le terrain et les mouvements de ses membres sont sévèrement limités grâce aux efforts sécuritaires continus des forces irakiennes, agissant en coordination avec la coalition internationale », a-t-il ajouté.

Même ainsi, a précisé l’expert militaire Adnan al-Kinani, les cellules dormantes de l’EIIS continuent de mener des attaques, même si elles le font à une échelle plus limitée.

Ces nouvelles informations qui discréditent l’actuel le leader « pourraient être importantes pour précipiter le déclin du groupe », a-t-il expliqué à Diyaruna.

Mais al-Mawla n’est pas le seul acteur dans cette trahison du groupe, a indiqué al-Kinani.

Plusieurs des leaders et des éléments capturés se sont rapidement effondrés et ont révélé des informations utiles sur la structure du groupe, ses sources de financement et les noms de code de ses membres, a-t-il ajouté.

Toutes ces confessions ont produit de bons résultats, qui aboutiront à vaincre le terrorisme et à saper son influence, a conclu al-Kinani.

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