Santé

La Libye craint un afflux de combattants étrangers pendant la pandémie de coronavirus

Waleed Abou al-Khair au Caire

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Des mercenaires syriens se battent aux abords de la ville libyenne de Tripoli. [Photo fournie par Libya al-Ahrar TV]

Le Gouvernement d'entente nationale libyen, soutenu par les Nations unies, a fait part de son inquiétude quant au fait qu'une compagnie aérienne syrienne privée transporte en Libye des mercenaires qui ont été en contact direct avec des Iraniens pour qu'ils se battent.

L'Iran est l'un des pays les plus durement touchés par la pandémie du nouveau coronavirus (COVID-19), avec 1030 nouveaux cas d'infection annoncés pour la seule journée de jeudi 23 avril, ce qui porte le total du pays à 87 026.

Le Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) a été accusé d'exacerber la crise sanitaire en ne mettant pas en place des mesures de quarantaine et en continuant à autoriser son transporteur affilié Mahan Air à effectuer des vols vers la Chine, où l'épidémie a commencé.

Dans l'est de la Syrie, partie limitrophe de l'Irak, les habitants ont exprimé la crainte que les milices soutenues par l'Iran ne propagent le virus en Syrie, et leur inquiétude liée au fait que le régime syrien n'a pas pris de mesures suffisantes pour enrayer sa propagation.

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Des mercenaires de plusieurs nationalités, dont des Syriens, participent aux combats en cours en Libye. [Photo fournie par Libya al-Ahrar TV]

À la lumière de ces préoccupations, le ministère de l'Intérieur libyen a averti le 18 mars que Cham Wings, une compagnie aérienne syrienne privée basée à Damas, transportait vers Benghazi des personnes qui avaient été en contact avec des Iraniens.

La compagnie aérienne a ouvert un bureau à Benghazi, a fait savoir le ministère, l'accusant de mener une « activité commerciale douteuse » et de faire venir des gens de Syrie, ce qui augmente le risque d'une crise sanitaire.

Les passagers de la compagnie aérienne sont notamment des Syriens ayant des liens avec le Groupe Wagner, une « armée privée » de mercenaires russes combattant en Syrie, ainsi que des membres du CGRI iranien et du Hezbollah libanais, a indiqué le ministère.

La Russie utilise le Groupe Wagner comme couverture pour son activité en Libye.

Menace envers les Libyens

Le ministère de l'Intérieur a mis en garde les habitants de l'est de la Libye de ne pas entrer en contact étroit avec toute personne arrivant par les vols de Cham Wings. Il a également conseillé aux banques commerciales de ne pas traiter avec la compagnie aérienne.

Il a par ailleurs demandé à la Mission de soutien des Nations unies en Libye et au Comité des sanctions des Nations unies de documenter ces violations et d'en tenir les auteurs pour responsables.

L'afflux de mercenaires syriens, amenés en Libye sous les auspices du Groupe Wagner, commence à inquiéter la population locale, a rapporté le journaliste libyen Imran Mohammed à Diyaruna.

Ils pourraient propager le coronavirus en Libye en entrant illégalement dans le pays sans subir d'examens médicaux ou de quarantaine, a-t-il expliqué, notant que les mercenaires arrivant de Syrie se mêlent à d'autres combattants étrangers.

Dans le climat volatile actuel, où le contrôle de certaines zones change constamment de mains, les combattants se déplacent d'un endroit à un autre et se mêlent aux combattants et aux civils libyens, a déclaré Mohammed.

Cela augmente le risque d'infection et la probabilité que le virus soit transmis aux communautés en Libye, a-t-il ajouté.

Les installations médicales en Libye sont dans un « état critique », a-t-il noté, l'infrastructure sanitaire du pays étant délabrée et incapable de traiter un grand nombre d'infections si une épidémie devait survenir.

À ce jour, la Libye n'a enregistré que 60 cas d'infections par le COVID-19 et un décès.

Pas de contrôles médicaux

Plus de 300 jeunes Syriens de la région de Quneitra se sont rendus en Libye après avoir suivi un entraînement au combat dans des camps gérés par le Groupe Wagner, a déclaré à Diyaruna le militant Nizar Bou Ali de Sweida.

Ces hommes n'ont subi aucun examen médical à leur arrivée dans les camps d'entraînement, ni avant leur voyage en Libye, a-t-il indiqué.

Selon Bou Ali, plusieurs jeunes qui s'étaient initialement engagés à travailler pour le Groupe Wagner ont abandonné et ont quitté le camp d'entraînement après avoir appris qu'ils pourraient être contraints de prendre part aux combats en Libye.

On leur avait dit pendant le processus de recrutement qu'ils ne feraient que garder les installations pétrolières sur place, a-t-il poursuivi.

De manière générale, les combattants courent un risque élevé d'infection, car ils vivent et travaillent à proximité les uns des autres, a déclaré à Diyaruna l'expert militaire Yahya Mohammed Ali.

Le recrutement de jeunes Syriens par le Groupe Wagner pour combattre en Libye « équivaut à une condamnation à mort », a-t-il indiqué, non seulement pour les recrues, mais aussi pour les civils libyens, si la pandémie se répand parmi les combattants.

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