Économie

Boycott des produits iraniens et promotion de la production nationale en Irak

Faris al-Omran

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Des Irakiens font leurs achats à Bab al-Dirwaza, le vieux souk du district d'al-Kadhimiyah à Bagdad, le 29 novembre. [Diyaruna]

La colère contre l'ingérence iranienne en Irak et les demandes de réforme ont encouragé un mouvement de contestation à lancer une campagne ciblée de boycott des produits iraniens et de promotion des productions nationales.

La demande irakienne de marchandises produites localement est en hausse en réponse aux campagnes lancées il y a plusieurs semaines sur les réseaux sociaux.

Ces campagnes encouragent les gens à acheter des produits de fabrication locale et visent à faire revivre et développer les industries nationales.

La plus importante de ces campagnes utilise le slogan « Laissons-les pourrir » et voit ses partisans boycotter tout ce qui est iranien, des fruits aux boissons sucrées.

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Des produits irakiens sont exposés sur la Place Tahrir dans le centre de Bagdad pour encourager les clients à acheter des produits locaux, sur cette photo postée en ligne le 13 décembre. [Photo via la page Facebook « Support Iraqi Products »]

Abou Ahmed, un habitant de Bagdad qui a demandé à conserver l'anonymat, a expliqué qu'il « est partisan d'un boycott des marchandises iraniennes importées ».

Acheter ces produits signifie « apporter un soutien économique au régime iranien qui lui permet de continuer à s'ingérer dans nos affaires », a-t-il déclaré à Diyaruna.

« Notre pays ne doit pas être le poumon de ce régime, qu'il utilise pour respirer et rester en vie afin de pouvoir poursuivre son influence néfaste en utilisant les revenus qu'il en tire aux dépens de notre économie », a-t-il ajouté.

Produits « made in Iraq »

D'autres habitants sont également opposés à l'ouverture du marché irakien aux marchandises importées sans des règlements stricts destinés à protéger l'industrie nationale.

« Nous importons presque tout, que ce soit depuis l'Iran ou d'autres pays, alors que la plus grande partie de ce que nous importons est disponible en Irak au même prix et avec une excellente qualité », a indiqué à Diyaruna Zahraa Mohsin, une habitante de Bagdad.

Des images et des vidéos faisant la promotion des produits locaux et des industries nationales sont largement partagés sur les réseaux sociaux.

Par ailleurs, des marchés à ciel ouvert improvisés sur les places où sont organisées les manifestations présentent des stands proposant aux consommateurs des produits « made in Iraq ».

Faris Adnan, un habitant de la ville, a dit espérer voir inscrit ce label « made in Iraq » sur tous les articles qu'il achète.

L'économie ne pourra être forte sans une industrie développée et diversifiée, a-t-il ajouté pour Diyaruna.

Faleh al-Zubaidi, professeur d'économie à la faculté de management de l'Université al-Mustansiriyah, a précisé que l'industrie non pétrolière irakienne représentait 16 % des recettes annuelles de l'État il y a vingt ans.

Ce pourcentage « est acceptable par rapport au niveau d'aujourd'hui, où nous dépendons exclusivement des revenus du pétrole et où nos autres exportations sont négligeables », a-t-il ajouté.

L'Irak est riche de ressources naturelles et humaines non exploitées qui sont pourtant essentielles pour constituer une base industrielle avancée, a-t-il affirmé. « Mais nous devons commencer à lutter contre la corruption et la bureaucratie avec une volonté de fer. »

Le secteur industriel joue un rôle déterminant dans « l'absorption du chômage des jeunes », a-t-il ajouté, qui s'établit aujourd'hui à 21 %, selon les chiffres officiels.

À cela s'ajoutent « le maintien des réserves de monnaies étrangères et la revitalisation d'autres secteurs ».

Renaissance du secteur industriel

Les importations irakiennes sont en hausse, avec 8 milliards de dollars en provenance du seul Iran durant le premier semestre de l'année, et elles devraient atteindre 12 milliards d'ici la fin de l'année, a expliqué l'économiste Saleh al-Hammash.

Les campagnes de soutien à l'industrie nationale ont incité les consommateurs irakiens à boycotter les produits importés, en particulier ceux venant d'Iran et de Turquie, a-t-il ajouté.

Les produits iraniens et turcs s'entassent dans les entrepôts, selon les importateurs qui ont confirmé avoir des difficultés à les écouler, a poursuivi al-Hammash.

Mais bien que ces campagnes aient un impact visible, il reste « limité », a-t-il précisé, car la production nationale ne permet pas de couvrir la demande, en particulier de produits non alimentaires.

Al-Hammash a souligné l'importance qu'il y a à réhabiliter les quelque 60 000 usines et ateliers détruits en Irak.

« Soixante-treize entreprises aux mains du ministère de l'Industrie constituent 6 000 usines », a-t-il ajouté.

Douze d'entre elles ne sont pas rentables, selon un rapport officiel publié l'an dernier, a-t-il ajouté.

« Aucune nouvelle usine n'a récemment ouvert, mais face aux manifestations, des efforts sont en cours pour rouvrir des usines fermées », a-t-il poursuivi.

« Si tous les projets industriels étaient remis en service, il ne serait plus nécessaire d'importer quoi que ce soit », a conclu al-Hammash.

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