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L'EIIS perd des sources de financement vitales après sa défaite

Khalid al-Taie

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Les forces irakiennes retirent des armes et du matériel d'une maison de repos de l'EIIS qu'elles ont découverte dans l'ouest de l'Anbar, le 1er décembre. [Photo fournie par le ministère irakien de la Défense]

Quand il était au sommet de son pouvoir, « l'État islamique en Irak et en Syrie » (EIIS) a amassé une véritable fortune grâce à la contrebande de pétrole, au pillage des banques et au commerce d'artefacts volés et de trésors nationaux irremplaçables, qu'il utilisait pour financer ses opérations.

Pendant son règne de terreur en Irak et en Syrie, le groupe aurait ainsi gagné 50 millions de dollars par mois rien que par les recettes du pétrole de contrebande.

L'EIIS a saisi 500 millions de dollars dans les banques lorsqu'il avait pris le contrôle de Mossoul, et son commerce d'artefacts pillés a fait entrer entre 150 et 200 millions de dollars de plus dans ses caisses.

Chassé des zones qu'il contrôlait et confronté à des défections en masse, le groupe est aujourd'hui en grande difficulté financière par suite de la perte de ses principales sources de revenus.

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Les forces spéciales irakiennes détruisent un site de l'EIIS dans le désert de l'Anbar, le 19 septembre. [Photo fournie par la Force tactique spéciale irakienne]

Cela l'a contraint à chercher d'autres sources de financement par des « moyens plus traditionnels », ont rapporté des experts irakiens à Diyaruna.

Après la mort du dirigeant de l'EIIS Abou Bakr al-Baghdadi, le secrétaire adjoint au financement du terrorisme du Trésor américain, Marshall Billingslea, a déclaré le mois dernier que le financement du groupe est susceptible de passer d'un système « centralisé » à un système plus fragmenté.

Les membres de l'EIIS s'appuient de plus en plus sur des réseaux secrets situés hors d'Irak et de Syrie, où ils font l'objet de moins de surveillance et de contrôle, a indiqué à Diyaruna l'expert politique Iyad al-Anbar.

« Le retour à la violence, aux enlèvements, au chantage, à la taxation et aux dons forcés, qui sont des méthodes primitives pour gagner de l'argent, pourrait être le dernier recours du groupe, qui a perdu la plupart de ses vastes ressources », a-t-il expliqué.

L'EIIS cherche des refuges dans des régions d'Afrique ou d'Asie où existent de failles de sécurité ou des conflits en cours afin de relancer ses opérations, a-t-il déclaré.

Mais il va se heurter à de nombreux obstacles quant à ses affaires financières, a-t-il ajouté, car le système monétaire mondial a intensifié ses mesures pour assurer le suivi de toutes les sources de financement du terrorisme, y compris les « moyens traditionnels », a poursuivi al-Anbar.

Le Trésor américain a identifié de nombreuses personnes physiques et morales dont il est avéré qu'elles soutiennent des groupes extrémistes et a gelé leurs avoirs et bloqué leurs transactions, a-t-il indiqué.

Cela a entravé les flux d'argent que l'EIIS reçoit par le biais de transferts financiers provenant d'un ensemble d'activités pouvant être déguisées en œuvres de bienfaisance, a-t-il ajouté.

Priver l'EIIS de ses ressources

Les sanctions américaines ont privé l'EIIS de ses principaux financiers, a fait savoir à Diyaruna l'expert en sécurité Jalil Khalaf.

Les efforts des États-Unis et du reste du monde pour surveiller les avoirs et les transferts bancaires ont permis de fermer des circuits de financement du terrorisme, a-t-il déclaré.

De plus, a-t-il ajouté, « les forces irakiennes et les avions de la coalition internationale ont réussi à détruire de nombreux quartiers généraux terroristes en Irak et en Syrie pendant la guerre, qui servaient d'entrepôts d'argent et de centres pour la contrebande de pétrole et de métaux précieux ».

Les récentes faibles tentatives de l'EIIS de générer des revenus et de collecter des fonds « montrent que le groupe est sur son lit de mort et que ses coffres ont été vidés », a noté Khalaf.

Dans les circonstances actuelles, il est « impossible » pour l'EIIS de récolter d'importantes sommes d'argent, a-t-il affirmé, car le groupe est financièrement épuisé, ses activités médiatiques éprouvent des difficultés et ses combattants affichent un moral en berne.

Le groupe n'est pas en mesure de mener des opérations de combat sur le terrain, a-t-il indiqué.

L'EIIS est dans une situation peu enviable, car on le considère désormais comme un handicapé sur le plan opérationnel, a déclaré le sociologue Taleb Mohammed Kareem à Diyaruna.

Les réserves de liquidités que le groupe avait accumulées en ont fait l'un des groupes extrémistes les plus riches, a-t-il fait savoir, « mais cette richesse s'est rapidement dissipée grâce aux efforts extraordinaires de l'Irak et de ses partenaires internationaux ».

Les efforts collaboratifs visant à cibler ces fonds obtenus illégalement se poursuivent, a-t-il déclaré.

Bien qu'il soit probable que l'EIIS continue de chercher d'autres sources de revenus plus éloignées, a conclu Kareem, il ne pourra pas cacher ses traces pendant longtemps, car les efforts internationaux pour surveiller le groupe s'améliorent sans cesse.

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