Sécurité

Entretiens de crise entre la Russie et la Turquie après l'attaque meurtrière de la Syrie

AFP

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Des Syriens de la ville de Sarmada, dans la province d'Idlib, organisent le 28 février des prières funéraires pour les 33 soldats turcs tués la veille lors d'une attaque aérienne du régime syrien. [Aaref Watad/AFP]

Les dirigeants russes et turcs ont tenu des discussions de crise vendredi 28 février pour tenter de réduire les tensions après que 33 soldats turcs ont été tués lors d'un raid aérien du régime en Syrie.

La communauté internationale a exprimé la crainte d'un risque d'escalade rapide après l'attaque jeudi par des forces du régime syrien soutenues par la Russie dans la province d'Idlib, où le régime mène une offensive meurtrière.

L'Observatoire syrien des droits de l'homme a rapporté que les morts turcs ont eu lieu lors de frappes aériennes dans la zone comprise entre al-Bara et Baluon, au nord de Kafr Nabl.

Environ 32 soldats turcs ont également été blessés et ont été transportés en Turquie pour y être soignés, a déclaré Rahmi Dogan, gouverneur de la province frontalière turque d'Hatay.

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De la fumée s'élève au-dessus de la ville de Saraqeb, dans l'est de la province d'Idlib, après le bombardement par les forces du régime syrien le 27 février. [Aref Tammawi/AFP]

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Cette photo d'archive prise le 29 juillet 2018 montre la frégate russe Amiral Makarov à Saint-Pétersbourg. Ce navire était l'une des deux frégates russes armées de missiles de croisière qui ont franchi le Bosphore le 28 février en route pour la Méditerranée. [Kirill Kudryavtsev/AFP]

Cet incident s'est ajouté à des semaines de tensions croissantes entre la Turquie et la Russie, et a alimenté les préoccupations internationales sur la situation difficile de la population d'Idlib.

Il s'agit du plus grand nombre de morts depuis la première intervention de l'armée turque en Syrie en 2016, ce qui porte à 53 le nombre total de soldats turcs tués à Idlib ce mois-ci.

La Turquie a indiqué avoir riposté en attaquant plus de 200 cibles du régime lors de bombardements par drone et artillerie, qui auraient fait 20 victimes parmi les soldats du régime syrien.

Quelques heures après l'attaque, la Turquie, qui accueille déjà quelque 3,6 millions de réfugiés syriens, a averti qu'elle ouvrait les portes aux réfugiés pour qu'ils fuient vers l'Europe.

La Grèce et ses partenaires européens craignent un nouvel afflux de réfugiés en provenance de Syrie, après que plus d'un million d'entre eux se furent rendus dans ce pays en 2015, avant qu'un accord entre l'Union européenne et la Turquie soit conclu pour en contrôler le nombre.

Ajoutant aux tensions, Moscou a annoncé que deux de ses navires de guerre transitaient par le détroit du Bosphore à Istanbul, à la vue de la ville.

Mais pour tenter de désamorcer la crise, le président russe Vladimir Poutine et son homologue turc Recep Tayyip Erdogan se sont entretenus par téléphone vendredi.

La Turquie a également appelé vendredi la communauté internationale à mettre en place une zone d'exclusion aérienne au-dessus d'Idlib.

Discussions urgentes sur la crise

À la demande de la Turquie, les instances dirigeantes de l'OTAN ont organisé des discussions urgentes sur la crise vendredi, et se sont jointes aux Nations unies et aux États-Unis pour appeler à une désescalade urgente.

Le secrétaire général de l'OTAN, Jens Stoltenberg, a condamné le régime syrien et la Russie et les a exhortés à mettre fin à la violence à Idlib, déclarant que les alliés avaient accepté de maintenir les mesures déjà en place pour renforcer les défenses aériennes de la Turquie.

« Les alliés de l'OTAN apportent aujourd'hui leur soutien à la Turquie », a-t-il déclaré. « Nous renforçons leurs défenses aériennes, nous avons un avion AWACS qui aide à surveiller le ciel, nous procédons également à des visites portuaires et apportons un soutien d'autres manières. »

« Mais les alliés examinent constamment ce qu'ils peuvent faire de plus pour apporter un soutien supplémentaire à la Turquie », a-t-il ajouté.

« Nous appelons la Russie et le régime [syrien] à mettre fin aux attaques, à cesser les attaques aériennes aveugles et à participer et soutenir les efforts menés par les Nations unies pour trouver une solution durable, politique et pacifique à la crise en Syrie », a-t-il déclaré.

