Droits de l'Homme

Le ministère iranien des Renseignements espionne citoyens et entreprises

Behrouz Laregani

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Le département américain du Trésor a sanctionné la société Rana, une société-écran du ministère iranien des Renseignements et de la Sécurité, en septembre. [Photo via l’IRNA]

L’utilisation par la République islamique d’Iran d’institutions et de fonds gouvernementaux pour espionner ses propres citoyens dans le pays et à l’étranger a fait une nouvelle fois apparaître le non-respect par ce régime des libertés individuelles et des droits de l’homme.

Cela a conduit à ce que de nouvelles sanctions soient imposées par le Trésor américain contre un « groupe de cyber-menaces », 45 individus associés et une société-écran liée au ministère iranien des Renseignements et de la Sécurité (MOIS).

La Rana Intelligence Computing Company (Rana) est une société-écran du MOIS, a indiqué le Trésor le 17 septembre.

Dissimulé derrière cette société, a-t-il expliqué, « le gouvernement iranien utilise depuis plusieurs années une campagne malicieuse qui vide des dissidents iraniens, des journalistes et des sociétés internationales travaillant dans le secteur des voyages ».

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Les États-Unis ont imposé des sanctions contre un groupe de cyber-menaces, 45 individus associés, et une société-écran liée au ministère iranien des Renseignements et de la Sécurité, le 7 septembre, pour avoir espionné des citoyens iraniens. [Photo via l’IRNA]

Les 45 individus désignés occupaient plusieurs postes chez Rana, notamment cadres, programmateurs et spécialistes du piratage, a précisé le Trésor.

Le FBI (Federal Bureau of Investigation) a simultanément publié des informations détaillées sur le groupe de cyber-menaces iranien, connu sous le nom de APT39 (Advanced Persistent Threat 39), dans une alerte publique des renseignements.

Cette note du FBI a détaillé huit groupes distincts et séparés de logiciels malveillants utilisés par le ministère par le biais du Rana pour mener des activités d’intrusion informatique.

En rendant ce code public, le FBI bloque la capacité du ministère à poursuivre sa campagne, « mettant un terme à la victimisation de milliers d’individus et d’organisations dans le monde entier », a poursuivi le Trésor.

Collecte d’informations sur les personnes

Sassan Tamgha, analyste des renseignements basé en Iran, a expliqué à Diyaruna que la première mesure pour contrôler le public consiste à collecter des informations sur les personnes de manière régulière et continue.

Les cas des activistes et des dissidents emprisonnés en Iran démontrent à quel point le régime iranien est actif et avancé en matière d’espionnage et de collecte des informations privées sur ses citoyens, a-t-il indiqué.

Selon le Trésor américain, le MOIS a, sous le couvert de Rana, joué un rôle essentiel dans les abus du régime iranien et la surveillance de ses propres citoyens.

Au travers de Rana, a-t-il poursuivi, les cyber-acteurs ont « utilisé des cyber-outils d’intrusion malveillants pour cibler et surveiller des citoyens iraniens, en particulier des dissidents, des journalistes iraniens, d’anciens fonctionnaires d’État, des environnementalistes, des réfugiés, des étudiants et des professeurs d’université, et des employés d’organisations non gouvernementales internationales ».

« Certaines de ces personnes ont été arrêtées et soumises à des intimidations physiques et psychologiques » par le ministère, a ajouté le Trésor.

Rivalité entre le CGRI et le MOIS

Ces dernières années, outre le rôle toujours croissant joué par le Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) dans les domaines économique, culturel et politique du pays, son volet des renseignements a également renforcé son activité dans la collecte de renseignements sur les Iraniens, aux côtés du MOIS.

Tamgha a expliqué que la rivalité entre le bras des renseignements du CGRI et le MOIS avait conduit à ce que tous les deux agissent au détriment l’un de l’autre l’année dernière.

« Certains au sein des renseignements du CGRI pensent que la mort de Qassem Soleimani [l’ancien commandant de la Force al-Qods du CGRI] a été le résultat d’une concurrence entre ces deux organisations parallèles et le fait que ses plans de déplacement vers et en Irak avaient été dévoilés par le MOIS », a-t-il indiqué.

Le financement des activités des renseignements du CGRI se fait sur le budget général du gouvernement, dont la majorité provient des ventes de pétrole, a indiqué Tamgha.

Les sanctions internationales ciblées ont fait baisser les revenus du pétrole de l’Iran et par voie de conséquence, son budget. Mais « l’Iran a régulièrement augmenté son budget de la sécurité, des renseignements et militaire », a précisé Faramarz Irani, un politologue basé en Iran.

Cela signifie qu’au lieu d’assurer le confort et le bien-être du public et de gérer l’économie chaotique de l’Iran, le régime iranien dépense ses revenus en renseignements et en espionnage à l’intérieur du pays et dans l’exportation de l’agitation et des troubles dans la région, a expliqué Irani.

Il a expliqué à Diyaruna que les principales activités du MOIS consistent à élaborer des plans pour harceler et tourmenter les opposants intérieurs. Par ailleurs, « une partie du travail de renseignement du CGRI consiste à attirer l’attention sur les activités de déstabilisation de l’Iran dans la région, pour cacher la pression permanente sur les citoyens ».

« En tant que façade du MOIS, les objectifs de Rana ne visent pas seulement les Iraniens, mais aussi les citoyens, les entreprises et les gouvernements d’au moins une trentaine de pays au Moyen-Orient, en Afrique du Nord, en Asie et en Europe », a-t-il conclu.

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