Politique

L'influence de Téhéran sur la politique irakienne s'estompe après l'ère de Soleimani

Sina Farhadi

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Le Premier ministre irakien désigné Adnan al-Zurfi est considéré comme un « adversaire de l'ingérence de l'Iran en Irak ». [Adnan al-Zurfi/Instagram]

La nomination d'Adnan al-Zurfi au poste de Premier ministre en Irak a suscité l'inquiétude à Téhéran, rapportent des observateurs des deux pays à Diyaruna, car cet homme politique est un adversaire de taille de l'Iran et va probablement réduire l'influence du régime en Irak.

Le président Barham Saleh a nommé al-Zurfi le 17 mars, après que son précédent candidat, Mohammad Allaoui, a échoué à former un cabinet avant le 2 mars.

Al-Zurfi doit maintenant respecter la date limite du 16 avril et a entamé le processus de formation d'un gouvernement malgré l'opposition de plusieurs partis politiques pro-iraniens.

Le Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) iranien a fait connaître son mécontentement suite à sa nomination, des médias affiliés, dont l'agence de presse Fars, décrivant l'ancien gouverneur de Nadjaf comme un « outil américain » en Irak.

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Le Premier ministre désigné irakien Adnan al-Zurfi (au centre), ancien gouverneur de Nadjaf, a été nommé le 17 mars. [Photo diffusée en ligne]

Le 19 mars, David Schenker, secrétaire d'État américain adjoint aux affaires du Proche-Orient, a soutenu al-Zurfi et a déclaré que les États-Unis « cherchent un gouvernement irakien qui [...] voudra faire passer l'Irak en premier [...] et qui souhaite que l'Irak soit une nation souveraine plutôt qu'un État vassal de l'Iran ».

Al-Zurfi « semble avoir le soutien des sunnites, des Kurdes et d'un certain nombre de chiites », a déclaré Schenker. Donc, « nous espérons que les partis pro-iraniens, je veux dire l'Iran et ses alliés, ne vont pas tenter de faire échouer la nomination ».

Conséquences de la mort de Soleimani

L'ancien premier ministre irakien Adel Abdoul-Madhi a démissionné en décembre au moment où l'Irak était secoué par une vague de manifestations populaires sans précédent dénonçant à la fois la corruption du gouvernement et l'influence iranienne.

Allaoui, qui était ministre de la Communication en Irak pendant le mandat de Nouri al-Maliki, était considéré comme proche de l'Iran, et les manifestations populaires ont continué après sa nomination au poste de Premier ministre.

Il n'a pas réussi à obtenir un vote de confiance auprès du parlement irakien.

Cette situation peut être attribuée en partie à l'assassinat, le 3 janvier à Bagdad, de Qassem Soleimani, commandant de la Force al-Qods du CGRI, a expliqué Mohammad Saleh Sedghian, chef du Centre d'études arabo-iraniennes, un groupe de réflexion de Téhéran, dans un entretien avec un organe de presse basé en Iran.

« Soleimani avait acquis une profonde compréhension des courants sociaux et politiques de l'Irak, et au fil des ans avait joué un rôle important dans la désignation des chefs de gouvernement irakiens en mobilisant les groupes chiites », a-t-il indiqué.

« L'influence de Soleimani sur la politique irakienne était indéniable, et sa mort a créé un vide [...], car personne d'autre n'est capable d'exercer un tel rôle en Irak et de rassembler les factions », a ajouté Sedghian.

Le nouveau commandant de la FQ-CGRI, Esmail Qaani, a du mal à prendre la place de son prédécesseur, laissant les milices irakiennes soutenues par l'Iran face à une crise de confiance.

« On peut s'attendre à ce que la situation se complique encore plus à l'avenir », a affirmé Sedghian.

Qaani était à Bagdad le 30 mars, où il aurait rencontré de hauts responsables irakiens pour relayer le rejet par l'Iran de la nomination d'al-Zurfi, selon les médias locaux.

Perturber l'influence de l'Iran en Irak

« L'élection d'al-Zurfi est la plus grande défaite de la politique interventionniste de l'Iran en Irak », a déclaré l'analyste politique Reza Taghipourian, qui vit à Téhéran. « Dès la publication de la nouvelle, les médias proches du CGRI se sont mobilisés pour détruire al-Zurfi. »

« L'une des accusations portées contre lui est qu'il a la nationalité américaine depuis un certain temps et qu'il parle bien l'anglais. On peut imaginer à quel point cela a provoqué la fureur de Téhéran », a-t-il rapporté à Diyaruna.

Le régime iranien aurait préféré quelqu'un comme al-Maliki, a-t-il fait savoir, notant que l'ancien premier ministre irakien « vivait à Téhéran depuis un certain temps et parle bien le farsi ».

« Après des années d'unité de la milice affiliée à la Force al-Qods en Irak, il semble qu'une nouvelle ère a commencé », a déclaré Taghipourian.

« La mort de Soleimani a bouleversé toutes les équations de l'Iran dans la région, et avec la nomination d'al-Zurfi comme Premier ministre d'Irak, l'Iran se retrouve totalement désarmé en termes de politique régionale », a-t-il ajouté.

La milice irakienne soutenue par l'Iran Asaib Ahl al-Haq a qualifié la nomination d'al-Zurfi de « trahison », et a menacé « de ne pas garder le silence », a rapporté Taghipourian.

« Ces milices ont prouvé qu'elles commettront toutes les atrocités illégales pour atteindre leur but », a-t-il déclaré. « Ces menaces doivent être prises au sérieux et doivent servir d'outil pour dissoudre ces groupes en Irak. »

Une nouvelle orientation pour la politique irakienne

La nomination d'al-Zurfi au poste de Premier ministre irakien est le résultat de la mort de Soleimani et du déclin de l'influence de l'Iran en Irak, a déclaré à Diyaruna le journaliste Hossein Rajabi, qui vit à Téhéran.

« La mort de Soleimani a créé une division parmi les groupes chiites, et personne d'autre ne peut les rassembler, que ce soit avec des promesses ou avec des menaces », a-t-il poursuivi.

« Avec l'élimination de Soleimani, l'une des cartes les plus importantes de l'Iran dans la région a été détruite, et il n'existe désormais aucune autre possibilité de telles manœuvres », a noté Rajabi.

« Après sa mort, une grande agitation a éclaté au sein du gouvernement iranien », a-t-il continué, et le gouvernement irakien a même fait adopter une résolution non contraignante concernant le retrait des troupes américaines du pays.

Mais le paysage politique va changer avec al-Zurfi, a affirmé Rajabi.

« Al-Zurfi s'est fait connaître en Iran comme un allié proche des États-Unis et un ennemi de l'ingérence iranienne en Irak » a-t-il expliqué, soulignant que des sources iraniennes ont cherché à salir al-Zurfi, lui imputant des attaques contre le consulat iranien à Nadjaf.

« En fait, le désaccord et l'inimitié [de l'Iran] envers le nouveau Premier ministre irakien vont bien au-delà d'un désaccord politique, c'est un défi sérieux à l'autorité de l'Iran dans l'Irak du futur, » a conclu Rajabi.

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