Terrorisme

Les femmes de l’EIIS à al-Hol sollicitent des fonds dans le camp et en ligne

Waleed Abou al-Khair au Caire

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Un bureau de change par l’intermédiaire duquel les femmes de l’EIIS reçoivent des dons fonctionne dans le camp d’al-Hol, dans le nord-est de la Syrie. [Capture d’écran d’une vidéo de North Press]

Plusieurs femmes qui vivent dans un camp qui abrite des familles de « l’État islamique en Irak et en Syrie » (EIIS) dans le nord-est de la Syrie sollicitent de l’argent à l’intérieur même du camp et en ligne.

Bien que les femmes de l’EIIS vivant dans le camp d’al-Hol dans la province d’al-Hasakeh sollicitent activement des dons sous le prétexte de recruter pour le groupe et de promouvoir son idéologie, beaucoup d’entre elles le font principalement pour leurs propres besoins.

Le camp d’al-Hol, qui est contrôlé par les Forces démocratiques syriennes (FDS), abrite de nombreux proches de combattants capturés ou tués lors des combats pour la libération de la Syrie en 2019.

Farhad Khoja, officier dans les FDS, a expliqué à Diyaruna que plusieurs comptes dans les réseaux sociaux coordonnent la collecte d’argent pour les femmes de l’EIIS.

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Les femmes de l’EIIS qui vivent dans le camp d’al-Hol dans la province d’al-Hasakeh sollicitent des dons au prétexte de recruter pour le groupe et de promouvoir son idéologie. Mais beaucoup ne le font que pour subvenir à leurs propres besoins. [Capture d’écran d’une vidéo de North Press]

Des sites portant des noms comme « Sœurs en captivité », « Souvenirs de prison », « Oiseaux en cage » et « Modestie » contiennent des posts de femmes de l’EIIS dont le but est d’afficher leur grande loyauté envers le groupe, leur permettant ainsi de récolter des dons de partisans de l’EIIS à l’étranger, selon un rapport du Middle East Institute daté du 9 juillet.

Lorsqu’al-Baghdadi a été tué, par exemple, de nombreuses femmes d’al-Hol avaient posté des messages jurant leur allégeance au nouveau calife, a précisé ce rapport.

Mais leur motivation est toutefois plus stratégique qu’idéologique : elles le font pour de l’argent, car la vie dans le camp coûte cher. Selon les femmes interviewées pour ce rapport, 300 à 500 dollars par mois suffisent à peine à une mère et plusieurs enfants pour survivre.

« Elles ont donc fondé leurs espoirs de survie sur les membres de l’EIIS qui ont réussi à sortir du dernier bastion d’al-Baghouz avec suffisamment d’argent et sur leurs partisans à l’étranger qui n’ont jamais réussi à se rendre en Syrie mais continuent d’apporter leur soutien au groupe », a poursuivi ce rapport.

« La seule exigence requise pour obtenir l’aide de l’EIIS consiste à prétendre faire encore partie du groupe, et c’est exactement ce qu’elles font. »

L’argent est leur motivation réelle

L’avocat syrien Bashir al-Bassam a expliqué à Diyaruna que l’argent a toujours été un facteur essentiel dans la mise en place de l’EIIS et de ses campagnes de recrutement intensif.

« Un grand nombre de femmes de l’EIIS présentes dans ce camp jouent un rôle important dans le recrutement de nouveaux membres et les demandes de dons », a-t-il expliqué, en y faisant connaître les principes et les enseignements du groupe et en y éduquant les enfants dans le respect de l’idéologie de l’EIIS.

Mais la majorité de ces femmes le font « seulement pour accumuler de l’argent, et seule une poignée d’entre elles adhèrent effectivement aux principes du groupe », a-t-il poursuivi.

Narmin Othman, qui travaille pour le Croissant-Rouge kurde dans le camp, a indiqué à Diyaruna que certaines femmes de l’EIIS utilisent l’argent qu’elles sollicitent pour se livrer à des activités illicites à al-Hol, comme l’achat d’armes ou d'essence pour incendier les tentes d’autres habitants du camp.

Elles s’en servent également pour acheter des objets coûteux que les autres habitants du camp ne peuvent s’offrir, ce qui est évident quand on regarde les vêtements de leurs enfants et la nourriture qu’elles achètent, comme des glaces, des bonbons et des noix, autant de produits considérés comme un luxe pour le reste des habitants du camp, a expliqué Othman.

« Mais la majorité d’entre elles s’efforcent d’économiser autant qu’elles le peuvent pour pouvoir payer quelqu’un qui les fera sortir du camp, elles et leurs enfants », a-t-elle dit. Certaines économisent pour avoir de l’argent disponible au cas où les transferts d’argent vers le camp seraient interrompus ou sévèrement limités.

Modification prochaine des règles de transfert d’argent

Il existe douze succursales de sociétés de transfert d’argent dans al-Hol, dont l’une se consacre à la « section des femmes étrangères » dans le camp, a expliqué Khoja. Le camp autorise le transfert d’un maximum de 300 dollars par transaction.

Toute somme excédant ces 300 dollars est payée au bénéficiaire par versements mensuels mais selon Khoja, il est impossible de contrôler avec précision combien d’argent chaque femme reçoit parce que parfois, des dons plus importants sont transférés à plusieurs femmes.

Me al-Bassam a toutefois précisé que ces règles de transfert d’argent à al-Hol seront modifiées « très prochainement », après que les États-Unis ont désigné fin juillet Farouk Hammoud, le PDG de la société Tawasul Money Transfer, qui opère dans le camp.

Tawasul avait facilité les transferts d’argent aux membres de l’EIIS dans al-Hol, a précisé cette désignation des États-Unis.

De nouvelles restrictions seront mises en place pour empêcher les femmes de l’EIIS de profiter des grosses sommes d’argent quelles reçoivent parfois, a conclu al-Bassam.

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