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L'Iran profite des milices irakiennes pour générer des fonds

Faris al-Omran

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Des membres de la milice Jund al-Imam épaulée par l'Iran, sur cette photo publiée en ligne par la milice le 23 juin 2017, participent à un défilé.

Alors que le régime iranien se bat contre les sanctions qui mettent à mal son économie, il cherche à soulager la pression sur ses coffres en mettant en place et en tirant parti d'une structure de pouvoir parallèle en Irak, ont expliqué des analystes à Diyaruna.

Au centre de ce projet se trouvent les milices irakiennes qui reçoivent un financement direct du Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) d'Iran et lui sont donc inféodées, ont-ils ajouté.

« Les agents de l'Iran bâtissent activement un État enraciné ou 'parallèle' dont la principale fonction est de piller systématiquement les ressources des Irakiens et de saper les capacités de leur pays », a indiqué l'analyste politique à Diyaruna.

« L'argent que ces agents tirent de leurs activités illégales passe dans les coffres du CGRI afin qu'il puisse continuer à imposer son hégémonie et mener ses activités qui portent atteinte à la stabilité de la région », a-t-il ajouté.

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Des Irakiens participent aux manifestations sur la Place Tahrir de Bagdad, le 13 novembre 2019. [Diyaruna]

La contrebande de pétrole, de drogues et d'autres produits dans et hors d'Irak est une des principales sources de revenus des milices pro-iraniennes, a poursuivi Shawqi, soulignant que ces milices ont pu générer d'énormes profits à partir de ces activités illégales.

Selon certaines estimations, a-t-il continué, ces milices ont pu ainsi siphonner près de 23 000 barils de pétrole par jour depuis les champs du nord de l'Irak, et ont fait entrer ce pétrole en contrebande en Iran en utilisant des camions-citernes.

Cette contrebande a coûté à l'Irak près de deux milliards de dollars de recettes pétrolières depuis 2017.

Gamme d'activités illicites

« Les milices ont recours à une grande variété de méthodes pour collecter des devises fortes et les canaliser vers l'Iran », a expliqué Shawqi, précisant qu'elles « mettent à profit leur influence pour émettre de fausses factures d'importations ou acheter de grandes quantités de dollars ».

Cela affaiblit le dinar irakien en siphonnant des dollars hors de l'économie irakienne, a-t-il ajouté.

Les milices appuyées par l'Iran sont impliquées dans la corruption liée aux contrats de projets de service public, ainsi que dans des opérations de blanchiment d'argent réalisées par « des offices commerciaux » et des réseaux secrets, a-t-il indiqué.

Les revenus tirés de ces activités « sont utilisés pour soutenir les activités du CGRI en Syrie, au Liban et au Yémen », a-t-il indiqué.

Ces milices ont également mis la main sur le marché de la ferraille, fondant les vieilles voitures et les débris métalliques des bâtiments endommagés durant la guerre contre « l'État islamique en Irak et en Syrie » (EIIS) et revendant le métal comme matière première en Irak, a-t-il poursuivi.

« Les milices envoient des cargaisons entières de ferraille d'Irak en Iran, où les aciéries iraniennes le refondent et le revendent en Irak », a expliqué l'expert en stratégie Alaa al-Nashou à Diyaruna.

« Ces milices utilisent différents biais pour piller l'économie et les ressources nationales irakiennes et cherchent à gagner de l'argent pour soutenir le CGRI et permettre au régime iranien d'amoindrir l'impact des sanctions économiques », a ajouté al-Nashou.

Aux passages terrestres et dans les docks portuaires, les milices imposent des droits de douane illégaux sur les marchandises qui entrent en Irak, a-t-il indiqué, et font chanter les hommes d'affaires et les importateurs en prélevant des pots-de-vin pour laisser ces marchandises atteindre les entrepôts.

« Ces différentes formes de vol ont appauvri les Irakiens », a-t-il poursuivi, soulignant que « en dépit de son budget d'État important, l'Irak souffre d'une grande faiblesse des services publics ».

Pillage de l'économie irakienne

« Les milices n'ont rien apporté d'autre que la destruction en Irak et continuent de piller l'économie par la corruption, pour empêcher que le régime iranien, ses milices et ses alliés ne s'effondrent », a expliqué l'ancien député irakien Omar Abdoul Sattar.

Des manifestations secouent l'Irak depuis le début du mois d'octobre « pour exiger la fin du contrôle par les milices pro-iraniennes » et de leur répression, de leur pillage de l'économie irakienne et d'autres crimes commis à l'égard du peuple irakien, a-t-il ajouté.

Mais aujourd'hui, « le monde a ouvert les yeux sur le danger de ces milices et le soutien qu'elles apportent au CGRI pour lui permettre de résister à la pression des sanctions économiques qui lui sont imposées », a-t-il poursuivi.

« Les efforts internationaux se concentrent désormais sur la perturbation des systèmes financiers des groupes qui ont prêté allégeance à l'Iran », a conclu Abdoul Sattar.

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