Terrorisme

Les milices font baisser les prix de l’immobilier à Bagdad

Hassan al-Obeidi à Bagdad

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Un Irakien devant des forces de sécurité lors d’une manifestation le 12 juillet devant la Zone verte de Bagdad pour demander que soit mis un terme aux activités des groupes paramilitaires. [Ahmad al-Rubaye/AFP]

Les prix de l’immobilier dans les principaux quartiers de Bagdad ont dégringolé ces derniers mois alors que les acheteurs potentiels évitent les zones où les milices pro-iraniennes se sont implantées, ont expliqué des agents immobiliers locaux à Diyaruna.

L’immobilier a perdu plus de 40 % de sa valeur dans les quartiers résidentiels comme Karrada, al-Jadriya, al-Arasat, la Rue de la Palestine et al-Salehiya, où l’offre de biens est abondante et la demande en berne, ont-ils précisé.

Cela est en partie dû à la présence des milices dans ces quartiers, ont-ils ajouté.

Les milices pro-iraniennes y sont présentes en près de 30 endroits, notamment avec des quartiers généraux, des casernes et des dépôts d’armes, a poursuivi Ahmed Hussein, le directeur de la société immobilière Ahd al-Ghadeer à Karrada.

Les habitants ont été chassés par la présence des milices, a-t-il précisé à Diyaruna.

Des miliciens circulant à bord de véhicules sans plaques tirent en l’air, organisent des défilés et des rassemblements, des blocages de rues arbitraires et perturbent la paix par une multitude d’autres actions, a-t-il ajouté, soulignant les tirs incessants de roquettes Katioucha en direction de la Zone verte.

« Chaque quartier résidentiel qui voit arriver les milices pour ouvrir un quartier général voit ses prix s’effondrer parce que les habitants commencent à envisager de partir », a ajouté al-Ghadeer.

À Karrada, les prix de l’immobilier étaient en moyenne de 300 millions de dinars irakiens (250 000 USD), ils sont aujourd’hui de 180 millions de dinars (152 000 USD) ou moins.

Les prix des loyers ont également baissé, et de nombreux propriétaires de magasins ne souhaitent plus rester.

Changement démographique

Salam Jassim, évaluateur foncier auprès de la Direction des impôts d’al-Rusafa, a expliqué à Diyaruna que les quartiers généraux des milices sont « un cancer pour le secteur de l’immobilier ».

Les principaux districts, où l’on trouvait autrefois un mélange de chrétiens, de musulmans, d’Arabes, d’Assyriens, d’Arméniens et de Kurdes, ont vu leur composition démographique changer au fur et à mesure que leurs habitants sont partis vers des zones plus sûres, a-t-il expliqué à Diyaruna.

Cela a été le cas à Karradat Mariam, al-Arasat, al-Alawiyya, dans la rue al-Muntad, à Abou Qallam et à Karrada Dakhel, a poursuivi Jassim.

Le gouvernement irakien a pris des mesures pour répondre à la situation, comme exiger que ces milices obtiennent un permis auprès des autorités de sécurité pour mettre en place leurs quartiers généraux et empêcher leur implantation dans les quartiers résidentiels, a-t-il expliqué.

« Mais malheureusement, un grand nombre de ces sièges s’étaient déjà implantés sous le mandat de l’ancien Premier ministre Adel Abdoul-Mahdi », a-t-il regretté.

Hana Boutrous, éditorialiste pour une chaîne de télévision locale, a expliqué à Diyaruna qu’elle avait mis en vente son appartement situé à Karrada car ses enfants avaient peur des tirs de roquettes Katioucha que les milices dirigent contre la Zone verte et par leurs harcèlements.

Mais elle n’a pu le vendre qu’à la moitié du prix de sa valeur, a-t-elle indiqué, et elle a donc déménagé plutôt dans le quartier de Yarmouk et y a loué une maison.

« C¦est plus sûr », a-t-elle expliqué. « C’est plus agréable de sortir le matin et de saluer un voisin ou un ami que de sortir et de rencontrer des visages recouverts de masques noirs effrayants. »

Attaques contre la sécurité de l’Irak

Qusai Mallouki, propriétaire d’un magasin à al-Jadiriya, a raconté à Diyaruna qu’il avait temporairement déménagé jusqu’à ce que son quartier reprenne son caractère civil.

« Des éléments du Hezbollah libanais et même des Iraniens entrent dans ces QG », a-t-il expliqué à Diyaruna. « Nous avons le droit de vivre confortablement et sans harcèlement. »

Les roquettes Katioucha sont leur principale source de craintes car elles défient la loi et l’ordre en Irak, a-t-il ajouté, soulignant que « elles ne s’en prennent pas à l’ambassade américaine autant qu’à la sécurité du pays et sont une menace pour les Irakiens ».

La plupart de ces roquettes tombent sur des immeubles d’habitation situés à côté de la Zone verte, a-t-il noté.

Le politologue irakien Mohammed al-Tamimi a expliqué à Diyaruna que les événements de cette année ont montré clairement que ces milices et le peuple irakien sont aux antipodes du spectre politique.

Ces milices sont désormais étrangères à la société dans la mesure où elles continuent d'assassiner des personnalités publiques et des militants, à participer aux combats en Syrie, à défier ouvertement l’État irakien et à tirer des roquettes sous les ordres de l’Iran, a-t-il affirmé à Diyaruna.

« Ces miliciens ne sont plus les bienvenus », a-t-il déclaré.

« Les gens ne veulent plus vivre dans des quartiers où ces milices sont présentes, non seulement parce qu’ils veulent vivre en paix, mais aussi parce qu’ils ne veulent plus cohabiter avec elles de quelque manière que ce soit », a conclu al-Tamimi.

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