Sécurité

La colère monte en Irak contre les milices armées pro-iraniennes

Hassan al-Obeidi à Bagdad

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Des manifestants irakiens se rassemblent sur la Place al-Tayaran dans le centre de Bagdad le 28 juillet lors des récentes manifestations. [Ahmad al-Rubaye/AFP]

L’assassinat de l’expert irakien de l’extrémisme Hisham al-Hashemi puis l’enlèvement de l’activiste humanitaire allemande Hella Mewis à Bagdad ont ravivé la colère des Irakiens contre les milices armées épaulées par l’Iran.

Ces milices ont été très largement tenues pour responsables d’une vague d’enlèvements et d’assassinats en Irak depuis le début des manifestations populaires à la fin de l’année dernière.

À la suite de ces deux derniers incidents, les Irakiens se sont tournés vers les réseaux sociaux en ligne pour exprimer leur colère à l’égard des affiliés de l’Iran, qu’ils affublent désormais de sobriquets tels que « les gangs de Rahbar » (en référence au Guide suprême iranien Ali Khamenei), « les Orphelins de Soleimani » (une référence à l’ancien commandant de la Force al-Qods du Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) Qassem Soleimani) et les « Inféodés de l’Iran ».

Les Irakiens ont déversé une grande partie de leur colère sur les réseaux sociaux en dévoilant les crimes commis par ces milices, leur non-respect de la loi et le fait qu’elles portent atteinte à l’État, mais selon les observateurs, cette colère est encore bien plus forte que celle qui s’exprime dans le monde virtuel.

L’enquête sur l’assassinat d’al-Hashemi montre l’implication d’une milice armée soutenue par l’Iran, a expliqué à Diyaruna un responsable au sein du ministère irakien de l’Intérieur sous couvert de l’anonymat.

Al-Hashemi avait exposé la menace que représentent ces milices pour le futur, la sécurité et l’économie de l’Irak, a-t-il indiqué.

La police et les services de renseignement analysent des informations indiquant qu’al-Hashemi avait reçu de nouvelles menaces de la part de la Kataib Hezbollah, a-t-il ajouté.

Certaines indications montrent aussi qu’une milice aurait été impliquée dans le rapt de Mewis pour exercer un chantage et embarrasser le gouvernement, a-t-il poursuivi.

Les Irakiens rejettent les milices pro-iraniennes

« Les Irakiens manifestent contre les milices iraniennes au travers des réseaux sociaux ... avec une vague de colère et de réactions qui démontrent l’étendue de leur ressentiment envers les milices qui collaborent avec des forces étrangères contre leur pays », a expliqué Ahmed al-Saadi, membre du Mouvement civil irakien et militant dans les Comités de coordination de la Place Tahrir à Nagdad.

« Les bombardements répétés de la Zone verte et des bâtiments gouvernementaux, les menaces à la sécurité, le non-respect de la loi, les assassinats et les enlèvements de ceux qui s’opposent aux milices ou rejettent les ingérences de l’Iran sont désormais la marque des milices affiliées à l’Iran », a-t-il expliqué à Diyaruna.

« Aujourd’hui, la rue irakienne estime que son futur est menacé par ces milices et les rejette. »

« Les habitants de Bagdad et du sud de l’Irak en particulier, que les milices prétendent défendre parce qu’ils appartiennent au même courant de l’islam qu’eux, ne reconnaissent plus ces groupes », explique-t-il.

Les Irakiens « estiment qu’ils ont [une dette de gratitude] envers ceux qui combattent l’EIIS et se sont sacrifiés pour l’Irak, et pas envers ceux qui se sont vendus à l’Iran », a-t-il affirmé.

Le peuple fait très bien la différence entre ceux qui ont défendu leur patrie et ceux qui ont déformé ce slogan, la défense du pays, en un slogan servant à promouvoir les intérêts de l’Iran, a-t-il continué.

« L’apparition de surnoms dérogatoires utilisés pour qualifier ces milices ... et la large utilisation de la rue irakienne ces derniers temps sont remarquables », a déclaré le spécialiste de la sécurité irakienne Fouad Ali.

De plus, la propagande de ces milices dirigée contre le peuple irakien « peine désormais à convaincre et personne ne lui prête plus aucune attention », a-t-il expliqué à Diyaruna.

Aucune différence entre l’EIIS et les milices

« La période actuelle est similaire à la période durant laquelle les groupes terroristes dans le nord et l’ouest de l’Irak étaient présentés [pour ce qu’ils sont vraiment] et que les gens avaient commencé à les haïr, eux et leurs slogans », a ajouté Ali.

La colère et les sentiments négatifs des Irakiens envers ces milices sont clairement en hausse, a-t-il expliqué, et la situation a atteint le point où nombre de membres de ces milices cachent leur affiliation et affirment qu’ils servent un appareil sécuritaire régulier dès lors qu’ils ressentent de l’animosité de la part des gens ou que ceux-ci refusent d’avoir recours à eux dans la vie publique de tous les jours.

« Les membres de ces milices en Irak ne sont pas plus de 40 000 tout au plus, mais ils sont épaulés par l’Iran et font de ce fait l’objet d’un rejet et ne sont pas vus comme des Irakiens ou comme des citoyens loyaux envers leur patrie, mais plutôt comme des objets » de l’Iran, a expliqué Iman Abbas, militante des droits des femmes.

« Cette prise de conscience augmente au fur et à mesure que les violations par ces milices et leurs actions visant à porter atteinte à la sécurité se multiplient », a-t-elle déclaré à Diyaruna.

« On peut affirmer qu’elles sont l’autre face de l’EIIS en Irak, et il est donc naturel qu’elles ne soient pas les bienvenues », a-t-elle conclu.

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