Santé

Le régime iranien confronté à une « crise de légitimité » alors que le coronavirus se propage

Sina Farhadi

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Le CGRI et l'armée iranienne participent à un exercice conjoint dans le cadre de la « Campagne contre le coronavirus » du CGRI dans la ville de Sanandaj, dans la province du Kurdistan. Plutôt que de convaincre la population que le CGRI peut maîtriser la crise, les Iraniens ne font plus confiance au CGRI ou aux dirigeants politiques. [Photo diffusée sur internet]

Alors que le nouveau coronavirus (COVID-19) continue de se répandre en Iran, avec 63 nouveaux décès rien que pour la journée du mercredi 11 mars, ce qui représente le plus grand nombre de morts en une seule journée dans le pays, de nombreux Iraniens accusent le régime de mal gérer la crise.

Ils rapportent une gestion inefficace, des secrets et des mensonges, selon les observateurs, accusant le régime de tarder à réagir et à prendre des mesures de protection pour protéger les citoyens iraniens, ainsi que de tenter de dissimuler l'étendue de l'épidémie.

La réponse de l'Iran à l'épidémie mortelle, l'une des plus importantes en dehors de la Chine, d'où la maladie est originaire, a été « trop peu et trop tard », a déclaré mardi Javaid Rehman, rapporteur spécial des Nations unies sur les droits de l'homme en Iran.

Il a indiqué que Téhéran avait été lent à réagir au virus lorsqu'il s'est déclaré et qu'il n'en fait toujours pas assez, a rapporté l'AFP.

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Le CGRI nettoie des zones de la ville de Qom dans le cadre de sa « Campagne contre le coronavirus ». De nombreux Iraniens accusent le régime de mal gérer la crise. [Photo diffusée sur internet]

« Nous voulons une communication et une sensibilisation du public transparentes », a fait savoir Rehman.

Le 1er mars, le Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) a annoncé une « Campagne contre le coronavirus », officialisant ainsi son rôle dans la réponse à la crise.

La Force de résistance Basij, un groupe paramilitaire affilié au CGRI, « sera préparé et actif dans l'arène de la coopération et de l'assistance jusqu'à la victoire complète sur cette maladie et le retour à des conditions normales », a déclaré le groupe dans un communiqué.

Mais au lieu de montrer à la population que le CGRI peut contenir la crise, les Iraniens ont perdu confiance dans le CGRI ainsi que dans les dirigeants politiques.

Au cours des derniers mois, l'establishment politique et militaire iranien a été l'objet de nombreuses critiques pour la répression brutale de manifestations, l'abattage d'un avion de ligne civil et d'avoir initialement tenté de le nier, et d'avoir échoué dans la réponse aux inondations.

« Indignation publique »

« L'incapacité et l'incompétence du gouvernement et du CGRI dans la gestion de cette crise [du coronavirus] ont provoqué l'indignation du public », a déclaré à Al-Mashareq le journaliste de Téhéran Hossein Rajabi.

« Les gens pensent que le CGRI est incapable d'accomplir de telles tâches, et que leur confier la gestion de cette crise conduira à une grande calamité », a-t-il affirmé.

Bien qu'il ait contribué à aggraver la situation en ne mettant pas en place des quarantaines et en continuant à autoriser sa compagnie aérienne affiliée Mahan Air à organiser des vols vers la Chine, le CGRI est déterminé à utiliser cette crise pour renforcer sa propre position, a-t-il rapporté.

En janvier et février, alors que le virus se propageait rapidement en Chine, Mahan Air a effectué au moins 55 vols vers la Chine, ont indiqué les médias début février.

« L'objectif du CGRI pendant cette crise est de faire sa publicité », a déclaré Rajabi. « Il veut se faire le héros de l'histoire. »

« Dans des cas similaires, tels que des inondations ou des tremblements de terre, le CGRI est entré en action pour faire sa propagande », a-t-il déclaré. « Mais cette fois, une mauvaise gestion de la crise pourrait conduire à une propagation sans précédent de la maladie. »

« Un allié fiable »

La méfiance envers le régime iranien provient de son incapacité à fournir des informations précises au public alors que le coronavirus s'est répandu de manière incontrôlée pendant des semaines, et de son retard dans la mise en œuvre des mesures de quarantaine et de contrôle aux frontières.

Le retard du régime iranien à annoncer l'épidémie est en partie dû aux sensibilités concernant sa relation stratégique avec la Chine, a déclaré à Al-Mashareq l'activiste politique Siavash Mirzadeh vivant à Téhéran.

« De larges sanctions ont rendu l'Iran complètement dépendant de la Chine et de la Russie, et la République islamique essaie de se présenter comme un allié fiable dans ce genre d'affaires afin de pouvoir leur demander de l'aide si nécessaire », a-t-il expliqué.

Cela pourrait inclure l'espoir que la Chine, avec sa présidence périodique du Groupe d'action financière (GAFI), soit en mesure d'intervenir au nom de l'Iran pour retirer la République islamique de la liste noire de cet organisme, a-t-il précisé.

« La présence de la Chine au Conseil de sécurité [des Nations unies] est également un des espoirs de l'Iran pour l'avenir, en termes de contournement des sanctions », a-t-il déclaré. « C'est pourquoi l'offre de services spéciaux à la Chine par l'Iran n'est pas si étrange. »

Une « crise de légitimité »

« Sur la base de nouveaux résultats scientifiques, nous avons identifié 958 nouveaux cas confirmés d'infection au COVID-19 dans le pays, ce qui porte le nombre total de cas à 9000 », a déclaré mercredi le porte-parole du ministère de la Santé Kianoush Jahanpour.

Jusqu'à présent, a-t-il poursuivi, 354 personnes en Iran ont perdu la vie à cause du virus.

Le 28 février, les États-Unis ont annoncé être prêts à aider le peuple iranien à combattre l'épidémie. Le ministère iranien des Affaires étrangères a rejeté l'offre.

La réponse de Téhéran au virus est l'une des raisons pour lesquelles les autorités iraniennes traversent une « crise de légitimité », a déclaré le 5 mars l'envoyé du Département d'État américain en Iran, Brian Hook, ajoutant que « l'Iran a menti à son propre peuple au sujet du coronavirus ».

« Aujourd'hui, en raison de la mauvaise gestion du gouvernement et du manque de transparence avec son propre peuple, l'Iran connaît l'une des pires épidémies de coronavirus au monde », a-t-il indiqué.

« Nous savons qu'il y a des lacunes dans leur système de santé et nous voulons les combler », a conclu Hook. « Nous aurions aimé qu'ils acceptent notre offre sincère. »

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