Économie

L’effondrement de l’économie révèle des tensions dans les cercles du pouvoir en Syrie

Waleed Abou al-Khair au Caire

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Rami Makhlouf, un homme d’affaires syrien et cousin du président Bashar el-Assad, a récemment posté un message vidéo sur les réseaux sociaux très critique à l’égard du régime syrien. [Photo extraite de la page Facebook de Rami Makhlouf]

L’effondrement économique du régime syrien est le résultat non seulement de près d’une décennie de guerre, expliquent les spécialistes, mais aussi de décennies d’une corruption généralisée, grâce à laquelle seule une poignée de personnes contrôlent la majeure partie des richesses du pays.

Une corruption fortement enracinée et le copinage ont été parmi les principaux déclencheurs du soulèvement syrien qui a éclaté en 2011, a expliqué le journaliste syrien Mohammed al-Abdoullah.

Le peuple syrien avait déclenché ce mouvement parce qu’il souhaitait voir des changements, a-t-il indiqué à Diyaruna, notamment une distribution plus équitable des richesses.

Mais le président Bashar el-Assad exerce encore un contrôle dominant sur les richesses de l’État syrien et le peuple, ce qui a créé des disparités sociales colossales, a-t-il poursuivi.

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Plus de 80 % de la population syrienne vivent en dessous du seuil de pauvreté. [Photo fournie par la fondation humanitaire Al-Sham]

Une petite clique, composée de la famille du dirigeant, de personnes proches et de certains hauts responsables militaires, possède d’immenses richesses, tandis que près de 80 % de la population syrienne vivent en dessous du seuil de pauvreté, a-t-il ajouté.

Mais de récentes frictions au sein des milieux dirigeants ont révélé des tensions au sein du régime et souligné les pressions de plus en plus fortes auxquelles il doit faire face.

De preuves irréfutables de ces dissensions internes sont apparues récemment lorsque le cousin d’el-Assad, Rami Makhlouf, le plus important magnat syrien, a publiquement fait état de ses désaccords avec le régime, dans deux vidéos diffusées sur Facebook.

Elles ont révélé une lutte pour le pouvoir au sein de la famille dirigeante alors que celle-ci tente d’affirmer son pouvoir après neuf ans de guerre, ont expliqué des analystes à l’AFP.

Tensions familiales

Dans une vidéo publiée le 1er mai, Makhlouf exhorte el-Assad d’ordonner un « rééchelonnement » de quelque 185 millions de dollars d’impôt de Syriatel, le principal opérateur mobile syrien. Makhlouf, le président de Syriatel, préside aux destinées d’un empire financier.

Dans une seconde vidéo du 3 mai, il accuse les services de sécurité de détenir des employés pour l’inciter à démissionner de ses postes.

« Quelqu’un aurait-il pu penser que les services de sécurité puissent un jour s’en prendre aux sociétés de Rami Makhlouf, alors qu’il avait été leur plus grand ... sponsor durant toute la guerre ? », s’est-il interrogé.

Outre le fait qu’elles reflètent les divisions qui traversent la classe dirigeante, a continué al-Abdoullah pour Diyaruna, les actes de Makhlouf révèlent que ce qui semblait être une alliance forte entre ses différentes composantes n’était rien d’autre que des liens temporaires.

Ces liens étaient basés sur des intérêts financiers, qui ont commencé à se distendre à la première secousse, a-t-il expliqué.

Les remous entre Makhlouf et el-Assad auront des répercussions importantes en Syrie dans un avenir proche, a ajouté al-Abdoullah, précisant qu’el-Assad perdra incontestablement un puissant soutien.

Les vidéos de Makhlouf sont sans précédent dans l’histoire du régime syrien, a-t-il ajouté, et sont une indication sûre du fossé qui s’y est creusé.

Des rumeurs concernant des différends internes avaient circulé dans le passé, a-t-il continué, mais désormais l’affaire est sur la place publique et pourrait s’avérer incendiaire pour el-Assad.

Les ennuis s’amoncellent

Makhlouf a toujours été vu comme un pilier du régime d’el-Assad depuis que le président avait succédé à son père en 2000, a rapporté l’AFP.

Mais l’agitation gronde depuis l’été dernier, lorsque les autorités prirent le contrôle de son organisme de bienfaisance Al-Bustan et dissolurent les milices qui lui étaient affiliées.

En octobre, el-Assad annonça qu’il « avait appelé tous ceux qui, dans le secteur privé, avaient pillé des fonds d’État à rembourser cet argent » pour tenter de consolider les finances de l’État.

Et lorsque plus tard, le régime gela les avoirs de plusieurs hommes d’affaires pour des raisons d’évasion fiscale et d’enrichissement illicite, Makhlouf, sa femme et ses sociétés étaient dans le lot.

L’idée que le régime syrien puisse mener une « campagne contre la corruption » est risible, a expliqué l’économiste syrien Mahmoud Moustafa à Diyaruna, quelle que soit la manière dont le régime tente de promouvoir cette vision de ses récentes actions.

Chacun sait très bien que le régime exproprie des fonds de Syriatel et d'autres grandes sociétés alors que son système financier effondré accumule les arriérés, a-t-il poursuivi.

Les hommes d’affaires dont l’argent est saisi sont pour l’essentiel des fidèles du régime qui ont fait partie du réseau de corruption depuis des décennies, a-t-il continué, soulignant qu’il était impossible que des opérations commerciales ou financières puissent se dérouler autrement que par leur intermédiaire.

Le rôle de la Russie

Aucune information confirmée ne circule sur le nombre ou l’identité des individus affectés par ces saisies de biens et d’actifs, mais des rumeurs laissent entendre qu’ils seraient au moins 150, a ajouté Moustafa.

Tous sont des proches du régime syrien et sont vus comme des personnes protégées, a-t-il indiqué, soulignant que ce réseau est complexe et concerne des hommes d’affaires, des responsables gouvernementaux et des officiers militaires de tous rangs.

Parmi les principaux personnages dont les fonds et les biens ont été saisis, on retrouve Makhlouf, Hazwan al-Wazz, Samer al-Dibs, Ayman al-Jaber, Tareef al-Akhras et Houssam Qaterji, a-t-il indiqué.

Le rôle de la Russie dans le conflit en Syrie a été un important facteur dans la création de la situation dans laquelle la Syrie se retrouve aujourd’hui, a expliqué le politologue Abdoul Nabi Bakkar.

La Russie a apporté son appui au régime syrien depuis le début du conflit actuel, et est la raison pour laquelle il reste au pouvoir, a-t-il indiqué à Diyaruna.

La Russie a apporté son appui au régime syrien depuis le début du conflit actuel, et est la raison pour laquelle il reste au pouvoir, a-t-il indiqué à Diyaruna.

Le régime syrien permet en effet à la Russie de disposer d’une présence militaire sur plusieurs bases terrestres, navales et aériennes en Syrie, grâce auxquelles les forces russes sont en mesure de mettre en œuvre leurs plans stratégiques au Moyen-Orient, a-t-il conclu.

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