Terrorisme

La surpopulation dans les prisons irakiennes fait craindre une radicalisation

Khalid al-Taie

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Des responsables irakiens en visite à la prison centrale d'al-Nasiriyah le 1er avril pour inspecter la situation à l'intérieur de la prison. [Photo fournie par la Haute Commission indépendante irakienne des droits de l'homme]

Les prisons irakiennes dans lesquelles sont détenus des suspects de « l'État islamique en Irak et en Syrie » (EIIS) sont surpeuplées et risquent de devenir des terreaux de l'idéologie extrémiste, ont expliqué des spécialistes à Diyaruna.

En juin, le gouvernement a décidé d'un plan de développement des prisons, mais la plupart de celles-ci et des centres de détention sont affligés par une mauvaise gestion et une surpopulation carcérale, où beaucoup de détenus sont emprisonnés pour des charges de terrorisme ou pénales.

Selon certaines estimations, l'Irak détiendrait quelque « 20 000 détenus soupçonnés d'association avec l'EIIS », a expliqué le député irakien Qusay Abbas, président de la commission parlementaire des droits de l'homme.

« Nous craignons que ces terroristes ne propagent leurs idées extrémistes à l'intérieur des prisons », a-t-il indiqué à Diyaruna, pointant le fait que les prisons constituent « un terreau fertile qui aide à faire de ces prisons de véritables incubateurs de terroristes ».

Selon Abbas, les échanges entre des éléments suspects de l'EIIS et d'autres prisonniers dans des espaces surpeuplés sont dangereux et pourraient avoir des « conséquences troublantes ».

Les détenus endoctrinés par l'idéologie radicale propagée par des groupes tels que l'EIIS pourraient à leur tour « tirer profit de tels environnements pour promouvoir leurs idées et influencer les autres détenus ».

« Nous visitons fréquemment les prisons centrales et les centres de détention provisoire, et ce qui nous choque vraiment, c'est le grand nombre de détenus », a-t-il expliqué.

Certains sont derrière les barreaux depuis plusieurs années et attendent leur procès, a-t-il indiqué, soulignant qu'il est « constitutionnellement et légalement inacceptable de détenir des gens sans qu'ils soient jugés ».

Outre le fait de veiller à ce que le processus judiciaire se fasse dans un délai convenable, le gouvernement doit tout mettre en œuvre pour construire ou agrandir des prisons et répartir les prisonniers en fonction de leurs délits, a-t-il ajouté.

Un terreau de la radicalisation

L'état des prisons en Irak « en fait un terrain fertile pour la radicalisation, plutôt que des centres de correction et de redressement », a mis en garde Anas al-Azzawi, membre de la Haute Commission indépendante irakienne des droits de l'homme.

« Nous effectuons des visites régulières dans les prisons et les centres de détention dans tout le pays, et avons noté dans nos rapports plusieurs violations relatives aux conditions de détention », a-t-il expliqué à Diyaruna.

La réponse des autorités a été lente et les solutions sont insuffisantes, a-t-il ajouté, bien que « nous voyions une collaboration de la part des administrations carcérales pour faciliter le travail de nos équipes de contrôle, ce qui constitue un progrès. »

La surpopulation excessive des prisons, et le mélange des populations carcérales qui permet à des « terroristes endurcis » d'être placés dans la même cellule que des personnes inculpées pour des petits larcins, est préoccupante, a estimé al-Azzawi.

Le gouvernement doit rapidement mettre en œuvre des réformes, de la réduction du nombre de prisonniers dans chaque centre jusqu'au traitement des cas des personnes en détention en attente d'enquête ou de procès, a-t-il ajouté.

De nouvelles prisons répondant aux normes en matière de droits de l'homme doivent également être ouvertes.

Il a également suggéré de porter l'attention sur les programmes de réinsertion psychologique et comportementale et les initiatives de sensibilisation religieuse et culturelle qui « soulignent les dangers des idéologies extrémistes ».

Ninive pâtit d'un manque de prisons

La province de Ninive connaît une sévère pénurie de centres de détention, a expliqué à Diyaruna Ghazwan al-Dawoodi, membre du conseil provincial de Ninive.

« Nous disposons actuellement de trois centres de détention temporaires à Mossoul et à Tall Kayf qui sont surpeuplés à un point tel que les salles affectées aux activités de redressement sont aujourd'hui remplies de détenus », a poursuivi al-Dawoodi.

« Nos rapports ont souligné l'importance qu'il y a à traiter cette question de la surpopulation et à améliorer les services apportés aux détenus », a-t-il expliqué, appelant le gouvernement à accélérer le transfert des détenus condamnés dans des prisons fédérales.

Deux mille prisonniers reconnus coupables de terrorisme purgent actuellement diverses peines, a-t-il indiqué, soulignant que « aucune raison ne justifie qu'ils restent dans les centres de détention de la province ».

Ces prisonniers devraient pouvoir purger leurs peines dans des prisons fédérales dans l'ensemble du pays, a-t-il indiqué.

En restant dans des centres de détention où ils risquent de se mélanger à d'autres détenus qui attendent d'être jugés pour des délits moindres, ils présentent potentiellement le risque d'endoctriner les autres avec leur idéologie radicale, a-t-il conclu.

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Le gouvernement, représenté par la commission des droits de l'homme, doit prendre en considération ces jeunes hommes qui ont été trompés pour rejoindre "l’État islamique en Irak et en Syrie" (EIIS), qui n'avaient pas leurs mains souillées avec le sang des irakiens, et qui n'ont commis aucun crime. Ceux-là doivent être libérés sous une promesse et une garantie qu'ils retourneront à leurs vies normales loin de l'extrémisme intellectuel et religieux. Il doit aussi suivre les enquêtes avec les accusés, le progrès de ces enquêtes et si elles étaient menées sous la contrainte et les confessions ont été fabriquées. Il doit aussi faire le suivi sur les prisons et les conditions là-bas.

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