Économie

Les guerres par procuration du CGRI étouffent l’économie et isolent l’Iran

Ardeshir Kordestani

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Un membre de la milice Kataeb Hezbollah, soutenue par le CGRI. L’année dernière, cette milice a lancé plusieurs attaques à la roquette contre les quartiers généraux des missions étrangères en Irak. [Photo via l’IRNA]

Les politiques militaires et économiques expansionnistes de l’Iran isolent de plus en plus le pays sur la scène internationale et exacerbent les problèmes du peuple iranien, expliquent des analystes.

Le Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) est le principal responsable de la situation catastrophique que connaît l'Iran, affirment-ils. Tout en s’enrichissant, le CGRI continue de renforcer son emprise sur l’économie et d’étouffer les opportunités commerciales pour le secteur privé.

L’économie iranienne est paralysée par les agissements du CGRI et les sanctions internationales contre le pays qui en découlent.

La production de pétrole du pays a chuté de 33 % cette année par rapport à 2019, et ses exportations ont diminué de 64 %.

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Le commandant en chef du CGRI, Hossein Salami, a déclaré que les États-Unis « mènent une guerre économique » contre l’Iran, alors que ce sont en réalité les agissements du CGRI et le soutien qu’il apporte à ses groupes intermédiaires qui ont engendré cette situation. [Photo de Tasnim News]

Selon l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), les exportations globales de pétrole de l’Iran ont diminué de 70 % par rapport à 2017, année où les États-Unis ont lancé leur campagne de « pression maximale ».

La monnaie nationale, le rial, est en chute libre, perdant plus de 500 % de sa valeur par rapport au dollar américain depuis 2015, avec une baisse de 320 % pour la seule année 2018.

Dans le même temps, les politiques expansionnistes du CGRI dans la région et son soutien à ses milices intermédiaires ont de plus en plus isolé l’Iran et éliminé toute possibilité d’investissement étranger.

Les intermédiaires du CGRI drainent les richesses de l’Iran

Un exemple de cette situation est le soutien apporté par le CGRI à la Kataeb Hezbollah, une milice intermédiaire opérant en Irak et fondée par l’ancien chef adjoint des Forces de mobilisation populaire (FMP) , Abou Mahdi al-Mouhandis.

Al-Mouhandis a été tué le 3 janvier dans une attaque aérienne des États-Unis à Bagdad, en même temps que le général Qassem Soleimani, ancien commandant de la Force al-Qods du CGRI.

« La politique étrangère agressive du CGRI et son ingérence dans les pays arabes par le biais de ses intermédiaires empêchent la normalisation des liens entre l’Iran et les États membres du Conseil de coopération du Golfe (CCG) », a déclaré à Diyaruna Amir Toumaj, analyste de recherche vivant aux États-Unis et spécialiste de l’Iran.

Loin de rompre les liens entre les États-Unis et l’Irak, chaque attaque à la roquette par la Kataeb Hezbollah rapproche davantage les diplomates américains de leurs homologues irakiens et du CCG.

« Le CGRI affirme que ses intermédiaires souhaitent défendre l’Iran contre une éventuelle agression américaine », a rapporté un analyste retraité de la marine iranienne qui a demandé à garder l’anonymat.

« Mais en réalité, ces intermédiaires ne font que drainer l’argent de l’Iran et rappellent aux grandes puissances européennes que Washington suit la bonne approche avec Téhéran », a-t-il expliqué à Diyaruna. « Pourquoi l’UE ferait-elle des affaires avec l’Iran ? Le risque en est trop important et trop coûteux en raison des sanctions américaines. »

Les responsables du CGRI admettent ouvertement que les sanctions américaines placent l’Iran sous une immense pression économique.

Début août, le général Hossein Salami, commandant en chef du CGRI, avait déclaré que « l’ennemi » de l’Iran (les États-Unis) « mène une guerre économique » contre l’Iran.

Amir-Ali Hajizadeh, un autre haut commandant du CGRI, avait pour sa part déclaré en juillet que le « problème principal de l’Iran, c’est son économie ».

Ce que ces responsables n’avaient pas dit, c'est que ce sont les agissements du CGRI qui ont engendré cette situation.

Tant que le CGRI continuera à soutenir les intermédiaires régionaux, l’Iran sera de plus en plus isolé, et son économie de plus en plus affaiblie par le succès de la campagne de pression maximale du gouvernement américain.

Cette campagne vise à éliminer la menace que représente le programme iranien de missiles balistiques, à mettre fin à ses activités terroristes dans le monde entier et à bloquer ses activités menaçantes dans la région par le biais de ses groupes intermédiaires.

En Iran, « si vous ne travaillez pas pour le CGRI, vous ne travaillez pas ».

En l’absence d’investissements étrangers, le CGRI a utilisé ces sanctions comme un outil pour renforcer son emprise sur l’économie iranienne et éradiquer la concurrence.

Les dirigeants du CGRI affirment que ses activités économiques, tout comme ses activités militaires, sont destinées à protéger l’Iran contre une agression étrangère. Mais la réalité est que le CGRI s’enrichit en dominant l’économie iranienne.

Les dirigeants du CGRI affirment que ses activités économiques, ainsi que ses activités militaires, sont destinées à protéger l'Iran contre une agression étrangère. Mais la réalité est que le CGRI s'enrichit en dominant l'économie iranienne.

Yadollah Mohammadi, cofondateur d’une entreprise de génie civil autrefois prospère à Téhéran et qui a existé pendant plus de quinze ans, a déclaré à Diyaruna : « On ne peut plus vraiment faire des affaires en Iran. C’est devenu impossible ».

« Avant, ils nous laissaient un minuscule morceau, mais maintenant le CGRI et ses sous-traitants dominent toute l’industrie du génie civil », a-t-il fait savoir. « Je n’ai pas eu d’autre choix que de fermer mon entreprise. »

Mohammadi a demandé que le nom de sa société ne soit pas divulgué, par crainte de représailles de la part du CGRI.

Maryam Khorasani, architecte à Mashhad, en Iran, a vécu une expérience similaire.

« Je travaillais pour une société appartenant au CGRI », a-t-elle déclaré à Diyaruna. « Au bout d’un certain temps, j’ai décidé que je ne voulais plus rien avoir à faire avec eux, et j’ai essayé de créer ma propre entreprise. »

« Ils ont proposé des tarifs tellement inférieurs aux miens que j'ai dû quitter ce domaine », a-t-elle conclu. « Si vous ne travaillez pas pour eux, vous ne travaillez pas. »

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