Sécurité

Les habitants d'al-Baghouz nettoient les résidus de la guerre un an après l'EIIS

AFP

Un combattant des Forces démocratiques syriennes monte la garde à l'entrée du village d'al-Baghouz, dans l'est de la Syrie, un an après la chute de l'EIIS. [Delil Souleiman/AFP]

Faten al-Hassan fait cuire du pain dans un four rudimentaire dans le village d'al-Baghouz, dans l'est de la Syrie, le 13 mars. [Delil Souleiman/AFP]

Une fillette porte sa sœur qui souffre de leishmaniose, une maladie de la peau provoquée par un parasite microscopique propagé par le phlébotome, dans le village d'al-Baghouz, dans l'est de la Syrie, le 13 mars. [Delil Souleiman/AFP]

Un vendeur vend des légumes dans le village syrien d'al-Baghouz, dans l'est du pays, le 13 mars. [Delil Souleiman/AFP]

Des femmes récupèrent des objets dans les ruines d'une maison dans le village d'al-Baghouz, dans l'est de la Syrie, le 13 mars. [Delil Souleiman/AFP]

Un an après que fut descendu le dernier drapeau noir de « l'État islamique en Irak et en Syrie » (EIIS) dans le village syrien d'al-Baghouz, Hamad al-Ibrahim, un agriculteur local, tente de nettoyer ses terres endommagées.

Mais les traces du groupe terroriste sont encore visibles tout autour de lui dans ce petit village reculé proche de la frontière irakienne, où les combattants kurdes et la coalition emmenée par les États-Unis avaient déclaré la victoire sur l'EIIS en mars 2019, après une opération de plusieurs mois.

Au pied d'une colline escarpée, al-Ibrahim, 75 ans, montre des ceintures d'explosifs et des vestes militaires en lambeaux abandonnées dans la terre.

Non loin de là, une caisse de munitions vide rouille et les restes de véhicules incendiés jonchent les champs.

image

Hamad al-Ibrahim (à droite), un agriculteur, et son fils arpentent leurs terres endommagées dans le village d'al-Baghouz, dans l'est de la Syrie, le 13 mars, un an après la chute du califat de l'EIIS. [Delil Souleiman/AFP]

« Nous nettoyons ces épaves afin de pouvoir planter du blé sur cette terre pour faire du pain », a expliqué al-Ibrahim, chef d'une grande famille de 75 âmes.

« Nous voulons faire revivre ce lopin de terre et y planter des cultures que nous pourrons consommer », a-t-il expliqué à l'AFP.

Cet agriculteur est revenu à al-Baghouz il y a quelques mois après avoir fui vers d'autres parties de la province de Deir Ezzor puis plus au nord, vers la province d'al-Raqqa lorsque les combats contre l'EIIS faisaient rage.

Dans un ancien campement militaire en bordure du village qui autrefois regorgeait de combattants de l'EIIS et de leurs familles, la famille d'al-Ibrahim s'efforce désormais de nettoyer les détritus de la guerre.

Ils ont mis à jour des mines enterrées à l'endroit où al-Ibrahim espère faire pousser son blé et, parfois, des armes enterrées à même la terre.

« Lorsque nous sommes revenus et avons vu ce qu'ils avaient fait de notre terre, mon fils est devenu fou. J'ai eu peur qu'il fasse une attaque », a poursuivi al-Ibrahim.

« Ces destructions sont une profonde blessure. »

L'EIIS cherche à se venger

Ces terres en friche impraticables dont s'occupe désormais al-Ibrahim sont tout ce qu'il reste du proto-État transfrontalier que le groupe extrémiste avait autrefois déclaré en 2014 sur de vastes régions de Syrie et d'Irak.

À son apogée, le groupe avait imposé son interprétation brutale de la religion à près de sept millions de personnes et avait lancé des attaques meurtrières contre de très nombreux civils.

Aujourd'hui, bien que le califat autoproclamé ait disparu, la crainte d'attaques par des résidus de l'EIIS est encore très vive chez les habitants et au sein des forces de sécurité dirigées par les Kurdes.

À l'entrée d'al-Baghouz, des combattants des Forces démocratiques syriennes (FDS) contrôlent les papiers d'identité et mènent des patrouilles à pied aux points stratégiques.

Un porte-parole du Conseil militaire de Deir Ezzor, un organisme affilié aux FDS, a expliqué qu'al-Baghouz est certes sécurisé, mais que des cellules de l'EIIS « continuent à opérer dans certains villages environnants comme al-Shaafa et al-Sousa ».

Malgré sa défaite à al-Baghouz, l'EIIS est toujours présent dans les zones tenues par les FDS, où il revendique des attaques presque quotidiennes.

Cela fait un an que les combattants kurdes et leurs alliés de la coalition traquent ces résidus extrémistes.

En octobre, un raid américain dans le nord de la Syrie avait permis d'abattre le leader de l"EIIS Abou Bakr al-Baghdadi, avant que le groupe n'annonce le nom de son successeur, Abou Ibrahim al-Hashimi al-Qurashi.

Mais la mort d'al-Baghdadi n'avait fait qu'activer de nouvelles cellules dormantes, selon le porte-parole du conseil militaire de Deir Ezzor, qui a demandé à être identifié sous le pseudo de Haroun.

« L'EIIS cherche à se venger », a-t-il déclaré à l'AFP.

« Vivre en enfer »

Malgré cette menace persistante des attaques, la moitié des habitants d'al-Baghouz sont rentrés ces derniers mois, ramenant avec eux un semblant de vie normale.

Sur le marché principal du village, des femmes toutes vêtues de noir de la tête aux pieds arpentent les rues, devant des slogans de l'EIIS peints sur les murs environnants.

Des vendeurs vendent des fruits et des légumes dans des charrettes installées sous de petits balcons.

De nombreux immeubles d'habitations sont abandonnés, et ceux qui sont encore habités manquent d'eau et d'électricité.

Dans ce contexte de dévastation, une épidémie de leishmaniose, une maladie de la peau provoquée par un parasite microscopique propagé par le phlébotome, s'est emparée du village.

Si cette infection est endémique en Syrie, elle est devenue plus prévalente durant les neuf ans de la guerre civile, en particulier dans les régions secouées ces dernières années par les combats pour chasser l'EIIS.

Faisant cuire du pain plat dans un four rudimentaire, Faten al-Hassan, 37 ans, a indiqué que cette maladie défigurante est très présente à al-Baghouz.

« Tous mes enfants souffrent de leishmaniose, et pas seulement eux. La plupart des habitants en souffrent aussi », a-t-elle précisé à l'AFP.

Mais au moins, « nous vivons chez nous, et pour le moment, cela nous suffit », a-t-elle indiqué.

Non loin de là, Hashem Raafat, 20 ans, n'a pas cette chance.

Vivant sous une tente à côté de sa maison bombardée, il explique : « Les services publics sont inexistants, les maisons sont détruites et de nombreuses personnes sont mortes à cause des mines, et nous n'avons pas un seul hôpital. »

« Nous vivons en enfer. »

Aimez-vous cet article?
0
0 COMMENTAIRE (S)
Politique Commentaire * INDIQUE CHAMP NÉCESSAIRE 1500 caractères restants (1500 MAX)