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Les défis des milices appuyées par l'Iran suscitent la colère des Irakiens

Faris al-Omran

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Des membres de la milice irakienne Harakat al-Nujaba appuyée par l'Iran sur une photo postée sur le site web de la milice le 13 mai.

Les milices irakiennes appuyées par l'Iran ont répondu aux récentes décisions du gouvernement irakien par l'hostilité et le dédain, suscitant la colère des responsables irakiens et les critiques de l'opinion, ont expliqué des spécialistes et des responsables à Diyaruna.

Depuis juillet, lorsque le Premier ministre irakien Adel Abdoul Mahdi avait annoncé qu'il envisageait de restructurer les Forces de mobilisation populaire (FMP) les menaces et les provocations des chefs des milices à l'encontre du gouvernement se sont multipliées.

Le décret du 1er juillet ordonnait l'intégration de tous les groupes armés dans l'armée irakienne, les éléments de ces FMP devant couper tous les liens avec leurs anciennes milices, et les postes de contrôle et les officines affiliées appartenant aux milices devant être fermés.

Ce décret faisait suite à une série d'attaques contre des missions diplomatiques et des intérêts internationaux en Irak, qui avaient été imputées à des groupes armés liés à l'Iran.

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Le commandant en second des Forces de la mobilisation populaire Abou Mahdi al-Muhandis (au centre) en compagnie du commandant de la 30e Brigade Waad Qado (à droite) sur une photo postée sur le site web de la 30e Brigade, le 9 août.

Dans sa première réponse au décret, la Kataeb Hezbollah alignée sur l'Iran avait indiqué qu'elle considérait cette décision comme une tentative de « criminaliser » et de « causer du tort » à ses membres.

Dans une déclaration du 22 juillet qui avait également provoqué la colère de certaines milices appuyées par l'Iran, Abdoul Mahdi avait indiqué qu'il exonérait l'ancien commandant des opérations dans l'Anbar, le major général Mahmoud al-Falahi des accusations pesant sur lui.

Al-Falahi avait été victime d'une campagne de diffamation au cours de laquelle plusieurs médias pro-iraniens l'avaient accusé de trahison.

Dans un communiqué, la Kataeb Hezbollah avait menacé de ne « pas laisser les choses se passer aussi simplement », et des positions similaires avaient été adoptées par plusieurs responsables politiques irakiens proches de Téhéran.

Relation antagoniste

La relation antagoniste qui existe entre le gouvernement et les milices armées épaulées par l'Iran n'est pas nouvelle, a rappelé à Diyaruna le politologue Issam al-Fayli.

Elle plonge ses racines dans l'adoption par les milices de la doctrine de la Wilayat al-Faqih (la Tutelle du Juriste), qui appelle à faire allégeance au guide suprême iranien Ali Khamenei, a-t-il poursuivi.

Elle place ces milices en conflit idéologique direct avec le gouvernement irakien, a-t-il expliqué, dans la mesure où cette doctrine ne leur permet pas de placer en tête l'intérêt national irakien.

Pour sa part le gouvernement irakien tente de prendre ses distances avec les conflits et les tensions dans la région, a-t-il ajouté, soulignant que l'Irak ne souhaite pas se retrouver plongé dans des conflits qui menaceraient sa sécurité et sa stabilité.

Cet aspect est particulièrement important dans la mesure où l'Irak sort à peine d'un conflit épuisant avec « l'État islamique en Irak et en Syrie » (EIIS) et lutte encore contre les résidus du groupe, a-t-il précisé.

La 30e Brigade des FMP, sous les ordres de Waad Qado, a récemment défié les ordres du gouvernement de libérer ses quartiers et de se retirer des Plaines de Ninive.

Le 5 août, les médias iraniens ont rapporté que le porte-parole de Harakat al-Nujaba Nasr al-Shimmari avait déclaré que sa milice était en mesure de « renverser n'importe quel gouvernement irakien en quelques semaines dans l'hypothèse où celui-ci adopterait des positions anti-iraniennes ».

La semaine suivante, le chef du conseil de la Choura des érudits de Harakat al-Nujaba Youssef al-Nasseri avait appelé à démanteler l'armée, qualifiant ses membres de mercenaires.

En réponse à la colère largement répandue dans l'opinion publique contre ses déclarations, le FMP s'était toutefois publiquement dissocié d'al-Nasseri, expliquant que ses propos « ne reflètent que son opinion personnelle ».

Des loyautés contradictoires

« Il existe près de 34 milices irakiennes liées au Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) qui bénéficient d'un soutien, reçoivent des armes et prennent leurs ordres de la force Al-Qods du CGRI », a expliqué à Diyaruna la politologue Ghazi Faisal Hussein.

Ces milices « sont fidèles au guide suprême iranien Ali Khamenei et suivent la doctrine de la Wilayat al-Faqih », a poursuivi Hussein, conseiller auprès du Centre irakien d'études stratégiques.

« Cette connexion idéologique fataliste est précisément ce qui incite ces groupes à se battre jusqu'à la mort au nom de Téhéran », a-t-il poursuivi.

Elle explique également pourquoi ces factions « luttent contre le gouvernement [irakien] et portent atteinte à ses institutions officielles dès lors qu'une décision du gouvernement va à l'encontre de la volonté et des visées iraniennes », a-t-il ajouté.

« Les transgressions de ces milices et leur défiance constante à l'égard du régime et de la loi [irakienne] sont dangereuses », a poursuivi Hussein, soulignant qu'elles ne « s'intéressent absolument pas au sort ou à l'avenir » de l'Irak.

En réponse, le gouvernement irakien s'efforce d'adopter une politique étrangère équilibrée et une attitude ferme face à toute action illégale ou toute violation de la constitution, a-t-il conclu.

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