Économie

Préoccupées par les milices pro-iraniennes, les autorités irakiennes envisagent de sécuriser les frontières

Hassan al-Obeidi à Bagdad

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Photo d’un poste-frontière entre l’Irak et l’Iran, près de la ville de Bassorah, dans le sud du pays. [Essam al-Sudani/AFP]

Le Premier ministre irakien Moustafa Kadhemi a récemment annoncé que son pays assurera un contrôle plus rigoureux de ses postes-frontières afin de lutter contre les milices voyous et leurs activités de contrebande.

Plusieurs observateurs et membres du parlement irakien estiment que s’il est correctement mis en œuvre, ce plan aurait un impact significatif sur la sécurité et l’économie de l’Irak.

Les milices épaulées par l’Iran s’adonnent à la contrebande de différents types de marchandises interdites par les postes-frontières, notamment des armes, des narcotiques et des individus recherchés, tandis que l’Iran siphonne des devises fortes depuis le marché irakien.

Selon certaines sources, des plans sont prêts pour lancer une opération sécuritaire à grande échelle visant à contrôler les postes-frontières avec l’Iran et la Syrie, qui sera suivie d’opérations aux autres points de passage irakiens, ainsi que dans les ports maritimes et les aéroports.

Mesures de contrôle aux frontières « imminentes »

Lors d’une conférence de presse organisée fin juin, le porte-parole de Kadhemi, Ahmed Moulla Talal, a annoncé que la mise en œuvre de mesures plus strictes de contrôle aux frontières était imminente, et que des rencontres entre le Premier ministre et les responsables concernés étaient en cours.

Cette déclaration de Talal est intervenue quelques jours après un communiqué similaire de Kadhemi lui-même, dans lequel il déclarait : « Nous encourrons des milliards de dollars de pertes chaque année du fait de la présence de gangs, de bandits et d’individus influents à nos frontières, dont certains contrôlent ces postes-frontières. »-

« Les recettes des tarifs douaniers appartiennent aux Irakiens, non à ceux qui, par le pouvoir des armes, imposent leur volonté aux dépens de l’intérêt public », a ajouté le Premier ministre.

Un responsable irakien à Bagdad, qui a demandé à conserver l’anonymat, a expliqué à Diyaruna que le problème de l’enracinement iranien aux frontières de l’Irak existait déjà sous l’ancien Premier ministre Adel Abdoul Mahdi.

Mais aujourd’hui, la contrebande représente un problème supplémentaire, a-t-il poursuivi, qui se produit « avec la pleine connaissance des responsables iraniens ».

Il a indiqué que les marchandises de contrebande qui entrent en Irak en provenance d’Iran sont notamment des produits alimentaires, dont certains sont expirés, ainsi que des médicaments, des individus recherchés et des armes.

Selon ce responsable, des générateurs électriques et des pièces automobiles sont régulièrement volés en Irak et transportés en Syrie avec l’aide de milices pro-iraniennes, parmi lesquelles la Kataeb Hezbollah, al-Noujaba, al-Boudala et Sayed al-Shouhada.

Il a ajouté qu’il était de plus en plus évident que les médicaments subventionnés par l’État et les générateurs électriques destinés aux Irakiens étaient volés et finissaient leur course en Iran ou en Syrie en échange de produis alimentaires avariés, de médicaments ou d’armes.

Les milices constituent la principale menace après l’EIIS

L’Irak compte 22 points de passage avec ses pays voisins, dont neuf avec l’Iran qui sont utilisés pour le commerce et le tourisme.

Ahmed al-Hamdani, spécialiste de la politique irakienne et des questions de sécurité, a expliqué à Diyaruna que la direction de certains des points de passage avec l’Iran est remise aux milices chaque jour après 18h.

D’autres points de franchissement non officiels ont été créés par les milices pour permettre la contrebande des marchandises, a-t-il ajouté.

Bien que « l’État islamique en Irak et en Syrie » (EIIS) ait été vaincu il y a trois ans, les postes frontaliers continuent de peser sur la sécurité et l’économie de l’Irak, a ajouté al-Hamdani.

L’Irak était censé se rétablir progressivement de l’ère de l’EIIS grâce au soutien international, a-t-il ajouté, mais malheureusement, « la situation reste mauvaise et les Irakiens continuent de souffrir ».

Cheikh Mohammed al-Issawi, un important leader tribal de l’Anbar, a expliqué à Diyaruna que les milices pro-iraniennes sont désormais la principale menace pour l’Irak après la défaite de l’EIIS.

Il est désormais essentiel de contrôler la frontière avec l’Iran pour assurer la stabilité en Irak, a-t-il indiqué.

Al-Issawi a précisé que les opérations de contrebande, à la fois à la frontière irano-irakienne, mais également irako-syrienne, sont désormais un business rentable qui « génère quotidiennement des millions de dollars pour les milices et apporte des devises étrangères à l’Iran ».

La frontière irako-syrienne est également utilisée pour les trafics d’armes et de drogue pour des milices pro-iraniennes telles que le Hezbollah, al-Noujaba et d’autres, a-t-il conclu.

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Leurs jours sont comptés, avec la volonté de Dieu.

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