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Ghalibaf apporte des années de direction corrompue au Majles iranien

Behrouz Laregani

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Mohammad-Bagher Ghalibaf a été élu à la présidence du parlement iranien en mai 2020. [Photo via IRNA]

Des soupçons de corruption financière suivent Mohammad-Bagher Ghalibaf, le nouveau président élu du Majles (parlement) iranien, au travers de sa carrière militaire et politique, ont indiqué des observateurs à Diyaruna.

Mais cet ancien maire de Téhéran et général au sein du Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI), élu fin mai pour un mandat d’un an, a réussi à se hisser au sein de l’État et jouit du soutien indéfectible du Guide suprême Ali Khamenei.

Cet important responsable politique est surtout connu pour avoir été maire de Téhéran pendant douze ans, de 2005 à 2017. Il a également été membre du Conseil de discernement depuis 2017, nommé par Khamenei.

Avant son mandat de maire de Téhéran, Ghalibaf avait cependant occupé plusieurs postes sensibles, notamment de responsable du bras financier du CGRI, Khatam-al Anbiya Construction Headquarters, à la fin des années 1980.

Ghalibaf a plusieurs fois été accusé de corruption financière durant ces dernières décennies. Mais ces affaires avaient été annulées sans qu’il y ait eu aucune enquête, ce que les observateurs avaient attribué à ses relations avec Khamenei.

Un scandale immobilier alors qu’il était maire

En septembre 2016, le journal iranien Shargh et d’autres organes de presse avaient rapporté que Ghalibaf avait organisé la vente au rabais de près de 100 000 mètres carrés de terrain municipal à un groupe de membres du conseil municipal.

Ces lots avaient apparemment été vendus à 50 % de leur valeur.

La même année, le site Internet d’architecture iranien indépendant aujourd’hui disparu Memari News avait eu accès et avait publié un rapport classifié préparé par les services de l’Inspection générale concernant des affaires de corruption impliquant Ghalibaf.

Ce rapport pointait « la nature illégale des investissements et de la vente de biens résidentiels, commerciaux ou d’utilité publique de la municipalité de Téhéran ».

Mais en lieu et place de Ghalibaf, ce fut Yashar Soltani, le rédacteur en chef du site, qui fut arrêté après avoir été accusé de publier un rapport classifié.

Le successeur de Ghalibaf, Mohammad-Ali Najafi, avait accusé des responsables de la municipalité sous Ghalibaf d’avoir souscrit des contrats illégaux.

Selon Abdollah Paki, un commissaire aux comptes de la municipalité, la ville aurait encouru des pertes d’au moins 2200 milliards de tomans (525 millions de dollars de l’époque) par suite de la vente de terrain au rabais sous le mandat de Ghalibaf.

Il y avait eu une autre affaire de corruption pendant que Ghalibaf était maire, a expliqué Paki à Diyaruna.

Paki a poursuivi en expliquant que Ghalibaf avait embauché près de 13 000 personnes la veille de l’élection présidentielle de 2017 pour des tâches administratives, une initiative largement vue comme non nécessaire et injustifiée, qui avait coûté à la mairie de Téhéran des milliards de tomans.

Ghalibaf avait laissé à la municipalité une ardoise de près de 50 000 milliards de tomans de dettes à la fin de son mandat.

Opacité à Khatam-al Anbiya

Ghalibaf était le principal responsable de la société Khatam-al Anbiya Construction Headquarters du CGRI, créée sur ordre de Khamenei. Cette base est l'une des entreprises industrielles d’ingénierie les plus importantes et les plus influentes du pays.

Ces vingt dernières années, a expliqué l’économiste Ahmad Tavakolabadi à Diyaruna, d’importants contrats gouvernementaux ont été attribués à Khatam-al Anbiya sans formalités ni réglementations. Selon lui, ces contrats portent sur :

  • Le développement des 15e et 16e phases du champ de pétrole de South Pars, pour une valeur de 2,5 milliards de dollars
  • La construction du gazoduc Asaluyeh à Iranshahr, pour une valeur de 2 milliards de dollars
  • La construction de docks dans des ports iraniens (sans plafond alloué)
  • La construction de la ligne ferroviaire Mashhad-Sarakhs
  • Les projets de construction de quatre réservoirs pétroliers, d’une capacité d’un million de barils chacun, ainsi que de réservoirs de butane et de propane sur l’île de Khark
  • L’oléoduc Iran-Pakistan-Inde, pour une valeur de 2 milliards de dollars

Ni Khatam-al Anbiya ni le gouvernement iranien n’ont jamais publié le résultat final de ces projets, ont indiqué des observateurs et des agences de médias, et l’on ne sait pas non plus si un quelconque de ces projets une fois achevé répondait aux normes et aux attentes.

Manque de transparence financière

Khatam-al Anbiya et ses affiliés bénéficient de projets relatifs à la construction de routes, de barrages, de gazoducs et d’oléoducs.

Il ne reçoit pas de contrats de moins de 100 milliards de tomans, bien que Tavakolabadi souligne que ses affiliés ne publient jamais aucun rapport financier.

En 2010, les États-Unis et les Nations unies avaient sanctionné Khatam-al Anbiya et ses sociétés affiliées pour leur soutien aux activités illicites du CGRI, notamment la prolifération d'armes de destruction massive et leur soutien au terrorisme.

La base n'avait pas non plus respecté les résolutions antérieures du Conseil de sécurité des Nations unies relatives au programme nucléaire iranien.

Après la National Iranian Oil Company et Astan Quds Razavi, Khatam-al Anbiya est la plus grande entité économique centralisée en Iran. Elle contrôle plus de 800 entreprises commerciales en Iran et à l’étranger, pour l’essentiel dans la région.

Les observateurs ont souligné qu’un manque de transparence financière peut être symbole d’un drapeau rouge de corruption.

Sous la direction de Ghalibaf, Khatam-al Anbiya et la municipalité de Téhéran ont toutes deux souffert d’un manque de transparence, ont-ils conclu. Reste à voir maintenant s’il continuera dans le même style opaque de direction au parlement iranien.

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