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Silence médiatique de l'EIIS après les défaites militaires

Khalid al-Taie

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La production médiatique de l'EIIS est en recul depuis la défaite militaire du groupe en Irak et en Syrie. [Photo diffusée sur les réseaux sociaux]

Le volume et la qualité de la propagande produite et diffusée par « l'État islamique en Irak et en Syrie » (EIIS) enregistrent un déclin notoire à la suite de sa défaite militaire en Irak et en Syrie, affirment les spécialistes.

Le groupe doit désormais faire face à une grave pénurie de financement, de centres et d'équipes de production, ont-ils ajouté, soulignant que nombre de ses responsables médias ont été arrêtés ou abattus.

Le 21 août, un photographe qui travaillait pour l'EIIS a ainsi été arrêté à Mossoul, a fait savoir le major général Saad Maan, porte-parole du ministère de l'Intérieur, dans un communiqué.

Il était chargé de prendre des photos lorsque l'EIIS s'était emparé de Mossoul, publiant en ligne des clichés à la gloire des activités criminelles du groupe et les distribuant par l'intermédiaire de ses centres médias sur le terrain, a précisé Maan.

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Des combattants tribaux irakiens ont découvert une parabole satellite, des téléphones portables et des routeurs Internet dans un repaire de l'EIIS dans le désert occidental de l'Anbar. [Photo fournie par les forces tribales du Haut-Euphrate, publiée le 30 juillet]

« La machine de propagande de l'EIIS a été paralysée », a expliqué le journaliste irakien et président de l'Association pour la défense des droits des journalistes, Ibrahim al-Siraji.

Les forces de sécurité ont visé l'EIIS dans une série d'attaques « qui ont affaibli le groupe en général et son infrastructure médiatique en particulier », a-t-il expliqué à Diyaruna.

L'EIIS a de ce fait perdu les personnes qui possédaient les compétences techniques et médiatiques pour produire ses publications, ses vidéos et ses photos promotionnelles, qui préparaient ses communiqués et qui disséminaient leur contenu de manière systématique, a-t-il poursuivi.

« L'EIIS ne dispose plus d'une armée de photographes, de reporters et de techniciens, car la plupart ont été soit abattus soit arrêtés », a-t-il précisé.

« Rien à promouvoir »

Les photos les plus récentes que l'EIIS diffuse en ligne semblent avoir été prises par des amateurs utilisant des appareils de mauvaise qualité, a ajouté al-Siraji.

D'anciennes images ont été ajoutées pour tenter de projeter une image de puissance, a-t-il continué, en plus d'images fabriquées de toutes pièces pour tromper ceux qui les voient.

Le groupe diffuse des images floues et des vidéos en affirmant qu'elles ont été prises lors de ses récentes opérations en Irak, ce qui est faux, a-t-il précisé.

Il publie également des informations sur des attaques qui n'ont pas eu lieu, ou exagère le nombre de victimes lors d'attaques réelles, a-t-il poursuivi.

À la suite de la défaite militaire de l'EIIS, sa production médiatique « a significativement baissé en volume et en qualité comparé à ce qu'elle était lorsqu'elle est apparue en 2014 », a expliqué pour sa part Hashim Hassan, doyen de la faculté d'études médiatiques de l'université de Bagdad.

« L'EIIS n'a actuellement rien à promouvoir », a-t-il expliqué à Diyaruna.

« Les campagnes de sécurité ont entravé l'activité des membres du groupe et ont contraint sa machine médiatique à réutiliser d'anciens clichés et à adapter leur contenu afin d'instiller la peur et influencer l'opinion publique », a-t-il ajouté.

La guerre d'usure promise par le leader de l'EIIS Abou Bakr al-Baghdadi lors de sa dernière apparition publique fin avril « n'a conduit à aucune avancée sur le terrain ni dans les médias », a précisé Hassan.

Il a comparé le groupe à « ces cellules cancéreuses qui disparaissent mais pourraient resurgir », soulignant la nécessité de rester vigilants et de combattre son idéologie extrémiste.

Capacités médiatiques affaiblies

L'EIIS « a perdu la capacité à attirer et influencer les habitants locaux avec son idéologie, car les gens ont fait l'expérience de la vie sous le joug des terroristes », a expliqué à Diyaruna l'expert en stratégie Ahmed al-Sharifi.

Les civils ont été exposés à « toutes les formes de la tyrannie et de l'injustice », a-t-il ajouté, précisant que la vie sous le contrôle du groupe n'était « rien d'autre qu'un cauchemar ».

L'EIIS ne peut plus faire passer ses messages avec la même force qu'auparavant, car il est incapable de se regrouper et de rétablir ses capacités militaires et médiatiques, a continué al-Sharifi.

Les agences de sécurité et de renseignement sont déterminées à détruire ce qui reste des capacités du groupe, a-t-il ajouté, en montant des opérations successives pour attaquer ses éléments « et en ciblant ses dernières activités de promotion, en particulier en ligne ».

« Une pression sécuritaire exceptionnelle » doit être maintenue sur le groupe, a-t-il poursuivi, en plus de résoudre les problèmes sociaux qu'il a tenté d'exploiter dans le but de promouvoir son idéologie déviante et de favoriser le recrutement.

Le gouvernement doit continuer à porter son attention sur la résolution des problèmes qui alimentent la contestation sociale, notamment les déplacements, le mauvais état des services publics et la lenteur du développement économique, pour combler les lacunes, a-t-il conclu.

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