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L'ingérence iranienne divise la communauté chiite d'Irak

Faris al-Omran

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Des chiites irakiens prient lors d'une husseiniyah dans la province de Kerbala en décembre 2019. [Photo extraite de la page Facebook du Sanctuaire de la sainte Husseiniyah]

Les manifestations populaires dans le centre chiite du sud de l'Irak, lors desquelles les manifestants ont rejeté l'influence démesurée de l'Iran dans leur pays, signalent l'effondrement de la stratégie iranienne visant à se présenter comme un soutien des chiites irakiens, ont expliqué des experts.

L'Iran a longtemps cherché à consolider son influence en Irak en mettant en place des milices loyalistes et en étendant son influence sur l'autorité religieuse chiite à Nadjaf.

Mais mllgré ces efforts, l'influence de l'Iran reste marginale et ténue, a déclaré à Diyaruna Ghazi Faisal Hussain, conseiller au Centre irakien d'études stratégiques.

Les chiites irakiens ont une forte identité arabe, a-t-il ajouté, ainsi que des liens étroits avec Nadjaf.

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Des membres du Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) iranien lors d'un défilé militaire, sur une photo diffusée sur les réseaux sociaux.

Ces liens « sont profondément ancrés, malgré les efforts continus de l'Iran et de ses agents pour imposer à tout prix la doctrine de la Wilayat al-Faqih (Tutelle du Juriste) aux chiites, non seulement en Irak mais dans la région et dans le monde », a-t-il indiqué.

La Wilayat al-Faqih appelle à l'allégeance au Guide suprême iranien Ali Khamenei.

Le régime iranien « promeut activement une fausse image selon laquelle tous les chiites soutiennent l'Iran ou prêtent allégeance à Khamenei, alors qu'en réalité seuls certains groupes et individus ont adopté les visées iraniennes », a poursuivi Hussain.

L'autorité religieuse de Nadjaf s'oppose fermement à la Wilayat al-Faqih, et le séminaire prône la modération et la loyauté envers la patrie, a précisé Hussain.

Cette approche se traduit par « les positions sages » prises par le plus grand responsable chiite d'Irak, le Grand ayatollah Ali al-Sistani, a-t-il déclaré.

Lors des manifestations populaires en Irak, par exemple, al-Sistani a condamné les attaques contre les manifestants irakiens et « a soutenu les revendications légitimes du peuple irakien pour ses droits », a-t-il rapporté.

La rhétorique « patriotique et rationnelle d'al-Sistani, qui a été bien accueillie par les Irakiens de toutes les sectes, a eu un effet calmant et a contribué à empêcher le pays de sombrer dans le chaos, ce que voudrait l'Iran », a déclaré Hussain.

« Ces positions soulignent la différence fondamentale entre l'autorité religieuse de Nadjaf et l'establishment religieux de Qom, dont l'idéologie et les actions sont accueillies avec prudence par les Irakiens et les Iraniens », a-t-il déclaré.

L'influence de l'Iran diminue

L'influence de l'Iran dans les villes irakiennes à majorité chiite « a été considérablement affaiblie », selon le chercheur Ghaith al-Tamimi, ancien imam du séminaire de Nadjaf.

« Les gens ne croient plus aux mensonges de l'Iran », a-t-il affirmé à Diyaruna, et ne peuvent pas être dupés par les slogans que le régime iranien met en avant pour défendre ses actions et son idéologie.

« Les chiites irakiens sont désormais les plus farouches opposants au programme de l'Iran, qui a été révélé comme étant une tentative opportuniste de faire disparaître leur identité nationale et de les dépouiller de leur culture, de leur histoire et de leur sentiment d'identité », a indiqué al-Tamimi.

Le régime iranien cherche à isoler les chiites irakiens de la région et de la communauté internationale « pour tenter de s'emparer de leurs ressources et de leurs richesses », a-t-il déclaré.

Les manifestations populaires ont envoyé un message de condamnation clair au CGRI « et au soutien qu'il apporte aux milices qui servent les intérêts de l'Iran et sont directement responsables de la répression et de la pauvreté », a déclaré al-Tamimi.

L'Iran a perdu sa capacité à gagner le soutien et la confiance des chiites d'Irak, ainsi que ceux du Liban, de Syrie et d'ailleurs, a-t-il déclaré, en raison de son « ingérence et de ses politiques néfastes qui n'apportent que des catastrophes et des crises dans la région ».

Les Irakiens rejettent les activités du CGRI

Les Irakiens de tous bords refusent les activités du CGRI et des milices qui lui sont affiliées, a rapporté à Diyaruna l'ancien député irakien Mithal al-Alousi.

Les milices soutenues par l'Iran constituent une « menace terroriste mondiale » en raison de leurs crimes et violations du droit international qui sapent la stabilité régionale et fomentent le sectarisme, a-t-il déclaré.

Les actions destructrices du CGRI « ont fait de lui l'ennemi public numéro un en Irak, car il fournit des armes meurtrières aux milices irakiennes et les aide à étendre leur influence et leur corruption pour tenter de protéger l'influence de l'Iran », a-t-il indiqué.

Dans le cadre de son soutien à ces milices, le CGRI leur a fourni ces deux dernières années une aide et une expertise pour construire un « système électronique intégré » à Jurf al-Sakhr, dans le sud de Bagdad, a fait savoir al-Alousi.

Ce système permet aux milices d'intercepter les communications des institutions irakiennes et d'espionner les responsables irakiens, ainsi que les missions et ambassades étrangères, a-t-il expliqué pour conclure, ce qui constitue « une grave violation de la souveraineté et des relations étrangères du pays ».

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