Terrorisme

Les actions du Hezbollah mettent en péril l'économie libanaise, affirment des analystes

Nohad Topalian à Beyrouth

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Des partisans du Hezbollah regardent le 12 janvier le chef du parti, Hassan Nasrallah, prononcer un discours sur un écran dans la ville de Nabatieh, dans le sud sud du Liban. [Mahmoud Zayyat/AFP]

Les analystes craignent que le Liban ne puisse pas obtenir le financement nécessaire pour sortir de sa crise économique à cause de l'affiliation du Hezbollah à l'Iran et de son influence au parlement, où le parti et ses alliés sont majoritaires.

Des experts bancaires ont appelé à un plan de sauvetage du Fonds monétaire international (FMI), affirmant que cela garantirait l'aide internationale dont le Liban a désespérément besoin et rassurerait les créanciers, a rapporté l'AFP.

La livre libanaise a vu sa valeur plonger à cause de la crise économique et politique du pays, et les banques ont imposé des limites strictes aux retraits de dollars dans un contexte de crise de liquidité étouffante.

Le Liban a déclaré la semaine dernière que pour la première fois de son histoire, le pays ne pourrait honorer le paiement de sa dette de 1,2 milliard de dollars en euro-obligations, annonçant que c'était la seule façon de consolider ses réserves de devises étrangères.

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Le Hezbollah a collé des posters de Qassem Soleimani, l'ancien commandant de la Force al-Qods du CGRI, le long de la route de Zahle, dans la vallée de la Bekaa au Liban. [Nohad Topalian/Al-Mashareq]

Le Hezbollah s'est fortement opposé à l'ingérence étrangère dans l'économie libanaise.

Mais dans un discours télévisé du vendredi 13 mars, le leader du Hezbollah, Hassan Nasrallah, est revenu sur sa position, déclarant que le parti pouvait accepter que Beyrouth reçoive un plan de sauvetage financier du FMI dans des « conditions raisonnables ».

Il a toutefois averti que « le Liban ne doit pas être placé sous la tutelle de qui que ce soit ni confier son administration financière et économique » à des parties extérieures.

Le parti avait auparavant déclaré qu'il rejetait les conditions et les « recettes toutes faites » que les organismes mondiaux pouvaient imposer, mettant en garde contre ce qu'il appelait la « tutelle étrangère » sur l'économie.

Nasrallah « n'est pas en mesure d'imposer des conditions »

« Le Liban n'a pas d'autre choix que de demander une aide internationale en nature au FMI, mais il n'est pas en mesure d'imposer les conditions fixées par le leader du Hezbollah Hassan Nasrallah », a déclaré l'analyste politique Elias al-Zoghbi à Al-Mashareq.

« Il se trouve plutôt dans la position d'avoir à accepter et à céder aux conditions internationales », a-t-il expliqué. « Par conséquent, le rejet arrogant par le parti des conditions fixées par le FMI privera le Liban de l'aide internationale ou arabe. »

« Le monde ne peut pas accorder d'aide au Liban tant que le gouvernement d'Hassan Diab continuera à obéir au Hezbollah sous le couvert d'un gouvernement d'indépendants et de technocrates », a-t-il déclaré.

Cela restera vrai « tant que le Hezbollah, sous la direction de l'Iran, fera pression sur la politique étrangère du Liban et la canalisera pour servir l'intérêt de l'axe de la résistance », a fait savoir al-Zoghbi.

Le peuple libanais « a commencé à accuser le parti pour sa situation désastreuse », a déclaré à Al-Mashareq Hassan Qutb, directeur du Centre libanais de recherche et de conseil.

C'est parce que le Hezbollah est responsable de la plongée du Liban dans des conflits régionaux et internationaux et des répercussions de ces actions, a-t-il ajouté.

Tant que le parti conservera son affiliation avec l'Iran et servira le programme de la République islamique, l'aide arabe et internationale ne viendra pas, a-t-il averti.

Liens inquiétants avec les milices fidèles à l'Iran

Le rôle régional de Nasrallah, successeur de facto de Qassem Soleimani, commandant de la force al-Qods du Corps des Gardiens de la révolution islamique, qui supervisait les relations extérieures et les milices affiliées au régime iranien, est particulièrement préoccupant.

Le Hezbollah est la plus grande et la plus puissante de ces milices, et beaucoup se sont donc tournés vers Nasrallah pour combler le vide de commandement laissé par la mort de Soleimani.

Selon Qutb, Nasrallah « a pris la responsabilité de gérer les milices pro-iraniennes après l'assassinat de Soleimani ».

« La responsabilité de la gestion des opérations lui incombe, et il met en œuvre la politique et la stratégie de l'Iran » sur tous les théâtres régionaux où ces milices sont présentes, a indiqué Qutb.

« Le Hezbollah aide et dirige les milices irakiennes et autres en vertu du poste occupé par Nasrallah, ce qui signifie qu'il a été impliqué dans les récentes attaques contre les forces de la coalition internationale en Irak », a-t-il déclaré.

« Par conséquent, les États-Unis et la coalition internationale le tiendront pour responsable des récentes attaques et de celles qui les ont précédées », a-t-il poursuivi.

Deux roquettes ont frappé un quartier résidentiel près de la zone verte de haute sécurité de la capitale irakienne en fin de journée mardi, la deuxième attaque de ce type de la journée.

C'était la 25e attaque de ce type depuis octobre contre des installations en Irak où sont basés des troupes et des diplomates des États-Unis et de la coalition. Ces attaques ont été imputées aux milices soutenues par l'Iran, dont la Kataib Hezbollah.

Les liens avec l'Iran pourraient compromettre le soutien

Les États-Unis ont soutenu le Liban dans des moments difficiles par le passé, a déclaré Qutb, exprimant sa crainte que la domination du Hezbollah et son affiliation avec l'Iran n'empêchent le pays d'obtenir une aide internationale vitale à ce stade.

Le Liban « est entré dans une phase de grave détresse financière, et a besoin d'une aide énorme de la part des puissances internationales, des États du Golfe, en particulier l'Arabie Saoudite, des États-Unis, de l'Europe et du FMI », a indiqué al-Zoghbi.

Mais avec son rôle de porte-drapeau de Soleimani, Nasrallah « porte la responsabilité directe » des attaques sur les sites abritant les forces américaines et internationales de la coalition en Irak, a-t-il déclaré, même si elles ne sont pas menées par la milice libanaise.

Il n'y a pas de différence entre le Hezbollah du Liban, la Kataib Hezbollah et les autres milices soutenues par l'Iran en Irak, en Syrie et au Yémen, a souligné al-Zoghbi.

« La responsabilité est la même, et par conséquent Washington ne peut pas faire la distinction entre les membres de la seule entité de combat organisée et dirigée par l'Iran », a-t-il déclaré.

Pour sa part, l'Iran est sous la pression des sanctions américaines et de sa propre crise économique et politique, a-t-il conclu, soulignant que les liens du Hezbollah avec l'Iran et ses intermédiaires pourraient être dévastateurs pour le peuple et l'économie libanais.

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