Terrorisme

Doutes sur la véracité de la condamnation par l’Iran des attaques en Irak

Faris al-Omran

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Un véhicule stationné dans la Zone verte de Bagdad en septembre témoigne des dégâts causés par une roquette Katioucha. [Photo diffusée sur les réseaux sociaux]

Depuis le début du mois d’août, près de quarante attaques à la roquette ont visé les intérêts américains en Irak, et certaines ont visé les missions diplomatiques et les bases de la coalition internationale.

La plus récente de ces attaques, survenue mercredi 30 septembre, a vu six roquettes tirées depuis la province de Ninive s’abattre sur l’aéroport d’Erbil, où sont basées des troupes américaines, selon la division du contre-terrorisme de la région kurde irakienne.

Celle-ci a accusé les Forces de mobilisation populaire (FMP); un réseau paramilitaire dominé par des factions pro-iraniennes, d’en être les auteurs.

Lundi, des roquettes ont atteint un village proche de l’aéroport de Bagdad, où sont stationnées des troupes américaines. Cette attaque a tué cinq enfants et deux femmes de la même famille.

Le département d’État américain a montré du doigt les milices pro-iraniennes opérant en Irak, déclarant qu’elles « représentent un danger inacceptable » en Irak.

Mais ces milices n’ont pas revendiqué ces attaques, ce qui a provoqué la colère de nombreux Irakiens qui accusent l’Iran et ses intermédiaires de cacher leur jeu.

« Manifestation d’hypocrisie »

Aucun groupe ni aucune personne n’a revendiqué l’attaque du 5 septembre, au cours de laquelle un engin explosif improvisé (EEI) a explosé au passage d’un convoi diplomatique britannique qui traversait le centre de Bagdad.

Et aucun groupe n’a non plus revendiqué l’attaque à la roquette du 6 septembre contre un complexe résidentiel dans la Zone verte de Bagdad, qui abrite le siège et les intérêts des missions diplomatiques internationales dans Bagdad.

Le régime iranien a été prompt à les condamner, et les milices appuyées par l’Iran lui ont emboîté le pas.

Dans un communiqué du 17 septembre, le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères Saeed Khatibzadeh a déclaré que Téhéran condamne et dénonce le fait de s’en prendre à une quelconque mission diplomatique à Bagdad.

À la suite de son communiqué, les leaders des milices irakiennes affiliées au Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) iranien ont publié un communiqué similaire.

Dans un post sur la plateforme du réseau social Twitter, Abou Ali al-Askari, un responsable du Kataeb Hezbollah, a affirmé que « viser les missions diplomatiques ne sert aucun intérêt tant qu’elles ne présentent aucun danger imminent ou apparent ».

Jawad al-Talibawi, un haut responsable de la milice Asaib Ahl al-Haq, a également utilisé le réseau Twitter pour déclarer que viser des missions diplomatiques « est inacceptable et porte atteinte au prestige de l’État ».

Pour sa part, l’imam populiste irakien Mouqtada al-Sadr a déclaré que « il ne sert les intérêts de personne d’entraîner l’Irak dans un tunnel sombre puis dans la fournaise de la violence ».

Dans un post ultérieur sur les réseaux sociaux, le leader du Mouvement sadriste a déclaré : « Je ne vois pas l’avantage qu’il y a à prendre pour cible des centres culturels et des sièges diplomatiques. »

« Ces déclarations ne représentent que la volonté iranienne », a expliqué à Diyaruna l’analyste stratégique Alaa al-Nashou, soulignant l’hypocrisie des milices.

Les milices qui avaient soutenu les attaques, sans toutefois les revendiquer, reprennent maintenant en écho la condamnation par l’Iran et considèrent soudainement que ces attaques « portent atteinte à l’intérêt national plus qu’elles ne servent l’Irak », a-t-il expliqué.

La position du régime iranien sur ces attaques en Irak est « une manifestation de son hypocrisie politique», a déclaré al-Nashou, accusant le CGRI de servir ses propres intérêts stratégiques en Irak.

« Violations du droit international »

Dans un entretien accordé le 17 septembre à la chaîne al-Arabiya, l’ambassadeur des États-Unis en Irak Matthew Tueller a qualifié les attaques répétées contre les missions diplomatiques et de la coalition de « tactique pour porter atteinte à la souveraineté de l’Irak ».

« Les attaques contre les missions, les ambassades et les convois diplomatiques constituent une dangereuse violation du droit international », a indiqué le politologue Taha al-Lahibi à Diyaruna.

Protéger la présence diplomatique des pays de la coalition en Irak fait partie des hautes priorités du gouvernement, a-t-il ajouté, car toute menace ou attaque de ce type entraîne des répercussions négatives pour les intérêts et l’avenir du pays.

Al-Lahibi a imputé ces attaques au CGRI et aux milices qui lui sont affiliées, et a affirmé que cette récente condamnation par l’Iran n’est « qu’une tentative pour cacher le fait qu’il était derrière elles ».

« Cette condamnation par l’Iran n’a aucune valeur », a-t-il poursuivi. « La République islamique ment toujours, même au peuple iranien. »

« Le régime iranien paiera le prix de ses ingérences en Irak et dans la région », a conclu al-Lahibi, car son comportement conduira inévitablement à encore plus de sanctions internationales pour limiter ses plans et ses tentatives de semer le chaos.

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