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Droits de l'Homme |

Dans les camps bombardés, les déplacés syriens disent ne plus être en sécurité

Waleed Abou al-Khair au Caire et AFP

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Un homme montre un morceau d'un missile sol-sol tiré par le régime syrien qui a touché le 21 novembre un camp improvisé dans le village de Qah, proche de la frontière turque, dans la province d'Idlib. [Omar Haj Kadour/AFP]

Abou Mahmoud pensait que lui et sa famille avaient trouvé une sécurité relative contre la guerre en Syrie quand des tirs de roquettes s'abattirent sur leur camp durant la nuit, tuant seize civils.

Jeudi 21 novembre au matin, la tente de son frère étaient en lambeaux au milieu des rangées de tentes blanches du camp de déplacés de Qah proche de la frontière turque.

Il restait peu de choses, à part un cadre métallique après cette frappe meurtrière survenue dans la nuit de mercredi.

« Nous avons entendu une énorme explosion après les prières du soir », a expliqué Abou Mahmoud, portant une veste d'hiver usée et un couvre-chef gris tricoté.

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Un homme dans une tente endommagée après des frappes du régime syrien contre un camp improvisé dans le village de Qah, près de la frontière turque, qui ont tué quinze civils, parmi lesquels six enfants, et blessé près de quarante autres. [Omar Haj Kadour/AFP]

« Je me suis précipité pour vérifier la tente de mon frère, et je l'ai trouvée en flammes. »

Sa belle-sœur et sa fille ont été tuées dans l'explosion, et son frère a survécu avec des brûlures et des blessures d'éclats, a-t-il expliqué.

Parmi les victimes de ces tirs de roquettes du régime contre ce camp, on compte huit enfants et six femmes, a indiqué l'Observatoire syrien des droits de l'homme.

Les Nations unies ont ajouté que ce bombardement avait endommagé une maternité toute proche.

L'activiste d'Idlib Haisam al-Idlibi a expliqué à Diyaruna que les forces épaulées par l'Iran, stationnées à Jabal Azzan dans la campagne d'Alep, avaient visé ce camp en tirant des roquettes chargées de bombes à fragmentation.

« Ces bombes ont déclenché des incendies qui ont occasionné chez de nombreux déplacés internes de graves brûlures et ont brûlé une grande partie des tentes et les modestes fournitures qu'elles contenaient », a-t-il ajouté.

Cette attaque a rendu le camp « inhabitable » malgré les tentatives des pompiers des Casques blancs d'éteindre les flammes avant qu'elles ne se répandent dans tout le camp, a-t-il poursuivi.

Plus en sécurité

Sur le site du bombardement à l'intérieur du camp, une bonbonne de gaz reposait sur un lit de vêtements remplis de poussière. Une porte en bois se balançait difficilement sur ses gongs.

Dehors, la mère âgée d'Abou Mahmoud enlaçait un enfant survivant, la jeune Aïsha âgée de 18 mois, des cicatrices sanglantes marquées sur la douce peau de son visage.

Abou Mahmoud a ajouté que rien de tel ne s'était produit depuis des années.

« Nous sentions une certaine sécurité ici, mais maintenant, cette région elle aussi est menacée », a-t-il poursuivi, parlant de la zone située le long de la frontière turque que l'on pensait généralement être à l'abri des bombardements.

Dirigée par l'alliance extrémiste Tahrir al-Sham depuis le début de l'année, la région d'Idlib est l'une des dernières parties du pays à échapper au contrôle du gouvernement de Damas.

La région située au seuil de la Turquie abrite près de trois millions de personnes, dont près de la moitié ont été déplacées d'autres régions du pays au cours des huit années de cette guerre en Syrie.

Elle a plusieurs fois été la cible de bombardements du régime et de son allié russe, avec la plus récente flambée de violences entre mai et août tuant 1000 civils et déplaçant 400 000 personnes.

Nombre de ceux qui ont été chassés de leurs maisons se sont enfuis vers le nord, vers la frontière turque.

Dans le village de Qah, près de ce camp, Abou Mohammed a montré le gros morceau du fuselage vert d'un missile tombé sur un tracteur devant sa maison.

« Nous étions au premier étage de la maison lorsque soudainement, quelque chose a explosé dans le ciel », raconte cet homme barbu à l'AFP, portant un long vêtement noir et un foulard brodé sur la tête.

« Quand je suis sorti, tout ce que j'ai pu voir, c'était ce missile près du mur. »

« Des enfants, pas des terroristes »

Mardi, un porte-parole des Nations unies a demandé l'ouverture d'une enquête sur cet incident.

« Cet horrible incident doit faire l'objet d'une enquête approfondie », a déclaré Mark Cutts.

« Ces camps sont des endroits où les personnes qui ont déjà fui les violences cherchent la sécurité et un abri », a-t-il ajouté.

Jeudi, les États-Unis ont fermement condamné l'attaque contre ce camp.

« Cet horrible incident suit un modèle bien documenté d'attaques vicieuses contre des civils et des infrastructures par le régime d'Assad, avec le soutien de la Russie et de l'Iran », a déclaré la porte-parole du Département d'État Morgan Ortagus.

Après des années d'échec des négociations de paix sous l'égide des Nations unies pour mettre un terme à la guerre en Syrie, le Russie, alliée du régime, et la Turquie, soutien de l'opposition, ont suivi une voie de négociations parallèle.

Plusieurs accords sur la région d'Idlib n'ont pas réussi à contenir le bain de sang.

Mais un cessez-le-feu annoncé par la Russie a largement été respecté depuis fin août, à l'exception de bombardements et d'affrontements sporadiques, jusqu'à présent, dans les régions situées au sud de Qah.

Selon un autre habitant du camp, également appelé Abou Mohammed, ce bombardement a mis à mal la croyance populaire selon laquelle les régions situées de long de la frontière turque étaient relativement sûres.

« Cette région, sûre ? Où est la région sûre dont ils parlent ? », s'est-il écrié.

« Laissez-nous tranquilles. Ce sont des enfants, pas des terroristes. »

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