Sécurité

Poursuite des travaux de restauration des sites antiques de Ninive

Khalid al-Taie

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Des techniciens renforcent la base du minaret al-Hadba de Mossoul, qui avait été ébranlé par des explosifs de l’EIIS en 2017, sur cette photo prise le 4 février. [Photo fournie par le gouvernement irakien]

Les travaux de restauration et de remise en état sont en cours dans les nombreux sites archéologiques de la province de Ninive, en dépit de certains retards occasionnés par la pandémie du nouveau coronavirus (COVID-19), ont expliqué des responsables irakiens.

Les travaux de restauration ont commencé après que « l’État islamique en Irak et en Syrie » a été chassé de Ninive il y a près de trois ans, a expliqué Moussab Mohammed, du département du patrimoine et des antiquités de Ninive.

Ces travaux sont menés sous la direction et la supervision du ministère de la Culture et de l’Autorité générale des antiquités et du patrimoine, a-t-il ajouté à Diyaruna.

« Au départ, nous avons mis en place des commissions d’inspection chargées de documenter et d’estimer l’étendue des dégâts occasionnés aux édifices historiques de Mossoul et de la province de Ninive dans son ensemble », a-t-il poursuivi.

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Un technicien répare la mosquée al-Aghout dans la Vieille Ville de Mossoul, le 3 mai. Cette mosquée, qui date du XVIIIe siècle, a été détruite par l’EIIS. [Photo fournie par l’UNESCO]

« Des rapports techniques détaillés ont été préparés pour évaluer le niveau de destruction », a-t-il continué, soulignant que la plupart des sites historiques et archéologiques ont subi des dommages variables.

Dans certains cas, comme dans la ville de Nimrud et la Vieille Ville de Mossoul, les dégâts ont été très importants, a-t-il précisé, estimant l’étendue des destructions à près de 90 %.

Les agences irakiennes ont coordonné leurs efforts avec leurs partenaires internationaux et les bailleurs de fonds qui les aident à restaurer ces sites, a-t-il expliqué, et en partenariat avec l’UNESCO, elles ont lancé l’initiative « Raviver l'esprit de Mossoul » en février 2018.

Cette initiative, dotée de 50 millions de dollars et financée par les Émirats arabes unis, comprend la reconstruction de trois grands sites archéologiques dans l’ouest de Mossoul : la mosquée al-Nouri et son minaret al-Hadba (bossu) et les églises al-Saa et al-Tahira.

Les travaux se poursuivent malgré les retards

Des équipes spécialisées travaillent depuis octobre à la réhabilitation de ces sites historiques, a expliqué Mohammed.

« Ces sites ont d'abord été débarrassés des explosifs et des gravats, puis les fondations des édifices détruits ont été consolidées », a-t-il ajouté.

« Ces travaux sont délicats, notamment sur la mosquée al-Nouri, mais ils se poursuivent malgré la pandémie, et nous espérons avancer encore davantage », a-t-il expliqué.

Des efforts sont parallèlement en cours avec les partenaires internationaux pour construire et réparer des maisons du patrimoine national et des marchés historiques de la Vieille Ville de Mossoul, ainsi que les mosquées Aghawat et al-Pasha, et d’autres lieux de culte encore.

Des équipes d’archéologues irakiens procèdent également à des fouilles dans l’ancienne ville de Ninive et à Tell Nabi Yunus [Prophète Jonas] avec la participation de missions archéologiques allemande et italienne, a-t-il poursuivi.

Les responsables espèrent que les projets retardés par la pandémie reprendront prochainement.

Pour certains d’entre eux, notamment la reconstruction du Musée de Mossoul, « nous avons collaboré avec des partenaires français et avec la Fondation Aliph », a précisé le directeur de l'Inspection archéologique de Ninive, Ali Hazim Thanoun.

« Ce projet a toutefois été mis à l’arrêt par suite du coronavirus », a-t-il indiqué à Diyaruna.

En plus du musée, a-t-il poursuivi, l’Irak s’apprête à restaurer la ville de Hatra, un important site archéologique qui a souffert des intempéries et du manque d’entretien.

Une délégation italienne s’est rendue sur le site en février et y a procédé à une évaluation de deux semaines, a-t-il précisé. Des réparations mineures auraient dû débuter, mais leur mise en œuvre n’avait pas pu être lancée en raison de la pandémie.

« Pour notre part, nous sommes prêts à démarrer les travaux dès que les choses reviendront à la normale, et nous espérons que ce sera pour bientôt », a déclaré Thanoun.

Préserver le patrimoine culturel irakien

Ninive abrite plus de 1600 sites archéologiques, a expliqué Thanoun.

Les plus importants sont les cités antiques de Hatra, Nimrud, Khorsabad et Ninive avec ses cinq portes de la ville antique (Addad, Mashki, Nirkal, Shamash et Helsi) et ses remparts de 12 km de long.

On trouve également le Château de Bashtabiya et Tell Quwainjaq, entre autres nombreux monuments, qui ont aujourd’hui besoin d’une reconstruction et d’une restauration, a ajouté Thanoun.

« L’EIIS avait tenté d’effacer une histoire et une civilisation vieille de plusieurs milliers d’années », a ajouté Ahmed Qassim al-Jumaa, professeur d’archéologie à l’université de Mossoul.

« Ils avaient voulu transformer plusieurs villes, châteaux et édifices historiques de Ninive en tas de ruines », a-t-il expliqué à Diyaruna.

Il a accusé l’EIIS d’avoir embrassé « une idéologie terroriste extrémiste qui ne reconnaît pas la valeur historique de ces sites et le patrimoine humain qu’ils représentent ».

« Les efforts nationaux et internationaux se centrent actuellement sur ce patrimoine et la meilleure manière de le préserver, en dépit des nombreux obstacles qui se dressent sur le chemin », a ajouté al-Jumaa.

Il a conclu en faisant part de son espoir que cette restauration des sites archéologiques et du patrimoine contribuera à améliorer nettement les chances de faire revivre le rayonnement culturel de Mossoul.

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