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Terrorisme

Exhumation en cours de 17 charniers dans Sinjar

Khalid al-Taie

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Des familles yézidies originaires du village de Kojo, dans le district de Sinjar, se rassemblent sur le site d'un charnier où les corps de leurs proches tués par l'EIIS ont été enterrés le 3 août 2019. [Photo extraite de la page Facebook officielle de Kojo]

Les autorités irakiennes ont récemment annoncé qu'elles avaient terminé les procédures pour l'ouverture de 17 charniers de Yézidis tués par « l'État islamique en Irak et en Syrie » (EIIS) dans le district de Sinjar, dans le nord de l'Irak.

« Les procédures ont été achevées pour ouvrir 17 charniers contenant les restes de victimes yézidies tuées par l'EIIS dans le village de Kojo dans le district de Sinjar », a déclaré Barvan Hamdi, vice-ministre des Martyrs et des Affaires de l'Anfal au sein du gouvernement régional kurde.

Après la défaite de l'EIIS, a-t-il expliqué à Diyaruna, « 71 charniers ont été découverts dans Sinjar et ses environs ».

Les restes de 235 victimes de l'EIIS ont été exhumés des charniers récemment ouverts et transportés à Bagdad, a-t-il poursuivi, où des tests ADN permettront de déterminer leur identité.

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Une équipe conjointe irakienne et internationale commence à ouvrir le premier charnier de masse dans le village de Kojo, dans le district de Sinjar, le 19 mars 2019, où ont été découverts les restes de 28 victimes de l'EIIS. [Photo extraite de la page Facebook officielle de Kojo]

Les procédures pour l'ouverture de ces charniers avaient débuté en mars dernier, a-t-il continué, dans le cadre d'un effort collaboratif entre le ministère des Martyrs, la Direction des charniers de la Fondation irakienne des Martyrs et le ministère irakien de la Santé.

Plusieurs organisations internationales sont également engagées dans cette initiative.

« Notre travail avance, et nous espérons ouvrir de nouveaux charniers yézidis dans les semaines qui viennent, conformément à notre programme », a-t-il indiqué.

Certains retards dans la procédure

La question des charniers yézidis « avance lentement », a déclaré Houssam Abdoullah, responsable au sein de l'Organisation yézidie de documentation.

Et ce, malgré les promesses faites par le gouvernement de « résoudre rapidement la question, protéger les droits des victimes et indemniser leurs proches, sur la base de la justice pénale », a-t-il expliqué à Diyaruna.

Il a souligné que seuls les charniers de Kojo avaient été ouverts, « et que des dizaines d'autres dans d'autres villages et zones résidentielles de Sinjar restent encore à ouvrir ».

« Les restes retirés des charniers ouverts n'ont pas encore été soumis à des tests génétiques et n'ont pas été corrélés à des échantillons de sang des familles des victimes afin de pouvoir procéder à leur identification », a précisé Abdoullah.

« Nous avions espéré terminer ces tests et pouvoir remettre les restes à leurs familles afin qu'elles puissent organiser les funérailles à la mi-août de l'année dernière, qui marquait le cinquième anniversaire des massacres (de Kojo) », a-t-il ajouté.

Il a toutefois souligné que « le gouvernement a confirmé son engagement à poursuivre cet effort malgré des moyens financiers limités et la situation exceptionnelle que connaît le pays ».

Les tests ADN ont connu quelques retards, a confirmé Hamdi, par suite « des pressions exercées sur le service [de médecine légale de Bagdad] en raison du volume important de charniers découverts dans différentes parties du pays ».

En plus de ces charniers contenant les restes de victimes de l'EIIS, a-t-il poursuivi, d'autres contiennent les restes des victimes d'al-Qaïda et de ceux qui avaient été assassinés sous le régime de l'ancien dictateur Saddam Hussein.

Les familles des victimes ont besoin de réponses

« Pas moins de mille membres de familles yézidies avaient formulé des plaintes ces dernières années à propos de leurs enfants et de leurs proches portés disparus durant la période où l'EIIS occupait Sinjar », a expliqué le juge Ayman Moustafa à Diyaruna.

Moustafa fait office de magistrat instructeur pour une commission du gouvernement régional qui enquête sur les crimes de l'EIIS dans Sinjar, les Plaines de Ninive et Dohouk.

« En tant qu'entité légale, nous avons pris des mesures légales pour enregistrer, enquêter et documenter ces plaintes », a-t-il expliqué. « Mais nous attendons les résultats des tests génétiques des restes pour pouvoir poursuivre nos procédures et protéger les droits des victimes et de leurs familles. »

L'EIIS a commis de nombreuses atrocités qui peuvent être qualifiées de génocide et de crimes contre l'humanité, a poursuivi Moustafa, soulignant qu'il est de la responsabilité de chacun de rendre la justice et de tenir les auteurs pour responsables.

Fin novembre, le chef de l'Équipe d’enquêteurs des Nations unies chargée de concourir à amener l'EIIS à répondre de ses crimes (UNITAD) Karim Khan avait expliqué que les enquêtes avaient révélé que 160 individus avaient été impliqués dans les crimes contre les Yézidis dans le district de Sinjar.

Les travaux de collecte de preuves sont en cours afin de les transmettre aux tribunaux.

L'EIIS a enlevé 6 417 personnes et le sort de près de la moitié d'entre elles reste à ce jour encore inconnu, selon les estimations officielles.

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