Sécurité

L'attaque de l'ambassade américaine reflète la politique étrangère hostile de l'Iran

Faris al-Omran à Bagdad et l'AFP

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Une photo publiée sur internet par la milice pro-iranienne Asaib Ahl al-Haq montre des chefs de milice irakiens dans la foule qui a attaqué l'ambassade américaine de Bagdad le 31 décembre.

L'attaque menée cette semaine par des milices irakiennes soutenues par l'Iran contre l'ambassade américaine de Bagdad reflète le « comportement barbare et rétrograde » du régime iranien, a déclaré un expert irakien.

L'attaque, orchestrée par l'Iran contre l'ambassade américaine à Bagdad, « a été dirigée par le Corps des Gardiens de la révolution islamique [CGRI] et mise en œuvre par les milices irakiennes Kataeb Hezbollah, Asaib Ahl al-Haq, l'Organisation Badr et Saraya al-Khorasani », a déclaré Ghazi Faisal Hussain, conseiller au Centre irakien d'études stratégiques.

Mardi 31 décembre, des centaines d'éléments de milices fidèles à l'Iran se sont massés devant l'ambassade, dans la zone verte de haute sécurité, ont forcé le passage jusqu'à une zone de réception de sécurité et ont écrit des graffitis en soutien à Téhéran.

Installant une cinquantaine de tentes et même des toilettes portables, ils ont annoncé un sit-in aux portes de l'ambassade, mais se sont retirés le lendemain sur ordre des Forces de mobilisation populaire (FMP).

Mercredi, les forces irakiennes avaient réimposé des mesures de sécurité normales autour du périmètre de la zone verte, habituellement inaccessible sans badge.

« Politique de violence et de chaos »

« Le régime iranien a utilisé ses intermédiaires pour lancer une attaque brutale similaire à ce qu'il a fait il y a 40 ans lorsque ses milices ont attaqué l'ambassade américaine de Téhéran et ont détenu 52 citoyens américains pendant 444 jours », a déclaré Hussain à Diyaruna.

« Cette récente attaque montre une fois de plus les intentions terroristes du régime en Iran, qui adopte une politique de violence et de chaos afin de cacher sa faiblesse et son effondrement sous les pressions économiques », a-t-il ajouté.

« Avec ce comportement, les dirigeants iraniens affirment qu'ils sont désireux de maintenir leur politique hostile et de poursuivre leurs actions visant à répandre le désordre et l'instabilité en Irak et dans tous les pays voisins », a noté Hussain, ancien diplomate.

« Le régime iranien s'efforce d'enflammer la région et d'en faire un champ de bataille en utilisant les groupes qui lui sont fidèles », a-t-il précisé.

L'attaque contre la mission américaine « n'est pas conforme à la nature des fondements sur lesquels reposent les relations entre les pays, et surtout le respect mutuel et la coopération », a déclaré Hussain.

Elle constitue une « violation grave de l'essence des conventions et accords internationaux tels que la convention de Vienne, qui oblige les États à assurer la sécurité, la sûreté et l'immunité des missions diplomatiques sur leur sol », a-t-il indiqué.

« Les membres et les dirigeants de milices irakiennes qui étaient présents lors de l'attaque contre l'ambassade américaine ont révélé leur vrai visage et montré au monde entier leur dépendance aveugle envers l'Iran et la façon dont ils suivent les programmes iraniens aux dépens de la souveraineté et des intérêts de l'Irak », a ajouté Hussain.

Les milices « ne représentent pas le peuple irakien »

« Les écrits, les slogans et les bannières qu'ils ont montré pendant l'attaque et qui jurent allégeance à Khamenei (guide suprême d'Iran) et à Qassem Soleimani (commandant des forces du CGRI) et leurs drapeaux de milice sont la meilleure preuve qu'ils ne font pas partie de l'Irak », selon Hussain.

« Ces groupes ne représentent pas le peuple irakien qui manifeste aujourd'hui sur la place Tahrir à Bagdad et dans d'autres provinces pour exprimer son rejet de l'ingérence iranienne », a-t-il affirmé.

Les manifestants « exigent que leur pays soit indépendant de la domination de l'Iran et de ses intermédiaires, ne brandissant que des drapeaux irakiens et scandant des slogans qui reflètent leur amour de leur pays », a-t-il ajouté.

« Ce qui s'est passé devant l'ambassade américaine était une tentative de détourner les yeux des manifestations populaires qui en sont à leur quatrième mois », a déclaré Ahmed Mohammad Ali, étudiant manifestant de la ville agitée de Nasiriyah, dans le sud du pays.

« Nous sommes toujours là, à manifester pour le changement et à espérer la victoire », a-t-il déclaré à l'AFP.

L'attaque contre l'ambassade a eu lieu après les frappes aériennes américaines de dimanche qui ont tué 25 combattants du Kataeb Hezbollah.

Les frappes aériennes ont été lancées en représailles aux attaques de missiles imputées aux milices soutenues par l'Iran ces dernières semaines contre des camps irakiens hébergeant des forces américaines chargées de former des membres de l'armée irakienne.

L'incident le plus récent a été une attaque au missile le 27 décembre contre le camp K1 de la province de Kirkouk, qui a causé la mort d'un entrepreneur américain et blessé plusieurs soldats américains et irakiens.

Mercredi matin, des foules d'hommes ont brandi les couleurs des FMP et ont jeté des pierres vers le complexe américain. Le personnel de sécurité à l'intérieur a répondu avec des gaz lacrymogènes.

Le Premier ministre irakien intérimaire, Adel Abdoul Mahdi, a appelé la foule à quitter l'ambassade, mais la plupart ont passé la nuit dans des dizaines de tentes installées à l'extérieur du mur de l'enceinte.

Dans l'après-midi, les FMP ont appelé ses partisans à quitter l'ambassade et à se regrouper en dehors de la zone verte « par respect pour l'État ».

Un photographe de l'AFP a vu des manifestants démonter leurs tentes et quitter la zone verte.

« Les États-Unis sont prêts à dissuader les mauvais comportements »

Des responsables américains ont fait pression sur les autorités irakiennes pour qu'elles renforcent la sécurité et ont envoyé dans la nuit une équipe d'intervention rapide des Marines pour aider à garder le complexe.

Pompeo s'est entretenu mercredi avec le Premier ministre Adel Abdoul Mahdi et « a pris note des mesures que le gouvernement irakien a prises pour améliorer la sécurité », a fait savoir le Département d'État.

Pompeo a également souligné qu'il était de la responsabilité du gouvernement irakien d'empêcher de nouvelles attaques contre l'ambassade, a-t-il ajouté.

Aucun membre du personnel américain n'a été blessé lors de l'attaque et les responsables américains ont déclaré qu'ils n'avaient pas l'intention d'évacuer.

Jeudi, plus d'une douzaine de véhicules blindés noirs du Service de lutte antiterroriste irakien, formés par les États-Unis, se sont déployés dans les rues de l'ambassade dans la zone verte pour y renforcer la sécurité.

Le Pentagone a averti que le groupe soutenu par l'Iran qui a pris d'assaut l'ambassade mènerait d'autres attaques contre les installations américaines, et qu'il le regretterait.

« Ce comportement provocateur existe depuis des mois », a déclaré le secrétaire américain à la Défense Mark Esper.

« Est-ce que je pense qu'il est possible qu'ils fassent quelque chose ? Oui. Et ils vont probablement le regretter. »

« Nous sommes prêts à utiliser de la légitime défense, et nous sommes prêts à dissuader d'autres mauvais comportements de ces groupes, qui sont tous parrainés, dirigés et financés par l'Iran. »

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