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Hausse du ressentiment en Irak contre les milices appuyées par l'Iran

Faris al-Omran

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Des membres de la milice pro-iranienne Asaib Ahl al-Haq sur cette photo non datée diffusée en ligne.

Beaucoup d'Irakiens pensent désormais que les milices appuyées par l'Iran ont tiré avantage de leur participation à la lutte contre « l'État islamique en Irak et en Syrie » (EIIS) pour légitimer leur présence et promouvoir les ambitions iraniennes, ont expliqué des politologues.

« Ces milices ont placé les intérêts de l'Iran au-dessus de toute autre considération et suivent le chemin tracé par le Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) sans plus y réfléchir », a expliqué le journaliste et analyste politique Ziyad al-Sinjari à Diyaruna.

« Elles ne réalisent pas que ce faisant elles ne sont que des pions avancés par les Iraniens qu'ils sacrifieront en dernier recours », a-t-il ajouté.

Les milices appuyées par l'Iran en Irak, à l'instar de l'organisation Badr, Harakat al-Nujaba, Asaib Ahl al-Haq et Kataib Hezbollah, favorisent les intérêts d'un régime « qui est haï même par le peuple iranien et est accusé de corruption et de manque d'intérêt pour la résolution des crises économiques dont souffrent les Iraniens », a-t-il poursuivi.

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Des combattants de la milice Harakat al-Nujaba appuyée par l'Iran participent à un défilé le 31 mai sur cette photo publiée sur le site internet de la milice. 

« Les Irakiens connaissent aujourd'hui le vrai visage de l'EIIS », a-t-il ajouté. « Mais ils connaissent aussi la vérité sur les milices épaulées par l'Iran, qui ne les protègent pas du terrorisme comme elles l'affirment, mais pillent leurs ressources et ne font qu'appliquer le programme iranien. »

Cela a « des implications dangereuses » pour la sécurité et la souveraineté de l'Irak, a-t-il encore précisé, soulignant que ces milices « ont perdu toute crédibilité et la confiance du peuple irakien ».

Pris entre l'Iran et l'Irak

Le CGRI a pour ambition de « porter atteinte à la sécurité, à la sûreté et à l'avenir du peuple irakien avec l'aide de ses milices affiliées, dont il a acheté le sang avec de l'argent et de l'influence », a expliqué l'ancien député irakien Mithal al-Alousi à Diyaruna.

Ces miliciens sont utilisés comme « des outils par le CGRI pour parvenir à ses fins », a-t-il indiqué.

Mohammad Ali Jafari, commandant du CGRI, a affirmé à plusieurs reprises que le CGRI avait recruté 100 000 Irakiens, a poursuivi al-Alousi.

Il a indiqué que ces recrues sont « trompées et induites en erreur par de faux slogans et exploitées dans le seul but de servir le projet iranien ».

« L'Iran n'accorde aucune valeur aux milices », a expliqué le politologue Anmar al-Duroubi. « Téhéran les utilise plutôt pour semer la division et le chaos en Irak et dans les pays voisins, et il les abandonnera en fin de compte. »

Le régime iranien cherche à imposer son hégémonie sur l'Irak, a-t-il déclaré à Diyaruna, et à noyer le nationalisme irakien dans le cadre de cet objectif.

Bien que cet effort se cache derrière le masque du sectarisme, a-t-il ajouté, son véritable but est politique.

« Les membres des milices doivent se rendre compte qu'ils ne représentent rien pour ce régime, qui tournerait le dos à son propre peuple, et n'a aucun intérêt à alléger le fardeau économique qui pèse sur eux », a poursuivi al-Duroubi.

Depuis sa création, a-t-il rappelé, le CGRI « a accordé une attention exceptionnelle à ce qu'il appelle ses « missions extérieures », qui consistent à ordonner à ses milices de suivre la force Al-Qods (CGRI-FQ) dans le but d'alimenter les tensions et de semer le trouble ».

Mais le CGRI-FQ a une longue tradition d'utilisation de ces milices pour servir ses propres desseins puis de les abandonner, a-t-il rappelé.

Dans l'Irak d'aujourd'hui, a-t-il indiqué, il existe « un ressentiment de plus en plus marqué de l'homme de la rue contre la soumission aveugle des milices à l'Iran, et contre la façon dont les deux camps travaillent ensemble pour faire de l'Irak une passerelle et un entrepôt d'armes meurtrières ».

Ressentiment contre les milices appuyées par l'Iran

« Les milices ne bénéficient plus de la fidélité ni de la sympathie des locaux », a expliqué à Diyaruna le spécialiste des affaires politiques Abdoul Qader al-Nayel.

« Ces milices pro-iraniennes nous ont déçus », a déclaré Abou Aliya, un habitant de Bagdad qui a demandé à ce que sa véritable identité ne soit pas dévoilée dans cet article.

« Au départ, nous pensions qu'elles étaient motivées par le patriotisme lorsqu'elles avaient participé à la guerre contre l'EIIS », a-t-il déclaré à Diyaruna. « Mais aujourd'hui, leur vraie nature a été révélée. »

« Ici et ailleurs, les gens savent parfaitement qu'elles sont un outil aux mains du CGRI, qu'elles travaillent pour lui plus que pour le peuple irakien », a-t-il ajouté.

Un autre habitant de Bagdad, qui a demandé à se faire appeler « Abdoullah », a expliqué que les miliciens « n'ont aucune considération pour nos vies ni pour l'avenir de nos enfants ».

« Ils ne sont que des marionnettes entre les mains du CGRI », a-t-il déclaré à Diyaruna.

Les dépôts d'armes, une menace pour les civils irakiens

« Avec l'aide de ses milices irakiennes, le CGRI a ces derniers mois expédié d'importantes quantités de missiles et de munitions en Irak », a ajouté al-Nayel.

Ces armes sont cachées dans des camions et entrent dans le pays en empruntant douze postes-frontière non officiels répartis dans les provinces de Diyala, Wasit, Maysan et Bassorah, a-t-il précisé, à partir desquels elles sont distribuées dans les camps des milices dans plusieurs villes.

Ces envois illicites d'armes iraniennes sont entreposés et stockés « sans tenir compte des normes de sécurité et sans aucune considération pour la vie des personnes qui habitent près de ces camps », a-t-il ajouté.

Les milices doivent être punies pour avoir entreposé des armes dans des zones d'habitation, a expliqué à Diyaruna un habitant d'al-Madain, une localité située au sud-est de Bagdad.

« C'est un acte scandaleux et immoral », a-t-il conclu, ajoutant que ces milices devraient savoir que « nos quartiers ne sont pas des dépôts pour leurs armes et leurs missiles iraniens ».

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