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Terrorisme |

Al-Baghdadi, un mélange d'hypocrisie et de mensonges, selon des analystes

Khalid al-Taie

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Le lieutenant général Hamed Abdoullah Ibrahim, commandant des gardes-frontières irakiens, suit les opérations de surveillance visant à détecter d'éventuels mouvements de l'EIIS près de la frontière occidentale, sur cette photographie publiée en ligne le 7 août. [Photo fournie par le commandement des gardes-frontières irakiens] 

La rhétorique incendiaire du dernier discours du chef de « l'État islamique en Irak et en Syrie » (EIIS), Abou Bakr al-Baghdadi, présente un fort contraste avec la réalité sur le terrain, un groupe en lambeaux et au moral en berne, expliquent les analystes.

Un enregistrement audio de ce discours a circulé en ligne le 16 septembre, et une transcription en a été publiée en première page de l'organe de propagande du groupe, le magazine al-Naba.

Selon plusieurs experts de la sécurité régionale, il est truffé de mensonges et de tromperies.

« Les prisons, les prisons, soldats du califat ! », exhorte al-Baghdadi dans cet enregistrement. « Faites tout votre possible pour secourir vos frères et vos sœurs et faire tomber les murs qui les emprisonnent. »

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Des femmes à l'intérieur d'un camp où sont détenus des individus affiliés à l'EIIS, dans le village de Malikiya, dans le nord de la Syrie, le 29 septembre 2018. [Delil Souleiman/AFP]

Des milliers de combattants de l'EIIS sont détenus dans des prisons en Irak et en Syrie, et des dizaines de milliers de membres de leurs familles sont détenus dans des camps.

En Syrie, où l'EIIS a perdu en mars le dernier bastion qu'il tenait, des centaines de combattants du groupe se trouvent dans les geôles des Forces démocratiques syriennes » (FDS).

Les autorités irakiennes n'ont publié aucun chiffre sur le nombre de détenus dans leurs prisons, mais selon des observateurs, près de 20 000 personnes seraient emprisonnées pour des liens présumés avec l'EIIS.

Hypocrisie, illusions et défaitisme

Al-Baghdadi a exposé « une vaste hypocrisie en continuant d'inciter ses partisans à penser que le groupe restait puissant, alors que la vérité est toute autre », a expliqué à Diyaruna Ahmed al-Sharifi, spécialiste irakien de la sécurité.

Le leader de l'EIIS a utilisé son habituelle rhétorique incendiaire pour tenter de projeter une image forte de son groupe, alors même que ses capacités humaines, financières et logistiques s'effondrent, a-t-il ajouté.

Alors qu'il affirme que l'EIIS continue de recevoir des serments d'allégeance de nouveaux partisans, « cela est totalement contredit par les informations actuelles », a poursuivi al-Sharifi.

« Avec une telle hypocrisie et une telle tromperie, al-Baghdadi souhaite continuer à induire ses éléments et ses partisans en erreur et leur faire croire que son groupe est encore puissant », a-t-il continué.

Ce discours « reflète les signes de défaitisme et de déception qui sont apparus manifestes dans les propose incendiaires d'al-Baghdadi teintés d'une forte charge émotionnelle et religieuse », a expliqué al-Sharifi.

Il indique également que « il n'est désormais plus capable de rétablir la santé du groupe et est coupé de son environnement », a-t-il dit, soulignant que tout ce dont dispose désormais l'EIIS, ce sont « les discours incohérents, les mensonges et les intimidations » colportés par al-Baghdadi.

Certains mots et certains versets du Coran qu'al-Baghdadi a utilisés dans son discours impliquent que de nombreux combattants du groupe se sont dérobés lors des combats, selon le spécialiste du terrorisme Wael Abdoul-Muttalib.

Cela se remarque, a-t-il expliqué à Diyaruna, car al-Baghdadi avait l'habitude de représenter ses combattants comme une force invincible, et d'affirmer qu'ils étaient venus combattre de leur plein gré, ce qui n'est clairement plus le cas.

Quant à l'appel d'al-Baghdadi à attaquer des prisons, Abdoul-Muttalib l'a qualifié « d'appel émotionnel » pour évoquer un sens du « devoir » chez les éléments restants du groupe.

Les luttes internes « font rage » au sein de l'EIIS

Le projet idéologique de l'EIIS « s'est avéré être un échec et ne bénéficie plus d'une acceptation ni d'un intérêt populaire car c'est un projet fondé sur l'hypocrisie et sur de fausses affirmations », a expliqué l'analyste militaire Safaa al-Aasam à Diyaruna.

La vérité sur l'EIIS est désormais exposée au grand jour, a-t-il précisé, y compris parmi ceux qui avaient été au départ convaincus par l'idéologie et la rhétorique d'al-Baghdadi.

Ses discours, à la fois l'enregistrement audio de septembre et sa précédente vidéo publiée en avril, n'empêcheront pas le déclin du groupe, a-t-il ajouté.

« Ces enregistrements audio ou même l'apparition du leader du groupe dans une nouvelle vidéo ne sauraient inverser le déclin du moral parmi ses éléments ni remédier aux divisions qui existent entre eux », a indiqué al-Aasam.

« Les conflits font rage au sein du groupe et les désaccords sont nombreux entre les leaders », a-t-il ajouté. « Al-Baghdadi y a implicitement fait référence dans son récent enregistrement audio. »

Outre le fait d'avoir perdu le territoire qu'il contrôlait, l'EIIS a perdu toutes ses ressources et en est réduit à lancer des attaques sporadiques dans des zones désertiques éloignées.

« Les forces irakiennes ont montré leur capacité à fragmenter les terroristes, en fuite et incapables de se regrouper et de reconstituer leurs rangs », a ajouté al-Aasam.

Surveiller la propagande de l'EIIS

Les discours d'al-Baghdadi et toutes les autres propagandes de l'EIIS sont étroitement surveillés, a déclaré à Diyaruna le général de brigade Yahya Rasoul, porte-parole du commandement irakien des opérations conjointes.

« Nous surveillons ces messages et les analysons du point de vue des renseignements et de la sécurité, et nous voyons tous les mensonges et les contradictions qu'ils contiennent, qui reflètent l'effondrement et la vulnérabilité du groupe », a-t-il ajouté.

« La situation réelle des terroristes est très différente de ce qui est présenté par l'EIIS et par son leader criminel al-Baghdadi, car ils sont divisés et n'ont qu'un accès limité aux armes, aux fonds et au soutien logistique », a ajouté Rasoul.

Dans ce récent discours, l'appel lancé par al-Baghdadi à ses partisans d'attaquer des prisons et de libérer les éléments du groupe ne sont rien de plus que « des cris de désespoir et de défaite », a-t-il ajouté.

Mais les commandants des forces de sécurité irakiennes « n'ignorent pas les menaces terroristes, quelles qu'en soient la nature et la taille », a-t-il conclu, précisant qu'à titre de précaution, la surveillance avait été renforcée autour des prisons.

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