Droits de l'Homme

Le rapport des Nations unies sur les crimes commis à Idlib : « une victoire pour l’humanité »

Waleed Abou al-Khair au Caire

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Une équipe des Casques blancs retire les décombres de bâtiments dans la ville d’Idlib détruits par les frappes aériennes russes et syriennes. [Photo fournie par la défense civile syrienne]

Les jeunes et les travailleurs des médias locaux d’Idlib méritent d’être félicités pour avoir risqué leurs vies pour présenter « les atteintes permanentes aux droits de l’homme et les crimes de guerre » révélés par un récent rapport de la Commission d’enquête des Nations unies sur la Syrie, ont expliqué des militants à Diyaruna.

En Syrie, enfants, femmes et hommes ont enduré « des souffrances incommensurables » lors de la campagne militaire lancée par le régime et ses alliés fin 2019 pour reprendre le contrôle des derniers bastions de l’opposition, a indiqué ce rapport.

Publié le 7 juillet, il couvre la période s’étendant de novembre 2019 au mois de juin de cette année.

Les forces syriennes, appuyées par l’aviation russe, « ont mené des attaques aériennes et terrestres qui ont décimé les infrastructures civiles, dépeuplé des villes et des villages et coûté la vie à des centaines de femmes, d’hommes et d’enfants syriens », a poursuivi ce rapport.

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Un membre des Casques blancs désamorce une bombe à fragmentation dans la campagne d’Idlib avant de la faire exploser. [Photo fournie par la défense civile syrienne]

Lorsque les civils ont fui « les bombardements à grande échelle et sans discrimination », les extrémistes de Tahrir al-Sham ont pillé leurs maisons, a-t-il ajouté. Ils ont également « arrêté, torturé et exécuté les civils qui exprimaient des opinions différentes, y compris des journalistes ».

Cette enquête a enregistré 52 attaques qui ont causé des pertes civiles ou endommagé des infrastructures civiles, notamment 17 contre des hôpitaux et des dispensaires, quatorze contre des écoles, neuf contre des marchés et douze contre des logements privés.

Une victoire pour les droits de l’homme

Ce rapport onusien constitue « une victoire pour les droits de l’homme » et un soutien pour les droits des civils qui ont été victimes des violations par les parties mises en examen dans ce rapport, notamment le régime syrien, la Russie et Tahrir al-Sham, a déclaré Khaled al-Khatib, membre des Casques blancs.

« Les bombes à fragmentation sont peut-être l’arme la plus brutale employée contre des civils, et elles sont responsables du plus grand nombre de morts et de blessés », a-t-il ajouté pour Diyaruna.

Les appareils russes et syriens ont largué ces munitions de façon systématique durant la période couverte par ce rapport, a poursuivi al-Khatib.

« Ces crimes ne s’effaceront pas facilement de la mémoire des Syriens, en particulier des enfants, car aucune famille de la région d’Idlib n’a été épargnée par la mort ou la blessure de l’un de ses membres », a-t-il indiqué.

« À cela s’ajoute la tragédie des déplacements qui ont fait des vies des civils un enfer et les ont soumis à la terreur d’être poursuivis et rattrapés par la machine militaire », a-t-il indiqué.

Les Casques blancs (la défense civile syrienne) font de leur mieux pour aider les civils, leur venir en aide et organiser des activités sociales et récréatives pour les enfants, a expliqué al-Khatib.

Les équipes des casques blancs continuent d’utiliser leurs maigres ressources pour retirer les décombres des maisons détruites et repaver les rues criblées de cratères causés par les roquettes pour faciliter le retour des populations déplacées, a-t-il expliqué.

Les activistes et les jeunes sont ciblés

« Le mérite d’avoir révélé ces crimes au monde entier, jusqu'à leur condamnation internationale, doit revenir aux jeunes [qui habitent] dans les régions dangereuses de Syrie », a expliqué à Diyaruna l’avocat syrien Bashir al-Bassam.

Il a mentionné en particulier les jeunes d’Idlib, de Hama, d’Alep et des confins de Latakia.

Nombre de ces jeunes « ont sacrifié leur vie pour révéler la vérité sur ce qu’il se passe sur le terrain et documenter ces crimes », a-t-il expliqué, soulignant qu’ils étaient directement visés par les frappes aériennes et les tirs d’artillerie russes et syriens.

Le mérite en revient également aux Casques blancs, a-t-il ajouté, qui ont documenté les atrocités auxquelles sont soumis les civils et fournissent des preuves documentées par des chiffres, des noms et des décomptes de blessés, avec un suivi des cas critiques.

« Ces équipes ont été elles aussi directement visées par des tirs de fusil, des bombardements et des frappes aériennes », a ajouté al-Bassam, suggérant qu’elles sont visées pour leur travail de documentation de crimes contre des civils.

Tahrir al-Sham a intensifié sa surveillance et ses poursuites contre les activistes dans les zones que cette milice contrôle, a indiqué Hani al-Nouman, un activiste de la ville de Maarat al-Nouman, dans la province d’Idlib, actuellement déplacé dans la région frontalière.

« De nombreux activistes et travailleurs dans les médias ont été poursuivis et soumis à des arrestations et à des interrogatoires pour avoir rapporté les informations avec une précision qui ne répond pas à la politique menée par le groupe », a-t-il expliqué à Diyaruna.

Récemment, Tahrir al-Sham a interdit aux journalistes d'envoyer leurs rapports sans les avoir au préalable soumis à l’approbation de son bureau des médias, a-t-il expliqué, afin d’imposer un blackout sur les informations et s’assurer que les rapports sur ses exactions ne sortent pas.

Le sort de plusieurs jeunes détenus par Tahrir al-Sham reste inconnu à ce jour, a-t-il conclu.

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