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Santé |

Des manquements à la gouvernance mettent en péril les Syriens dans les régions contrôlées par le régime

Waleed Abou al-Khair au Caire et AFP

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Cette capture d'écran extraite d'une vidéo montre des habitants rassemblés devant une boulangerie de Deir Ezzor. [Photo fournie par l'Euphrates Post]

Depuis que le régime syrien a rapporté le premier cas d'infection au nouveau coronavirus (COVID-19) dans le pays dimanche 22 mars, l'inquiétude croît dans les régions contrôlées par le régime sur le fait que les mesures prises ne suffisent pas à enrayer sa propagation.

Bien qu'un couvre-feu ait été déclaré dans les zones contrôlées par le régime dans Deir Ezzor, il a été très largement ignoré, a expliqué un activiste local, et les gens continuent de se rassembler devant les boulangeries, les distributeurs de billets de banque et sur les marchés.

Ce couvre-feu, destiné à prévenir la propagation du virus, s'est accompagné de l'arrêt de tous les transports publics et privés, a expliqué l'activiste de Deir Ezzor Jamil al-Abed à Diyaruna.

Cette province orientale connaît une grave pénurie de farine, a-t-il ajouté, et la population civile continue de se rassembler par centaines devant les boulangeries.

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Un marché ouvert de Deir Ezzor reste ouvert et en activité malgré les inquiétudes concernant la propagation du coronavirus. [Photo fournie par l'Euphrates Post]

Par ailleurs, le prix des produits de première nécessité grimpe en flèche, et les agences affiliées au régime n'ont pris aucune mesure pour prévenir les hausses de prix ni pénaliser les commerçants qui profitent de la situation, a-t-il poursuivi.

Inquiétudes dans la région kurde

Dans la région kurde du nord-est, les groupes d'assistance humanitaire et les responsables ont mis en garde qu'une pandémie pourrait ravager la région, où vivent près de 100 000 personnes dans des camps de déplacés et où les fournitures médicales sont déjà rares.

« Avant même l'arrivée du nouveau coronavirus, nos besoins étaient énormes et désormais, au vu de cette pandémie, nous avons encore plus besoin de soutien », a déclaré Jawan Moustafa, directeur des services sanitaires de l'administration autonome.

Contrairement au nord-ouest de la Syrie, où l'aide des Nations unies arrive via la Turquie, le nord-est ne dispose pas de voies transfrontalières pour permettre l'acheminement de l'aide médicale onusienne.

Par ailleurs, les fournitures qui proviennent de l'intérieur de la Syrie nécessitent une autorisation du régime, qui doit encore acheminer cette aide.

L'International Rescue Committee (IRC) a averti qu'une pandémie du nouveau coronavirus dans le nord de la Syrie pourrait être l'une des pires que le monde ait jamais connues.

« Alors que les Nations unies ne sont plus en mesure de faire passer des fournitures médicales par la frontière, les capacités de nombreuses organisations humanitaires pour répondre aux besoins des personnes vivant dans les camps comme al-Hol [...] sont déjà compromises », a indiqué l'IRC.

Moustafa a averti que les camps de déplacés sont la principale préoccupation, car les mesures de distanciation sociale ne peuvent y être appliquées.

« Le camp est en lui-même un rassemblement social, et c'est là qu'est le problème », a-t-il indiqué, ajoutant que pour empêcher le virus d'atteindre ces implantations, les responsables ont restreint l'entrée des travailleurs humanitaires, sauf dans les cas urgents.

En cas de pandémie, une grande tente dans chaque camp sera transformée en zone de quarantaine, a-t-il indiqué, ajoutant qu'il n'y a « pas grand-chose d'autre que nous puissions faire ».

Risque dans les prisons du régime

L'envoyé des Nations unies en Syrie Geir Pedersen a appelé mardi à un cessez-le-feu dans tout le pays pour permettre la mise en place d'une réponse mieux adaptée à la menace du nouveau coronavirus.

Il a appelé à la libération en masse des détenus et demandé un accès humanitaire complet et permanent à toutes les régions du pays.

Mardi, plusieurs groupes de défense des droits de l'homme ont mis en garde contre « une catastrophe humanitaire majeure » si le virus atteint les prisons du régime sordides et surpeuplées, où les détenus se voient régulièrement refuser des soins médicaux de routine.

Amnesty International et Human Rights Watch ont depuis longtemps documenté des cas de non-respect des droits de l'homme dans les prisons du régime, notamment des exécutions, des tortures et des privations de nourriture.

Dans un communiqué publié lundi, 43 groupes d'activistes syriens ont exhorté le gouvernement à agir, demandant la libération des prisonniers politiques et l'arrêt de toutes les nouvelles arrestations.

Ils ont également appelé le régime à ouvrir les centres de détention à l'Organisation mondiale de la santé et au Comité international de la Croix-Rouge.

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