https://diyaruna.com/fr/articles/cnmi_di/features/2019/09/18/feature-02

×
×
Terrorisme |

Le leader de l'EIIS al-Baghdadi a-t-il désigné son successeur ?

Khalid al-Taie

image

Des informations ont circulé selon lesquelles le leader de l'EIIS Abou Bakr al-Baghdadi, visible sur cette photo, aurait désigné Abou Abdoullah Qardash pour lui succéder. [Photo diffusée sur les réseaux sociaux]

Est-il avéré que le leader de « l'État islamique en Irak et en Syrie » (EIIS) Abou Bakr al-Baghdadi a désigné son successeur ?

Bien que certaines informations aient circulé en ligne affirmant que tel est le cas, tandis que d'autres affirment le contraire, le simple fait que le sujet ait été évoqué et fasse l'objet de spéculations est le signe de la confusion et des divisions qui règnent au sein du groupe, ont indiqué des analystes.

Les premiers articles consacrés à la désignation par al-Baghdadi de son successeur sont apparus à l'occasion d'un communiqué du 8 août attribué à l'organe de propagande de l'EIIS, Amaq.

Mais des rapports ultérieurs ont jeté le doute sur l'authenticité de ce communiqué, soulignant qu'il n'était pas apparu sur les canaux extrémistes habituellement connus pour relayer les nouvelles de l'EIIS/Amaq.

Alors, qui al-Baghdadi aurait-il pu choisir ? Et pourquoi ce choix serait-il controversé ?

Selon le communiqué original, al-Baghdadi aurait désigné le ressortissant irakien et haut responsable de l'EIIS Abou Abdoullah Qardash, alias Hajji Abdoullah, pour lui succéder.

Les médias irakiens et arabes ont mentionné le même nom, indiquant auparavant qu'Abou Zeid al-Iraqi, un leader de l'EIIS capturé, avait mentionné le nom de Qardash comme possible successeur d'al-Baghdadi.

Signes de profondes divisions

Plusieurs analystes irakiens ont expliqué à Diyaruna que l'apparition du nom de Qardash témoigne des profondes divisions existant au sein du groupe et des contradictions sur le rôle d'al-Baghdadi.

La nomination supposée de Qardash, d'origine turkmène, est étrange, expliquent-ils, si l'on considère l'accent mis par le groupe sur la filiation d'al-Baghdadi comme un « Qurayshi », un descendant du clan dont est originaire le Prophète.

Si la tradition était respectée, le successeur d'al-Baghdadi devrait être accepté par une instance de la charia composée de leaders de l'EIIS à la suite de consultations plutôt que par une désignation.

Par ailleurs, des rapports ont laissé entendre que la santé d'al-Baghdadi se dégradait, que des luttes intestines secouaient le groupe, et que des ressortissants étrangers, en particulier des Tunisiens, tentaient de conduire une révolte contre lui.

Si les rumeurs concernant la désignation d'un successeur s'avèrent exactes, il semblerait qu'al-Baghdadi ait uniquement désigné Qardash parce qu'il lui est fidèle, a expliqué à Diyaruna l'analyste militaire Safaa al-Aasam.

Cette désignation ne montre « aucune prise en compte des conditions que le groupe lui-même a fixées » pour se qualifier comme un leader de l'EIIS, a-t-il ajouté, soulignant que cette décision portera un coup à la foi des commandants d'al-Baghdadi, qui mettront vraisemblablement en doute son jugement.

Cette nomination souligne la confusion qui règne au sein de l'EIIS, a poursuivi al-Aasam, et constitue « un indicateur clair du chaos dans les rangs du groupe, car il n'y a plus de commandement central ».

À la suite de la défaite militaire du groupe, les résidus de l'EIIS sont éparpillés ou se terrent, a-t-il indiqué, soulignant que la désignation d'un successeur, quelle que soit son identité, « ne changera rien au sort du groupe ».

Un changement pourrait entraîner une mutinerie

La nomination de Qardash par al-Baghdadi semblerait basée en premier lieu sur la relation entre les deux hommes, a expliqué le politologue Issam al-Fayli.

« Qardash a toujours été un compagnon d'al-Baghdadi depuis qu'ils étaient tous deux emprisonnés il y a une quinzaine d'années », a-t-il expliqué à Diyaruna.

Mais al-Baghdadi « pourrait payer le prix fort pour avoir nommé Qardash, dans la mesure où par cette décision, le leader de l'EIIS aurait démontré le peu de confiance qu'il accorde à ses commandants », a-t-il poursuivi.

De plus, parce que Qardash est irakien, cela est susceptible de « renforcer le sentiment de marginalisation et de discrimination des commandants de l'EIIS, en particulier ceux de nationalité étrangère », indique-t-il.

Cela peut potentiellement aggraver les divisions dans les rangs du groupe et « pourrait faire naître rébellion et mutinerie », a expliqué al-Fayli.

Al-Baghdadi a perdu son influence au sein de la structure de commandement du groupe, et la nomination de Qardash pourrait souligner le peu d'options qu'il lui reste par suite de cette perte, a expliqué l'expert de la sécurité Saeed al-Jayashi à Diyaruna.

De plus, la « désintégration de la haute direction de l'EIIS » aurait également pu inciter al-Baghdadi à prendre une telle décision, a-t-il ajouté.

Le leader en fuite de l'EIIS, « qui n'a fait aucune déclaration pour confirmer cette nomination, n'a pas de plan ni de vision claire pour se sauver lui-même ni sauver son groupe du sort qui les attend désormais, la mort ou l'arrestation », a-t-il encore continué.

Le groupe est dans un état de crise et ne peut récupérer de ses pertes en termes à la fois de combattants et de moyens, a ajouté al-Jayashi.

Il est impuissant à remonter le moral de ses combattants et, en raison de l'anéantissement de sa machine médiatique, il est incapable de contrer ces rumeurs ou ces spéculations, a-t-il poursuivi.

Et de conclure : « Ce groupe est à l'agonie, et personne n'y pourra rien changer. »

Aimez-vous cet article?
36
NON
3 COMMENTAIRE (S)
Politique Commentaire
Captcha

À bas l'EIIS. Honte à ceux qui le suivent.

Répondre

Mort à l'EIIS! Leur destin sera la mort, si Dieu le veut!

Répondre

Hahahaah!

Répondre