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Sécurité

Visées expansionnistes et avantages économiques nourrissent le programme de missiles de l'Iran

Sina Farhadi

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Le CGRI avait dévoilé sa première base de missiles souterraine secrète quelque part en Iran à la télévision d'État en octobre 2015. Depuis, le CGRI aurait construit trois « villes de missiles » souterraines. [Photo via l'agence de presse Fars News Agency]

Cela fait longtemps que le régime iranien vante son arsenal de missiles comme une dissuasion et une force défensive avec laquelle il faut compter.

Mais ces dix dernières années, il a élargi la portée de son programme, qui montre que ses visées expansionnistes et ses avantages économiques sont ses motivations réelles, expliquent les analystes politiques.

L'arsenal iranien se compose désormais de milliers de missiles balistiques et de missiles de croisière, dont certains ont une portée de frappe d'au moins 2000 kilomètres, selon certains analystes indépendants.

En janvier, l'agence de presse iranienne Tasnim, qui a rompu ses liens avec le Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI), a publié des photographies supposées montrer de vastes « villes de missiles » souterraines.

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Le Guide suprême iranien Ali Khamenei en visite sur un site de missiles avec le général de brigade Amir-Ali Hajizadeh, commandant de la Force aérospatiale du CGRI, sur cette photo non datée. [Photo via l'agence de presse Fars News Agency]

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De nouvelles photos montrant une « ville de missiles » iranienne ont été postées le 14 janvier. [Photo via l'agence de presse Tasnim News Agency]

Le CGRI affirme avoir construit trois de ces « villes de missiles » souterraines au cours des six derniers mois, et avait déjà auparavant publié des photos de tunnels remplis de divers missiles, a indiqué Radio Farda.

Les dépôts de missiles de l'Iran sont des bunkers enterrés à 500 mètres sous les montagnes, dans différentes régions du pays, a indiqué le commandant de la Force aérospatiale du CGRI Amir-Ali Hajizadeh.

Des armes pour les intermédiaires régionaux

Non content de stocker des armes, l'Iran est un important agent de prolifération de missiles et de technologies pour ses partenaires et ses milices affiliées, notamment le Hezbollah libanais et le régime syrien, qui reçoivent un flot ininterrompu d'armes fabriquées en Iran.

Hajizadeh avait précisé lors d'une interview en 2011 avec Tasnim que des usines de production de missiles étaient en cours de construction en Syrie avec l'aide de l'Iran, et que des missiles de conception iranienne y étaient déjà produits.

L'Iran a également fourni aux Houthis (Ansarallah) du Yémen des missiles balistiques et des missiles de croisière de plus en plus sophistiqués, ainsi que des drones aériens à long rayon d'action.

Les milices irakiennes pro-iraniennes sont les dernières bénéficiaires en date des roquettes et d'autres munitions de petit calibre fabriquées en Iran, qu'elles ont utilisées contre des installations militaires et diplomatiques irakiennes et américaines.

Le transfert par le CGRI de ses technologies de missiles dans toute la région témoigne de l'intention de l'Iran de continuer à fomenter les agitations et à se préparer à un éventuel conflit à l'avenir, ont expliqué des analystes.

« Le CGRI est inquiet d'un changement de l'équation dans la région », a expliqué le politologue iranien Amir Reza Taghipourian. « L'analyse faite par le commandement iranien est qu'une confrontation militaire sérieuse entre l'Iran et les États-Unis finira par se produire. »

« La raison de ce transfert de missiles vers la région et le renforcement de ses milices intermédiaires est qu'elles pourront utiliser ces moyens et propager la guerre dans toute la région », a-t-il indiqué à Diyaruna.

Taghipourian a toutefois écarté ce plan, parlant d'une « 'immaturité' du CGRI ».

« Si un conflit entre l'Iran et les États-Unis devait un jour éclater, le réseau des alliés de l'Iran dans la région se désintégrerait rapidement », a-t-il précisé, soulignant les retombées de la mort de l'ancien commandant de la Force al-Qods du CGRI Qassem Soleimani.

« Après sa mort, l'influence de l'Iran sur ses milices alliées s'est en effet réduite, elles se sont effondrées et l'on ne sait même pas si les choses pourront se rétablir », a expliqué Taghipourian.

Ces derniers temps, a-t-il indiqué, les soi-disant alliés de l'Iran ont eux aussi développé leurs propres intérêts.

Intérêts politiques et économiques

La croissance du programme de missiles iraniens est la conséquence de l'idéologie expansionniste du régime, « qui fait partie de son identité », a poursuivi Taghipourian.

« Mais les affirmations idéologiques ne sont pas la seule raison de la poursuite de cette politique expansionniste », a-t-il indiqué. « D'énormes intérêts politiques et économiques se cachent également derrière cette entreprise. »

« Véritable groupe mafieux, le CGRI a pris en otage les intérêts politiques et économiques de l'Iran », a continué Taghipourian.

« Le programme de missiles du CGRI a englouti des milliards de dollars du budget public ces [dernières] années », a-t-il ajouté.

« Sur la base des estimations publiées il y a quelques années, le coût du programme de missiles en 2017 était d'environ 21 milliards de dollars, alors que les revenus totaux tirés du pétrole durant la même période étaient d'environ 57 milliards de dollars. »

« C'est la raison pour laquelle le programme de missiles du CGRI ne peut être compris sans prendre en compte les intérêts économiques et politiques. »

Des milliards de dollars en jeu

Dès lors qu'il s'agit de la politique militaire de l'Iran, d'énormes intérêts économiques entrent en ligne de compte, a expliqué Siavash Mirzadeh, militant politique de Téhéran, à Diyaruna.

Outre les coûts de production de ces missiles, « cacher des arsenaux entiers de missiles coûte également des milliards de dollars, surtout que les entreprises contractées par le CGRI se font payer plusieurs fois le coût réel », a-t-il ajouté.

« Cela est un aspect important pour un pays qui cache ses missiles dans son propre territoire et les enterre ! »

« Du Yémen en Syrie, en passant par Gaza, tous les intermédiaires soutenus par l'Iran reçoivent ces missiles », a-t-il poursuivi. « Dans certaines zones, le CGRI a également participé à la fabrication de ces missiles en dehors des frontières de l'Iran. »

« Le coût du programme nucléaire iranien dépasse de plusieurs milliards de dollars le coût effectif de la mise en place d'une centrale nucléaire », a expliqué Mirzadeh. « Ces milliards de dollars ne disparaissent pas, ils sont canalisés dans les poches de ces mêmes groupes mafieux. »

Le CGRI encourage l'instabilité et les conflits dans la région pour y étendre son influence, a-t-il ajouté.

« En se développant, cette mafia voit ses revenus s'accroître et elle est tentée d'étendre son influence à d'autres parties du monde », a-t-il continué.

Et de conclure : « Lorsque l'on voit des informations sur l'Afrique et l'Amérique latine et que l'on s'aperçoit que la Force al-Qods y est également présente, on n'est pas surpris. »

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