Terrorisme

Avenir incertain pour les orphelins étrangers de l'EIIS dans les camps de Syrie

AFP

Des orphelins présumés liés à des combattants étrangers de l'EIIS se rassemblent pour le repas dans un camp dans le village d'Aïn Issa, dans le nord de la Syrie, le 26 septembre 2019. [Delil Souleiman/AFP]

Des orphelins se rassemblent autour d'un repas dans un camp à Aïn Issa, où ils sont placés sous la responsabilité de bénévoles. [Delil Souleiman/AFP]

Alaa Souleiman al-Saleh, une bénévole s'occupant de 24 orphelins qui seraient liés à des combattants étrangers de l'EIIS, tricote un vêtement sous le regard d'enfants dans un camp à Aïn Issa. [Delil Souleiman/AFP]

L'un des 24 orphelins qui seraient liés à des combattants étrangers de l'EIIS, dans un camp d'Aïn Issa, un village du nord de la Syrie. [Delil Souleiman/AFP] 

Assis dans un fauteuil roulant à côté d'une barrière métallique dans un camp dans le nord de la Syrie, la jeune Ruqaya Mohammad, âgée de neuf ans, se cache le visage derrière un foulard pour se dissimuler au regard des journalistes.

Cette jeune Égyptienne a perdu son œil gauche, ses jambes et ses deux parents lors des combats contre « l'État islamique en Irak et en Syrie » (EIIS) dans leur dernier fief syrien en mars.

Elle vit maintenant dans une grande tente en compagnie de 23 autres jeunes orphelins de combattants étrangers de l'EIIS dans un camp de déplacés près de la localité d'Aïn Issa dans le district de Tal Abyad de la province d'al-Raqqa, sous la surveillance d'habitants plus âgés du camp.

Ces enfants, âgés de 18 mois à 13 ans, sont nés de parents d'origine russe, ouzbèke, indonésienne, tadjik, égyptienne et irakienne.

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Une photo prise le 26 septembre 2019 montre un enfant parmi 24 orphelins présumés liés à des combattants étrangers de l'EIIS confiés aux soins de bénévoles dans un camp du village d'Aïn Issa, dans le nord de la Syrie. [Delil Souleiman/AFP]

« Parmi ces enfants, c'est Ruqaya qui m'émeut le plus », a fait savoir Sara al-Abdoullah, 37 ans, qui aide à s'occuper de ces orphelins.

« Elle est toujours en retrait, timide et triste », a expliqué cette veuve mère de trois enfants, l'une des neuf femmes habitant le camp d'Aïn Isaa et qui perçoivent une petite rémunération pour aider à s'occuper de ces enfants.

Des enfants encore « visiblement effrayés »

Les bénévoles expliquent que certains de ces enfants portent encore les marques après avoir vécu avec leurs parents aujourd'hui décédés sous le règne de l'EIIS.

« Ils jouent à se tuer ou à enterrer des mines », a poursuivi al-Abdoullah.

Avec des morceaux de bois qu'ils utilisent comme des fusils, a-t-elle ajouté, ils se lancent dans des batailles imaginaires en imitant les cris de combattants de l'EIIS.

« Tout cela est gravé dans leurs têtes. Rien ne peut les faire oublier », a expliqué al-Abdoullah. « Ils n'étudient pas et ne jouent pas avec les petits. Cela leur a été volé. »

Appuyées par la coalition internationale, les Forces démocratiques syriennes (FDS) ont chassé en mars l'EIIS du dernier morceau de territoire qu'il tenait encore dans le village d'al-Baghouz, dans l'est de la Syrie.

Après avoir mené pendant des années la lutte contre l'EIIS, les Kurdes de Syrie retiennent des milliers de membres étrangers présumés de l'EIIS en détention et dans des camps : des hommes et des femmes, mais aussi quelque 8 000 enfants, dont plus de la moitié sont âgés de moins de cinq ans.

Les Nations unies affirment que des centaines d'entre eux ne sont pas accompagnés.

Les 24 orphelins d'Aïn Issa font partie des dizaines de milliers de personnes qui se sont enfuies d'al-Baghouz durant les dernières semaines des combats, après avoir subi des mois de pénuries de nourriture et d'intenses bombardements.

« Ils étaient en piteux état. Ils ont été hospitalisés et se sont remis », a rapporté le directeur du camp d'Aïn Issa Jalal Iyyaf.

Mais le camp n'a reçu aucune aide pour ces orphelins et éprouve des difficultés à subvenir à leurs besoins, a-t-il poursuivi.

« Nous demandons des vêtements, de la nourriture, des boissons ainsi que de l'aide pour les réhabiliter et les débarrasser de l'idéologie de l'EIIS », a-t-il déclaré.

Besoin de soutien psychologique

Dans la tente, Souad Mohammed Ameen, 20 ans, a expliqué que les enfants dont elle s'occupe ont certes besoin de nourriture et de vêtements, mais aussi d'un soutien psychologique.

« La partie la plus difficile est lorsqu'ils m'expliquent que leur père et leur mère ont été tués sous leurs yeux,ou comment ils ont perdu leurs frères et leurs sœurs », a-t-elle poursuivi.

Pour tenter d'atténuer la douleur, elle se consacre à raconter des histoires aux enfants, ou même à enseigner aux fillettes à tricoter.

« Je leur ai promis qu'après tout ce qu'ils avaient manqué, je les aiderai à rattraper leur temps de lecture et d'écriture », a-t-elle ajouté.

Mais pour Iyyaf, le directeur du camp, la meilleure solution serait que leurs pays d'origine les récupèrent.

Alaa Souleiman al-Saleh, 19 ans, une autre de ces soignantes, a également indiqué qu'elle espérait que ces enfants pourraient rentrer chez eux.

« La situation dans cette tente est très difficile », a-t-elle conclu. « J'espère que ces enfants pourront rentrer dans leurs pays afin de pouvoir rattraper leur éducation et récupérer leur enfance. »

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