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Une commission irakienne va enquêter sur l'assassinat de militants

Faris al-Omran

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Des Irakiens lors de la procession funèbre du militant Ali al-Lami, assassiné par des agresseurs inconnus en décembre 2019. [Photo fournie par le groupe de volontaires Renaissance de la jeunesse de Mésopotamie]

La Haute Commission indépendante irakienne pour les droits de l'homme a annoncé dimanche 15 décembre que le gouvernement irakien allait mettre en place une commission chargée d'enquêter sur les assassinats et les enlèvements de militants lors des manifestations de masse en Irak.

Selon une source fiable, « le ministère de l'Intérieur a mis en place une commission spéciale chargée de conduire des investigations complètes sur une série d'assassinats et d'enlèvements » qui ont visé des militants manifestant à Bagdad et dans le sud.

Le ministère a demandé à la commission de nommer un représentant chargé de suivre son travail « d'une manière qui soit compatible avec les normes internationales, et de surveiller la progression des enquêtes », a expliqué cette source à Diyaruna, sous condition d'anonymat.

Il a déclaré espérer que la commission apportera « des résultats positifs qui permettront de révéler l'identité des auteurs afin qu'ils puissent être traduits en justice ».

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Des enfants irakiens visitent une exposition de photos sur la Place Tahrir de Bagdad, le 9 novembre, qui documente les manifestations de masse qui se déroulent à Bagdad et dans les provinces du sud. [Diyaruna]

Les membres de la commission ont à plusieurs reprises appelé les autorités chargées de la sécurité à redoubler leurs efforts de renseignements et de prévention pour éviter de tels crimes et mettre un terme aux activités de ces « gangs », a ajouté cette source.

Il a également souligné que la commission mettait en place une base de données de tous les militants assassinés, notamment ceux qui n'avaient pas participé aux manifestations.

Depuis le début des manifestations en octobre, la commission a reçu 48 plaintes de familles de manifestants toujours portés disparus, a-t-il poursuivi.

Il s'est dit inquiet du fait que ces assassinats et ces enlèvements aient une incidence sur la position internationale de l'Irak, soulignant que le pays est lié par des accords et des traités internationaux qui protègent les droits de l'homme et la liberté d'expression.

Des militants enlevés et tués

Durant ce seul mois, au moins cinq militants ont été assassinés.

Le 15 décembre, les médias irakiens ont rapporté que le militant Haqqi al-Azzawi avait été assassiné à Bagdad.

Le même jour, des hommes armés ont assassiné le militant Mohammed Jassim al-Dujaili dans la rue de la Palestine dans l'est de Bagdad alors qu'il rentrait chez lui depuis la place Tahrir.

Quelques jours plus tôt, Ali al-Lami avait été enlevé sur la place Tahrir. Son corps a été retrouvé au matin du 11 décembre dans le quartier d'al-Shaab portant des blessures par balle à la tête.

Al-Lami était connu pour avoir été un farouche opposant à l'influence iranienne en Irak et pour ses critiques sans peur de l'intervention iranienne sur les réseaux sociaux.

Le militant Fahim al-Taie a également été assassiné alors qu'il rentrait chez lui dans la province de Karbala.

Al-Taie avait publiquement accusé les factions armées liées à l'Iran d'avoir organisé une campagne pour se débarrasser des militants irakiens, notamment Mouhannad al-Kaabi, qui était membre du comité de coordination de Karbala pour l'activisme civil.

Début décembre, la militante Zahraa Ali Suleiman a été tuée après avoir été enlevée et torturée par des inconnus. Cette militante de 19 ans apportait nourriture et premiers secours aux manifestants.

D'autres militants, parmi lesquels Amjad al-Dahamat, Adnan Rustum, Hussain Adel et sa femme Sara Taleb, avaient été tués lors d'incidents antérieurs, notamment d'autres enlèvements et des tentatives d'assassinat ratées.

Des « agents de l'Iran » derrière ces assassinats

L'homme politique et ancien député irakien Omar Abdoul Sattar a accusé des « agents de l'Iran » d'être derrière ces assassinats, ces enlèvements et ces menaces dirigées contre des responsables et des militants dans les manifestations de masse.

« Ces agents ont peur des manifestations, parce qu'elles font peser une menace sur leurs intérêts et le projet de l'Iran d'imposer son contrôle sur l'Irak », a-t-il expliqué à Diyaruna. « Ils pensent qu'ils réussiront à juguler ces manifestations en s'en prenant aux militants. »

« Mais il est clair que chaque fois que les milices accentuent leur répression et leurs agressions criminelles, les manifestants s'ancrent un peu plus dans leurs attitudes de protestations », a-t-il ajouté.

Le commandant Qassem Soleimani de la force al-Qod du Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI-FQ) « et les autres commandants iraniens et leurs agents devraient se rendre compte que personne ne soutient leur programme sanguinaire », a déclaré Abdoul Sattar.

« Au travers de leurs manifestations, les Irakiens confirment qu'ils veulent que leur pays soit libre et indépendant et n'ait pas à rendre des comptes à quiconque », a-t-il poursuivi.

Abdoul Sattar a appelé l'Irak à adopter une position ferme contre « les activités criminelles » des milices et à mettre un terme aux violations qu'elles commettent.

Les milices irakiennes montent une campagne systématique visant à terroriser les manifestants, a expliqué à Diyaruna le politologue Ahmed Shawqi.

« Après leur échec à mettre fin aux manifestations, les agents de l'Iran en Irak sont passés à une escalade de la violence au travers d'éliminations sélectives de manifestants militants ou de leur exfiltration des manifestations », a-t-il ajouté.

Pour Shawqi, ces tactiques ont « échoué » et « les manifestations exigeant la fin de l'ingérence du régime iranien et des milices affiliées à Soleimani se poursuivent ».

« Aucune force ne peut résister à ces demandes populaires », a-t-il conclu.

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