Sécurité

L’échec de l’Iran à gérer ses missiles balistiques jette le discrédit sur son nouveau radar

Ardeshir Kordestani

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L’armée iranienne a dévoilé le radar Kashef-99 (Découvreur-99) début septembre. [Photo via Asr-e Iran]

Le passé de l’Iran, notamment durant la dernière décennie, fait apparaître une attitude cavalière à l’égard des sauvegardes, de la bonne utilisation et de la formation à la technologie des missiles balistiques, ont indiqué des analystes et des observateurs à Diyaruna.

Cela soulève des questions sur la confiance que l’on peut accorder à l’Iran concernant son nouveau système de radar à balayage électronique, dont l’armée iranienne affirme qu’il a été mis au point dans le pays et est capable d’acquérir jusqu’à 300 cibles.

Les médias iraniens ont publié des photos du radar « Kashef-99 » (Découvreur-99) le 2 septembre. Ces rapports ont décrit ce radar comme un « radar à balayage électronique portable capable d’acquérir jusqu’à 300 cibles à une portée de 12 kilomètres ».

Le tragique incident survenu le 8 janvier lors duquel le Corps des Gardiens de la révolution islamique a accidentellement abattu un avion commercial en partance pour l’Ukraine après son décollage de Téhéran n’est que le dernier d’une série de graves défaillances.

Ces erreurs remontent au moins à l’année 2011, lorsque plusieurs membres du CGRI étaient morts dans une explosion liée au programme de développement d’un missile iranien.

Histoire d’erreurs

Lors de l’incident de l’appareil en janvier, un membre du CGRI a par erreur identifié le vol 752 d’Ukraine Airlines peu après son décollage de l’Aéroport international Imam Khomeini de Téhéran en partance pour Kiev.

Il a alors tiré trois roquettes après qu’une mauvaise communication l’eut empêché de confirmer la cible avec le commandement du CGRI.

Les 176 personnes à bord ont été tuées.

Ce n’est pas la première fois de mémoire récente que l’emploi de missiles par le CGRI pour frapper une cible s’est mal passé. Le journaliste iranien Shahin Mohammadi basé aux États-Unis a rappelé l’opération Lailat al-Qadr, une frappe de missile en 2017.

Mohammadi a rappelé que lors de cette opération, le CGRI avait visé une base de « l’État islamique en Irak et en Syrie » (EIIS) dans la province syrienne de Deir Ezzor, en réponse à des attaques de l’EIIS contre le bâtiment du parlement iranien et le mausolée de l’Imam Khomeini la même année.

Au moins quatre des six missiles avaient manqué leur cible « malgré tous les moyens que le CGRI avait mis sur son programme de missiles », a indiqué Mohammadi à Diyaruna.

Le programme spatial de l’Iran, qui utilise des fusées comme véhicules de lancement (SLV), a connu trois échecs successifs ces dernières années, notamment l’explosion du SLV Safir le 29 août 2019.

Lors d’un autre incident pointant les carences de la gestion iranienne de son programme de missiles, la Marine iranienne a frappé un vaisseau de soutien lors d’un exercice d’entraînement à tir réel dans le golfe d’Oman le 11 mai, tuant 19 membres d’équipage.

« La plupart de la technologie [militaire] iranienne est rétro-ingéniée ou achetée en Russie, en Chine ou en Corée du Nord », a expliqué à Diyaruna un analyste de la Marine iranienne à la retraite, qui a souhaité garder l’anonymat.

« Aucun de ces pays n’assure une formation ou un soutien suffisant pour garantir la sécurité. »

Des millions dépensés en vain

« Les récents incidents sont survenus bien que, pour la seule année 2017, les législateurs iraniens aient alloué 520 millions de dollars pour l’amélioration des capacités des missiles iraniens, une mesure perçue comme un geste de défi à l’encontre des sanctions américaines », a déclaré Mohammadi à Diyaruna.

Les autorités iraniennes s’empressent de dire que le programme de missile de leur pays est destiné à « défendre l’Iran contre une agression » des États-Unis ou des adversaires de la République islamique dans la région.

Les responsables du CGRI minimisent en permanence leurs échecs et se vantent de leurs réussites occasionnelles, comme ils l’ont fait lorsque le CGRI a récemment lancé un satellite militaire sur une orbite de 440 kilomètres d’altitude.

Ce que les responsables iraniens ne mentionnent pas, c’est le coût incommensurable que ce programme de missiles mal administré fait peser sur leur peuple.

Ce coût trouve son origine dans l’isolement international et les sanctions américaines, qui visent à anéantir la capacité de la République islamiste à menacer les pays de la région ou à transférer des armes à ses intermédiaires régionaux.

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