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Les milices pro-iraniennes ne sont « pas les bienvenues » dans la société irakienne

Hassan al-Obeidi à Bagdad

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Des manifestants irakiens réunis le 29 janvier à al-Nasiriyah scandent des slogans patriotiques et exigent que l'Iran arrête son ingérence dans les affaires irakiennes. [Alaa Hussein/Diyaruna]

Les manifestations en cours en Irak et les récentes violences contre les manifestants qui ont été attribuées aux milices appuyées par l'Iran n'ont fait que renforcer la détermination des Irakiens en faveur du changement et leur opposition aux « sbires » de l'Iran, ont expliqué des responsables et des chercheurs.

Un manifestant a été tué le 27 janvier à al-Nasiriyah, a expliqué un infirmier à l'AFP, lorsque des hommes armés ont envahi la place où campaient les manifestants.

Ces hommes non identifiés sont arrivés sur la place al-Habboubi de la ville juste après minuit, incendiant les tentes où dormaient les manifestants.

Ils ont ouvert le feu sur les manifestants, tuant l'un d'eux et en blessant quatre autres, a indiqué une source médicale.

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Des manifestants irakiens sur la place al-Habboubi d'al-Nasiriyah le 29 janvier. [Alaa Hussein/Diyaruna]

Le principal camp de la contestation à Nadjaf a également été incendié par des hommes armés non identifiés.

Les observateurs ont pointé du doigt les milices pro-iraniennes, qu'ils accusent d'être derrière l'enlèvement et l'intimidation de militants et de journalistes.

Ces milices ont également été à l'origine des attaques contre les manifestations à Bassorah et Kerbala, ont-ils ajouté.

Isoler les milices pro-iraniennes

Les Irakiens sont désormais « bien conscients » que les milices épaulées par l'Iran sont « un groupe isolé », a expliqué le spécialiste des affaires irakiennes Ali Fadhil al-Lami à Diyaruna.

« Les miliciens, en particulier ceux qui entretiennent des liens avec l'Iran comme le Kataib Hezbollah, Harakat al-Nujaba, Asaib Ahl al-Haq, entre autres, ne sont pas les bienvenus dans la société irakienne », a-t-il ajouté.

Les Irakiens accusent ces milices d'être « déloyales envers l'Irak et d'œuvrer contre les manifestants » dans leur exigence de débarrasser le pays de la corruption, a-t-il poursuivi.

« Ils sont également considérés comme responsables de la prolifération d'armes non déclarées et de défier le gouvernement », a expliqué al-Lami. « Le terme de 'sbires' signifie que ce sont partisans de l'Iran, raison pour laquelle leur isolement se poursuit jour après jour. »

Depuis la défaite de « l'État islamique en Irak et en Syrie » (EIIS), les milices pro-iraniennes sont devenues « une menace essentielle pour la sécurité irakienne », a continué al-Lami.

Les Irakiens se sont tournés vers différentes plateformes de médias sociaux pour signaler le comportement et les actes facétieux de ces milices, a-t-il ajouté, car ces plateformes « offrent plus de liberté d'expression que ce que les gens peuvent trouver hors ligne ».

Soutien des Irakiens à l'armée et à la police

« Les Irakiens ne souhaitent rien d'autre que leur armée nationale et leurs forces de police, et leur allégeance va exclusivement à leur pays », a expliqué Ahmed Hamza al-Nasiri, un activiste qui campe sur la place al-Habboubi.

Cela n'est pas le cas des miliciens, qui « se sont vendus comme mercenaires », a-t-il déclaré à Diyaruna.

« Nous ne pouvons être d'accord avec eux sur rien, car ils servent l'Iran et profitent en même temps des richesses de l'Irak », a-t-il déclaré. « Quiconque agit ainsi finira par trahir ses propres amis et ses voisins, ce qui explique cette grande défiance. »

Ce manque de confiance isole encore plus ces miliciens de leurs compatriotes, a-t-il ajouté, « car ils ne peuvent même pas partager les joies et les peines de leurs compatriotes irakiens ».

Les Irakiens ne souhaitent pas entretenir de relations amicales avec ces milices, qui considèrent le nouveau commandant de la Force al-Qods du Corps des Gardiens de la révolution islamique (FQ-CGRI) Esmail Qaani comme leur chef, a-t-il poursuivi.

Des milices hostiles aux intérêts des Irakiens

« Les Irakiens souhaitent un État composé d'institutions fortes et respectables, de sécurité et de justice, et non de chaos, de prolifération d'armes illicites et de milices », a déclaré le député irakien Luis Caro à Diyaruna.

Un État où règne le chaos « est incompatible avec la constitution d'une nation sûre pour eux-mêmes et pour leurs enfants », a-t-il estimé.

Opter pour un État fort isolera naturellement les milices pro-iraniennes, qui se retrouveront encore plus isolées « tant que les hommes qui les composent continueront de servir des personnes autres que leurs concitoyens », a estimé le responsable politique Abbas al-Lafi.

« Un État civil libre ne peut pas être bâti dans l'ombre de milices qui prêtent allégeance à un autre pays », a-t-il poursuivi pour Diyaruna.

« Le peuple irakien renforce donc désormais son soutien en faveur de l'armée nationale, et les milices sentent qu'elles ne sont pas les bienvenues et par conséquent deviennent encore plus hostiles », a-t-il ajouté.

Al-Lafi a prédit que cet isolement social contraindra davantage de miliciens à déposer les armes et à rentrer dans le rang des civils qui rejettent les actes d'agression envers leurs compatriotes.

L'ancien député irakien Mithal al-Alousi s'est interrogé sur le rôle des milices appuyées par l'Iran, dont il explique qu'elles sont hostiles aux manifestants irakiens, menacent la sécurité du pays et défient l'autorité de l'État.

« Elles servent l'Iran plus que l'Irak », a-t-il ajouté pour Diyaruna.

Pour cette raison, a-t-il conclu, « il n'est que naturel que le peuple irakien les repousse hors de la société et les rejette ».

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