Sécurité

Des militants irakiens victimes d'une série de meurtres

Par Faris al-Omran

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Riham Yaaqoub, une entraîneuse d'athlétisme de 29 ans qui était très impliquée dans les manifestations contre le gouvernement, a été tuée par balles par des agresseurs non identifiés le 19 août. [Photo diffusée sur les réseaux sociaux]

Deux militants ont été assassinés et cinq autres ont survécu à des tentatives de meurtre en moins d'une semaine à Bassorah, où les tensions entre les citoyens qui manifestent contre l'influence de l'Iran dans leur pays et les groupes armés n'ont jamais été aussi fortes.

Les récentes violences rappellent une campagne systématique des milices soutenues par l'Iran, comme la Kataib Hezbollah, Asaib Ahl al-Haq et Usbat al-Thaereen pour réduire au silence les Irakiens qui réclament la fin de l'influence de l'Iran dans leur pays, a déclaré un expert militaire à Diyaruna.

Riham Yaaqoub, une entraîneuse d'athlétisme de 29 ans très impliquée dans les manifestations contre le gouvernement, a été tuée mercredi 19 août à Bassorah par des tireurs non identifiés qui ont ouvert le feu sur la voiture dans laquelle elle se trouvait.

Trois femmes qui se trouvaient dans la voiture ont été blessées, l'une d'elle est décédée plus tard.

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Othman al-Ghanimi, ministre irakien de l'Intérieur, a rencontré des responsables de la sécurité à Bassorah le 20 août, après une recrudescence des attaques armées contre les militants de la ville. [Photo fournie par le ministère de l'Intérieur irakien]

Le même jour, le militant Falah al-Hasnawi a été gravement blessé et sa fiancée a été tuée lorsque leur voiture a subi un barrage de tirs de d'agresseurs non identifiés dans le centre de Bassorah.

Cinq jours plus tôt, à Bassorah, le militant Tahseen Usama al-Shahmani est mort après avoir été atteint par plus de deux douzaines de balles.

Lundi, trois autres militants de Bassorah, Ludia Rimon, Fahad al-Zubaydi et Abbas al-Subhi, se rendaient au domicile de la famille al-Shahmani pour présenter leurs condoléances lorsqu'une voiture remplie d'hommes armés a commencé à leur tirer dessus, a rapporté l'AFP.

Ils ont tous les trois réussi à s'échapper, blessés et secoués, mais vivant.

Le même jour, la militante Ruqaya al-Dawsary a également survécu à une tentative d'assassinat dans le centre de Bassorah lorsque trois hommes armés lui ont tiré dessus depuis leur véhicule.

Ces assassinats ciblés font trembler la société civile irakienne, déjà profondément troublée par l'assassinat en juillet à Bagdad d'Hisham al-Hashemi, conseiller du gouvernement et spécialiste très respecté de l'extrémisme.

Aucun groupe n'a officiellement revendiqué ces meurtres, et les autorités n'ont pas encore tenu qui que ce soit pour responsable.

Mais les comptes sur Internet qui semblent soutenir l'Iran et ses alliés en Irak sont devenus de plus en plus audacieux dans leurs menaces contre les militants.

Des dizaines de militants ont été assassinés en Irak depuis le début du mouvement de contestation en octobre dernier, et plusieurs d'entre eux ont été tués par des tireurs utilisant des armes à silencieux.

Les Nations unies et les ambassades occidentales ont accusé des « milices », exhortant Bagdad à tout faire pour protéger la liberté d'expression.

« Il est inadmissible que les auteurs de ces actes horribles continuent à agir en toute impunité », a déclaré le Département d'État américain après l'assassinat de Yaaqoub.

« Faire taire les Irakiens »

La récente augmentation des attaques violentes contre les militants s'inscrit dans le cadre d'une campagne généraliséee menée par les milices soutenues par l'Iran pour « faire taire toutes les voix qui appellent à renforcer l'autorité de l'État et à restaurer la souveraineté nationale », a indiqué l'expert militaire et en stratégie Hatem al-Falahi.

À travers ces actions, les milices cherchent à défendre l'influence du régime iranien en tuant ceux qui réclament la liberté et en éradiquant le mouvement de contestation, a-t-il expliqué à Diyaruna.

Les manifestations ont été une source d'inquiétude pour les milices, qui assassinent tous ceux qui ne sont pas d'accord avec elle, a-t-il poursuivi.

Avant la récente série d'attaques contre les militants irakiens, les médias iraniens avaient lancé une campagne de diffamation et d'incitation contre eux, a rapporté al-Falahi.

Cette semaine, des comptes Internet ont commencé à republier un article de 2018 de Mehr, une agence de presse iranienne proche des ultra-conservateurs de Téhéran, accusant Yaaqoub et d'autres d'appartenir à un « réseau tissé par les Américains pour cibler l'Iran dans la région ».

En ciblant les militants, les milices défient ouvertement l'autorité du gouvernement du Premier ministre Moustafa Kadhemi, signalant qu'elles « ne cesseront pas leurs actions et contreront par la force tout effort visant à réduire leur influence », a-t-il déclaré.

Mesures gouvernementales

Mercredi, Kadhemi a limogé le chef de la police de Bassorah et plusieurs directeurs de la sécurité suite aux attaques.

Il a déclaré sur les réseaux sociaux que le gouvernement « fera tout ce qu'il faut pour que les forces de sécurité puissent faire leur travail ».

« Collaborer avec les tueurs ou se soumettre à leurs menaces est inacceptable », a-t-il affirmé. « Nous ferons tout ce qui est nécessaire pour que le ministère de l'Intérieur et les services de sécurité remplissent leur mission de protection de la société contre la menace des hors-la-loi. »

Le ministre de l'Intérieur Othman al-Ghanimi est arrivé jeudi à Bassorah à la tête d'une délégation de sécurité de haut niveau.

L'état de la sécurité dans la province de Bassorah est « totalement inacceptable », a-t-il déclaré, ajoutant que « tout le monde est responsable de ce sang versé en Irak, et chacun doit prendre ses responsabilités et repousser le danger ».

Il a demandé aux forces de sécurité d'interdire les véhicules sans plaque d'immatriculation et de les saisir immédiatement.

Al-Ghanimi a également ordonné aux forces de sécurité de la province de mettre en place une cellule de renseignement pour recueillir des informations et appuyer les efforts de sécurité.

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