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Les Irakiens critiquent la décision du Parlement d'expulser les forces étrangères

Faris al-Omran

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Les forces de la coalition forment les forces irakiennes au camp irakien d'al-Taji en janvier 2018. [Photo fournie par le ministère irakien de la Défense]

Le vote du Parlement irakien pour l'expulsion des forces étrangères d'Irak est une décision qui ne sert pas le pays, mais qui reflète plutôt « la volonté de l'Iran et des groupes affiliés, pas celle du peuple irakien », ont affirmé des experts et des citoyens.

Le parlement irakien a tenu une session extraordinaire dimanche 5 janvier au cours de laquelle il a voté pour engager le gouvernement irakien à annuler sa demande d'assistance à la coalition internationale qui lutte contre « l'État islamique en Irak et en Syrie » (EIIS).

Il a également appelé à mettre fin à la présence de toutes les forces étrangères dans le pays et à les empêcher d'utiliser le territoire, et les espaces maritime et aérien du pays, selon une déclaration du Parlement irakien.

Les liens se sont détériorés après que la frappe de précision d'un drone américain a tué vendredi Qassem Soleimani, commandant de la Force Qods du Corps des Gardiens de la révolution islamique (FQ-CGRI) iranienne, et Abou Mahdi al-Muhandis, figure militaire irakienne majeure.

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Le Parlement irakien en session le 11 janvier 2019. [Photo fournie par le Parlement irakien]

Près de 5 200 soldats américains sont stationnés dans des bases irakiennes pour soutenir les troupes locales et empêcher le retour de l'EIIS, a rapporté l'AFP.

Ils sont déployés dans le cadre de la coalition internationale, invitée par le gouvernement irakien en 2014 pour aider à combattre l'EIIS.

Le secrétaire d'État américain Mike Pompeo a réagi à la décision du Parlement en déclarant: « Il nous faudra voir ce que nous allons faire quand les dirigeants et le gouvernement irakiens prendront une décision. »

Le Royaume-Uni, membre clé de la coalition internationale, a exhorté l'Irak à permettre aux soldats de rester dans le pays, indiquant que leur travail était « vital ».

Au début de la session parlementaire, la coalition a annoncé qu'elle suspendait ses opérations en Irak en raison des attaques meurtrières à la roquette contre ses bases.

« Cela a limité notre capacité à mener des formations avec nos partenaires et à soutenir leurs opérations contre l'EIIS, et nous avons donc mis ces activités en pause, sous réserve d'un examen continu », a-t-il déclaré.

Tard samedi, deux missiles ont frappé la zone verte et deux roquettes ont touché une base aérienne au nord de Bagdad abritant des troupes américaines.

Une décision « regrettable »

La résolution du Parlement est regrettable et ne sert pas les intérêts de l'Irak et de son peuple, a expliqué l'analyste politique Ahmed Shawqi à Diyaruna.

« Le pays est toujours menacé par les terroristes restants, qui disposent toujours de cellules et de groupes secrets, et la coalition internationale a aidé nos forces de sécurité à les attaquer et à les empêcher de se développer et d'augmenter leur nombre », a-t-il poursuivi.

Se passer du soutien militaire des forces de la coalition est « dangereux », a-t-il déclaré, car ces forces ont fourni une couverture aérienne et des renseignements à l'Irak dans toutes ses campagnes de sécurité contre les terroristes encore présents.

Si le soutien de la coalition prend fin, cela signifiera « que nous aurons de grandes difficultés à surveiller les déplacements des éléments restants de l'EIIS, à les trouver et à répondre à leurs menaces ».

Cette décision prive également les forces irakiennes du soutien international en matière de formation et de qualification, qui sont essentielles pour accroître leurs capacités à faire face aux menaces et à protéger l'indépendance et la souveraineté du pays, a ajouté Shawqi.

La décision a d'autres implications, a-t-il indiqué, car elle mènerait à « un isolement de l'Irak sur le plan international, nuisant ainsi à ses intérêts économiques ».

Cette décision reflète la volonté de l'Iran

« Nous sommes face à un comportement irresponsable et émotionnel qui fait suite aux pressions de l'Iran et des groupes qui lui sont fidèles, et cela pourrait nous coûter cher, car tout isolement aura un lourd impact sur les projets de reconstruction et de développement du pays », a déclaré Shawqi.

L'économie irakienne, qui souffre d'un déficit record prévu dans le budget de cette année et pouvant atteindre 32 milliards de dollars, et qui dépend principalement des ventes de pétrole, ne sera pas en mesure de contenir les turbulences économiques, a-t-il expliqué.

Le vote du Parlement manque de fondement juridique, car il a été entrepris à la demande d'un gouvernement qui avait précédemment démissionné et qui exerce ses fonctions avec des pouvoirs limités pour gérer la vie quotidienne du pays, et non pour prendre des décisions de souveraineté, a souligné Shawqi.

Avant l'adoption de la résolution, plusieurs membres des blocs parlementaires irakiens fidèles à l'Iran ont scandé le nom de Soleimani et ont montré des photos de lui pendant la session.

« Le Parlement est contrôlé par des partis liés à l'Iran, et les slogans qu'on y a entendu ne sont pas une surprise venant de représentants de ces partis », a déclaré à Diyaruna un citoyen de Bagdad qui a demandé à être appelé Abou Firas.

« Ce qui nous préoccupe, c'est leur vote en faveur du retrait des forces de la coalition de notre pays; une décision qui ne représente pas la volonté du peuple irakien, mais celle de l'Iran et ses groupes », a-t-il ajouté.

« Les bras politiques de l'Iran veulent ramener notre pays au terrorisme et nous priver de l'aide internationale, uniquement pour satisfaire le régime iranien », a déclaré Faeq, un autre citoyen irakien de Bagdad.

« Notre demande, que nous avons exprimée dans les manifestations, est que nous ne voulons pas que l'Iran contrôle nos affaires et menace nos intérêts nationaux par le biais de ses intermédiaires », a-t-il déclaré à Diyaruna.

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