Les Nations unies ont appelé jeudi à une action urgente dans le nord-ouest de la Syrie, mettant en garde que « le risque d'une plus grande escalade augmente d'heure en heure ».

« Le secrétaire général réitère son appel à un cessez-le-feu immédiat et se dit particulièrement préoccupé par le risque que l'escalade des actions militaires fait courir aux civils », a fait savoir le porte-parole Stéphane Dujarric dans une déclaration.

Le secrétaire général des Nations unies António Guterres suit la situation avec « une grande préoccupation », a indiqué Dujarric, et « réaffirme qu'il n'y a pas de solution militaire au conflit syrien », appelant à un processus de paix sous l'égide onusien.

Vendredi, le Conseil de sécurité des Nations unies tiendra une réunion d'urgence à 16 heures pour discuter de l'escalade des combats en Syrie.

Les Nations unies ont averti à plusieurs reprises que les combats à Idlib pourraient créer la plus grave crise humanitaire depuis le début de la guerre civile en 2011.

Mais les vetos russes, souvent appuyés par la Chine, ont paralysé leur action en Syrie.

L'UE de son côté craint que la situation en Syrie ne dégénère en guerre totale, a déclaré le chef de la politique extérieure Josep Borrell dans un article publié vendredi sur les réseaux sociaux.

« Il y a un risque de glissement vers une confrontation militaire internationale ouverte majeure. Cela entraîne également des souffrances humanitaires insupportables et met les civils en danger », a-t-il déclaré.

L'UE a appelé à une désescalade rapide et « envisagera toutes les mesures nécessaires pour protéger ses intérêts en matière de sécurité », a-t-il déclaré, ajoutant que le bloc était en contact avec « tous les acteurs concernés ».

Des navires de guerre russes transitent par le Bosphore

Deux navires de guerre russes armés de missiles de croisière ont traversé vendredi le détroit du Bosphore en direction de la Méditerranée, a fait savoir l'armée russe.

Ces deux frégates, l'Amiral Makarov et l'Amiral Grigorovich, avaient quitté le port de Sébastopol sur la péninsule de Crimée, et ont traversé le Bosphore puis le détroit des Dardanelles.

Un porte-parole militaire russe a insisté sur le fait que ce transit était une opération de routine, malgré le moment auquel il se déroule et le fait que les deux frégates lourdement armées sont passées simultanément.

Alexei Rulev, porte-parole de la flotte, n'a pas précisé quelle était la destination finale des navires, mais les bâtiments de la marine russe qui passent par le Bosphore se dirigent normalement vers la Méditerranée afin de soutenir les opérations de Moscou en Syrie.

En tant qu'État ayant une côte sur la mer Noire, la Russie est autorisée à faire passer ses navires militaires par le Bosphore en vertu de la Convention de Montreux sur les détroits de 1936.

Selon celle-ci, la Turquie ne peut bloquer la navigation navale russe que si la guerre est déclarée ou si elle se sent sous une menace de guerre imminente.

Les États-Unis appellent à la fin de l'offensive

Jeudi, les États-Unis ont exigé que le régime syrien et la Russie mettent fin à leur « odieuse » opération dans la province d'Idlib, et se sont engagés à soutenir la Turquie.

« Nous sommes aux côtés de la Turquie, notre allié de l'OTAN, et nous continuons à demander la fin immédiate de cette offensive odieuse du régime [syrien], de la Russie et des forces soutenues par l'Iran », a déclaré un porte-parole du département d'État.

« Nous examinons les options pour la meilleure façon de soutenir la Turquie dans cette crise. »

Le département d'État a déclaré que les responsables américains cherchaient à obtenir des informations de leurs homologues en Turquie.

Réagissant plus tôt aux rapports préliminaires sur les morts, Kay Bailey Hutchison, ambassadeur américain auprès de l'OTAN, a déclaré que l'incident constituait un « énorme changement ».

Les relations entre les États-Unis et la Turquie se sont fortement détériorées l'année dernière en raison de l'intervention militaire d'Ankara en Syrie et de son achat du système de défense antimissile S-400 à la Russie au mépris des avertissements de ses alliés de l'OTAN.

« J'espère que le président Erdogan verra que nous sommes l'allié de leur passé et de leur avenir et qu'ils doivent abandonner le S-400 », a déclaré Hutchison.

« Ils voient ce qu'est la Russie, ils voient ce qu'ils font maintenant ; s'ils attaquent les troupes turques, cela devrait l'emporter sur tout ce qui se passe entre la Turquie et la Russie », a-t-elle affirmé.

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1 COMMENTAIRE (S)
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Très bien.

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