Politique

Irak : l'ancien chef du renseignement devient Premier ministre en pleine crise budgétaire et du coronavirus

Khalid al-Taie et AFP

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Moustafa Kadhemi a pris ses fonctions de Premier ministre le 7 mai après que le Parlement irakien a approuvé dans la nuit le nouveau gouvernement, près d'un mois après que l'ancien chef du Service national de renseignement ait a nommé par le président Barham Saleh. [Photo fournie par le parlement irakien]

Moustafa Kadhemi, ancien chef des services de renseignement irakiens, a pris ses fonctions de Premier ministre jeudi 7 mai, confronté à une immense crise économique, à une pandémie et au spectre de nouvelles manifestations après plusieurs mois d'impasse politique.

Le parlement a approuvé dans la nuit le nouveau gouvernement après des changements de dernière minute dans la composition du cabinet, près d'un mois après que l'ancien chef du Service national de renseignement (SNR) a été nommé par le président Barham Saleh.

C'était la troisième tentative pour remplacer le Premier ministre sortant Adel Abdoul Mahdi.

La nomination de Kadhemi, âgé de 53 ans, fait suite à des semaines de lobbying de la part de partis politiques profondément divisés, y compris ceux proches de l'Iran voisin qui se méfiaient de ses liens avec les États-Unis.

Le nouveau Premier ministre s'est engagé à trouver un équilibre entre les alliés concurrents que sont Washington et Téhéran, dont les relations ne cessent de se détériorer depuis 2018.

Kadhemi a déjà reçu un appel du secrétaire d'État américain Mike Pompeo, qui a annoncé une prolongation de 120 jours de la dérogation aux sanctions américaines pour permettre à l'Irak d'acheter du gaz à l'Iran voisin.

Cette dérogation est « une manifestation de notre volonté de contribuer à créer les conditions favorables au succès », a déclaré le Département d'État.

Le Premier ministre sortant Abdoul Mahdi a démissionné à la fin de l'année dernière après des mois de manifestations dénonçant la corruption généralisée, le chômage et une classe politique perçue comme étant à la botte de l'Iran voisin.

Un gouvernement partiel

Les députés irakiens, respectant la distanciation sociale et le port de masques et de gants pour freiner la propagation du nouveau coronavirus (COVID-19), ont approuvé quinze ministres sur un cabinet potentiel de 22 sièges.

Sept ministères, dont les postes clés du pétrole et des affaires étrangères, restent vides alors que les partis politiques se disputent les parts.

Les ministres approuvés comprennent ceux des postes sensibles des finances, de l'intérieur, de la défense, de la santé et de l'électricité, assurant la majorité dont Kadhemi avait besoin pour que son cabinet soit considéré comme viable.

Le nouveau gouvernement est censé organiser des élections anticipées, considérées comme une occasion de remise à zéro politique pour le pays, mais il devra également faire face à des priorités politiques urgentes.

L'économie irakienne devrait se contracter de 9,7 % cette année, et le taux de pauvreté pourrait doubler, ce qui en ferait la pire performance annuelle du pays depuis 2003, a averti la Banque mondiale.

L'énorme déficit provoqué par l'effondrement des prix du pétrole brut pourrait obliger le gouvernement à réduire les salaires des fonctionnaires, ce qui pourrait déclencher de nouveaux rassemblements antigouvernementaux.

Dans le même temps, la pandémie de coronavirus a tué plus de 100 Irakiens, et le système de santé délabré du pays risque d'être submergé par une recrudescence des cas.

Dans son discours dans la nuit au parlement, Kadhemi s'est engagé à organiser des élections anticipées et à rédiger une loi budgétaire d'urgence.

Faire respecter la souveraineté de l'Irak

Le nouveau gouvernement comprend jusqu'à présent des ministres « compétents et professionnels », a indiqué Issam al-Fayli, professeur de sciences politiques à l'Université al-Mustansiriyah.

Kadhemi est « une personnalité de premier plan, qui n'a montré aucun signe de corruption ou de faiblesse lorsqu'il dirigeait le Service national du renseignement, l'une des plus importantes institutions de l'État », a-t-il affirmé à Diyaruna.

Mais ce gouvernement est confronté à des tâches monumentales et à des défis qui le placent devant une mission difficile, a-t-il ajouté.

« Le succès ne sera pas facile à obtenir, et nous avons besoin de la solidarité de tous les partenaires politiques », a-t-il fait savoir.

La plus grande difficulté est la présence d'armes illégales dans les mains de groupes et de factions liés à des partis qui cherchent à étendre leur influence aux dépens de la souveraineté et des ressources nationales de l'Irak, a déclaré al-Fayli.

Dans son discours au parlement mercredi, Kadhemi a souligné l'importance de faire respecter la souveraineté de l'Irak en limitant la possession d'armes à l'État.

Il a également souligné que l'Irak ne doit pas servir de plateforme de lancement d'une agression contre d'autres pays, ni de théâtre de conflits et d'ingérences étrangères.

Le Premier ministre a « une réelle perception de l'ampleur de tous ces dangers et défis, qui incluent avant tout la lutte contre les groupes terroristes et la garantie qu'ils ne reprennent pas pied », a déclaré al-Fayli.

« Fort, indépendant »

Ahmed Sabry, 44 ans, espère que le gouvernement actuel sera « différent de ses prédécesseurs et s'efforcera d'apaiser la situation », a-t-il déclaré à Diyaruna.

« Notre soutien au gouvernement dépend de la rapidité avec laquelle il répondra à toutes nos demandes et prendra des mesures sérieuses pour lutter contre la corruption, la pauvreté et le chômage », a-t-il ajouté.

« Nous soutiendrons le gouvernement et resterons à ses côtés tant qu'il sera fort et indépendant, et ne permettra à aucun parti extérieur de s'immiscer dans nos affaires internes », a fait savoir Ilham Saad, 41 ans, à Diyaruna.

Il devra préserver la souveraineté de l'État contre les hors-la-loi, a-t-elle conclu.

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