Terrorisme

Les forces irakiennes prêtes à réprimer toute escalade de la part de l'EIIS

Khalid al-Taie et AFP

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Des combattants irakiens traquent les résidus de l'EIIS dans les zones reculées de la province de Salaheddine sur cette photo publiée sur Internet le 29 avril. [Photo fournie par le centre de presse de la brigade commando du commandement des opérations dans Samarra]

Les forces irakiennes sont « en mesure et prêtes à réprimer un quelconque regain d'activité » de « l'État islamique en Irak et en Syrie » (EIIS), a expliqué un responsable militaire à Diyaruna, lundi 4 mai.

Ces derniers jours, l'Irak a été le théâtre d'un regain d'attaques de l'EIIS contre les forces de sécurité, et les analystes expliquent que les derniers éléments du groupe exploitent le confinement pour cause de coronavirus, le retrait des troupes et les conflits politiques qui couvent pour renforcer ses attaques meurtrières.

Ces attaques se concentrent dans des zones isolées entre les provinces de Diyala et de Salaheddine.

La plus violente a eu lieu dans la région d'al-Moukaishifa dans ​​Salaheddine, lorsque six combattants de la 35e brigade des Forces de la mobilisation populaire (FMP) ont été tués par des tirs directs de militants de l'EIIS, a indiqué la Cellule médias de sécurité.

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Des responsables militaires irakiens discutent le 2 mai à Diyala des conditions de sécurité dans la province, après un regain des attaques par les résidus de l'EIIS. [Photo fournie par le ministère irakien de l'Intérieur]

Trois combattants ont également été tués et quatre autres blessés lorsqu'un engin explosif improvisé (EEI) a explosé à l'arrivée sur place d'autres membres de la 35e brigade pour repousser la première attaque.

Une autre attaque contre une unité de la 41e brigade a fait un mort dans le village de Tal al-Dahab, dans le sous-district de Yathrib, dans Samarra.

Dimanche, les résidus de l'EIIS ont lancé deux attaques ; la première a visé un poste de l'armée irakienne près du village d'Aïn Laila dans la région de Dali Abbas dans Diyala, blessant un soldat.

La seconde a visé un poste de la 21e brigade des FMP dans le village d'al-Ayeth, dans la région de ​Jalam al-Dour, dans Salaheddine, blessant trois combattants, selon la Cellule médias de sécurité.

Prêts à réprimer une quelconque escalade

Ce regain des attaques terroristes est une réaction à « la pression exercée par les forces de sécurité contre les résidus de l'EIIS », a expliqué le major général Tahseen al-Khafaji, porte-parole du commandement des opérations conjointes.

« Nos récentes opérations militaires ont porté des coups sévères à l'ennemi en plusieurs endroits », a-t-il déclaré à Diyaruna.

« Les commandements des opérations dans Salaheddine, Diyala, Samarra, l'Anbar et al-Jazeera ont mené plusieurs attaques, abattant un grand nombre de terroristes, détruisant leurs repaires secrets et mettant la main sur des renseignements importants », a-t-il ajouté.

Ces opérations ont « exercé une pression maximale sur l'EIIS, qui a mobilisé l'ensemble de ses derniers éléments et de ses cellules dormantes pour mener différentes attaques », a-t-il poursuivi.

Les militants « veulent déstabiliser la sécurité afin de réduire la pression contre eux, de susciter la terreur et de retrouver un peu de leur moral, notamment au vu de rapports faisant état de l'arrivée en Irak du nouveau leader de l'EIIS, le criminel Abdoullah Qardash », a continué al-Khafaji.

Le commandement des opérations conjointes « ré-étudie ses plans et ses tactiques chaque fois qu'apparaît une brèche à la sécurité ou que survient une situation d'urgence dans le pays, afin de ne pas permettre aux groupes terroristes d'en tirer avantage », a-t-il ajouté.

« Nos mesures évoluent en permanence, et nous renforçons également nos opérations contre les résidus ennemis pour colmater ces brèches », a-t-il ajouté.

« Nous sommes capables de réprimer une quelconque escalade terroriste par des efforts militaires et de renseignements, et désormais, notre bataille contre eux est une guerre d'information », a-t-il souligné.

« Rudimentaire, basique »

Les combattants de l'EIIS utilisent des villages abandonnés pour s'approcher des zones urbaines, cherchent à rétablir des mécanismes de financement, des voies de contrebande et des repaires tout en visant les infrastructures et les responsables locaux pour semer la panique, a expliqué à l'AFP l'expert irakien de la sécurité Hisham al-Hashemi.

Cette escalade est pour partie liée au redéploiement des unités de sécurité visant à mettre en place un confinement national destiné à lutter contre la propagation du nouveau coronavirus (COVID-19), qui a infecté plus de 2000 personnes et en a tué plus de 90 en Irak.

« Les militants ont tiré parti du fait que les forces de sécurité étaient occupées à imposer le couvre-feu et ont commencé à se déplacer plus librement », a indiqué Adnan Ghadban, un cheikh tribal dans la ville de Baquba.

Les extrémistes ont également pu exploiter l'impasse politique à Bagdad, où les principaux dirigeants sont pris dans des discussions tendues sur la formation d'un nouveau gouvernement.

« L'EIIS sent parfaitement bien la situation politique. Chaque fois qu'elle se dégrade, il accroît son activité de manière opportuniste », a précisé le spécialiste des renseignements Fadel Abou Ragheef.

L'important retrait de troupes de la coalition sous commandant américain forte de 7500 hommes a également ouvert la voie à une reprise des attaques de l'EIIS, a-t-il précisé à l'AFP.

Cependant, analystes et observateurs s'accordent à dire que la récente vague d'attaques de l'EIIS ne signifie pas que le groupe serait une nouvelle fois en mesure de menacer des villes comme il l'a fait en 2014.

« L'EIIS ne pourra retrouver son format antérieur », a assuré Abou Ragheef, en référence au « califat » que le groupe avait proclamé sur de vastes régions d'Irak et de Syrie.

Un haut responsable de la coalition dirigée par les États-Unis a expliqué à l'AFP qu'il avait certes remarqué « le succès d'attaques mineures » par l'EIIS ces dernières semaines, mais qu'il ne les considérait pas comme un « regain substantiel ».

« Il ne s'agit pas uniquement du nombre d'attaques, mais de leur qualité. Sont-elles complexes ? Quels ont été les matériels ou les tactiques employés ? Ce que nous avons vu était en majorité rudimentaire, basique », a ajouté ce responsable.

Pour Sam Heller, un analyste indépendant spécialiste des groupes extrémistes, ce récent regain n'a pas grand-chose à voir avec le pic d'activité de l'EIIS en 2014.

« Il indique plutôt une posture plus agressive du groupe, pas nécessairement des capacités nouvelles et impressionnantes », a-t-il conclu.

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