Sécurité

Quatre ans après l'EIIS, les habitants de Heet se rappellent les crimes commis par le groupe

Hassan al-Obeidi à Bagdad

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La ville de Heet, dans la province de l'Anbar, connaît aujourd'hui de nombreux projets de reconstruction et de remise en état des infrastructures, quatre ans après le départ de l'EIIS. [Photo fournie par la municipalité de Heet]

Les habitants de Heet, dans l'ouest de la province de l'Anbar, ont célébré le quatrième anniversaire de la libération de leur ville de « l'État islamique en Irak et en Syrie » (EIIS) cette année de manière différente en raison de la pandémie du nouveau coronavirus (COVID-19).

Ils ont hissé des drapeaux irakiens sur les principales places et les grandes artères de leur ville, affichant les portraits des victimes du groupe et rappelant les crimes commis contre la station de la radio locale de la ville.

Le 29 avril 2016, le commandement des opérations conjointes irakiennes à Bagdad annonçait la fin de l'opération « Lynx du désert », près de sept semaines après son lancement le 12 mars.

Cette opération, conduite par les forces irakiennes conjointes avec l'appui aérien de la coalition internationale, connut son point d'orgue avec la libération de Heet et de ses environs et l'éviction complète des militants de l'EIIS après qu'ils eurent subi de lourdes pertes.

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Les rues de Heet sont repavées dans le cadre de projets de reconstruction post-EIIS. [Photo fournie par la municipalité de Heet]

Pour ce quatrième anniversaire, les activistes ont brandi les photos de membres des forces de sécurité tués lors des combats pour libérer la ville et ont distribué des cadeaux à leurs familles.

La vieille mosquée d'al-Qalaa a résonné de trois takbirs (Allahou Akbar) lors de la prière du soir du 28 avril pour célébrer l'occasion.

Des crimes horribles pas oubliés

« L'EIIS a commis des tragédies monstrueuses et des crimes horribles dans la ville, et les habitants voient cette journée comme une grande occasion de remercier tous ceux qui les ont aidés à recouvrer leur liberté », a expliqué le maire de Heet Mouhannad al-Obeidi à Diyaruna.

L'activiste Ali al-Nimrawi a pour sa part déclaré à Diyaruna qu'il se trouvait dans un camp de déplacés en train de regarder des images des batailles lorsque le porte-parole de l'armée irakienne avait annoncé la libération de Heet.

« Jamais personne n'oubliera cette journée », a-t-il déclaré.

Aujourd'hui, les travaux de reconstruction sont en cours, bien que lentement, et la ville panse ses blessures, a-t-il ajouté.

« Cela est important, alors que la stabilité est revenue en dépit des profondes blessures laissées par l'EIIS dans les cœurs des gens, notamment des orphelins, des veuves et des déplacés », a-t-il poursuivi.

Cheikh Mouhammad al-Nimrawi, un dignitaire de Heet, a indiqué quant à lui que les pertes et les sacrifices auraient été bien plus importants sans les efforts de la coalition internationale, dont les appareils avaient pilonné les positions du groupe, permettant aux forces irakiennes de progresser en direction de la ville.

« J'étais membre des conseils tribaux combattant l'EIIS et ai participé à l'attaque, et j'en suis fier », a-t-il déclaré à Diyaruna. « Cette journée doit rester une date importante dans la vie des habitants de Heet et de ses environs. »

Les forces irakiennes et tribales ont traqué l'EIIS dans les villages et les zones rurales autour de Heet. « Nous avons perdu des frères et des amis dans toutes les couches de la société irakienne qui ont participé à cette offensive à nos côtés », s'est-il rappelé.

Naeem al-Koud, président de la commission pour la sécurité du conseil provincial de l'Anbar, a expliqué que les habitants de Heet considère l'anniversaire de la libération de leur ville comme une victoire qu'il convient de fêter.

« Malgré la crise sanitaire et le couvre-feu partiel imposé à toutes les villes de la province, nous devons être fiers des mesures prises par les activistes pour célébrer cet anniversaire », a-t-il continué.

« L'EIIS a commis des crimes horribles à Heet qui ont fait plus de 2 000 victimes dans toutes les couches de la population, qui furent tuées en masse pour avoir refusé de prêter allégeance au groupe », a-t-il expliqué à Diyaruna.

« Ce sont ces victimes que nous célébrons aussi et dont nous nous souvenons comme des martyrs et des héros », a-t-il poursuivi.

Vivre au-delà de l'EIIS

Chaque ville irakienne jadis occupée par l'EIIS célèbre désormais le jour de sa libération du groupe et se rappelle les crimes commis, a déclaré le député irakien Mohammed al-Karbouli.

« Pour moi, c'est important parce que c'est une forme d'immunisation contre tous les groupes ou idéologies terroristes qui envisageraient de resurgir à l'avenir », a-t-il expliqué à Diyaruna.

« Cet anniversaire de la libération de la ville doit s'accompagner d'une immense gratitude et reconnaissance envers tous ceux qui nous ont aidés à sortir la ville des griffes de l'EIIS », a déclaré pour sa part Madiha Omar al-Heeti, enseignante en collège et activiste pour les droits des femmes et des enfants.

« Nous participons maintenant avec les États-Unis, les Européens, les organisations internationales et les Nations unies à la réhabilitation de plusieurs secteurs de la ville, en particulier le secteur de l'éducation », a-t-elle expliqué à Diyaruna.

Des ateliers et des cours sont également mis en place pour aider les victimes de l'EIIS, a-t-elle poursuivi.

Et de conclure : « Nous sentons que la ville se remet lentement et est bien plus belle que jadis pour une seule raison : nous connaissons désormais la valeur de notre ville et l'aimons encore plus qu'avant. »

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