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Le CGRI étend sa toile en Syrie sous couvert de reconstruction

Waleed Abou al-Khair au Caire

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Le drapeau iranien sur des véhicules de travaux publics à Damas, en Syrie. [Photo fournie par Jamil al-Abed]

Une fondation financée par l'Iran et administrée par le Hezbollah libanais étend ses opérations en Syrie sous couvert de travaux de reconstruction et de fourniture d'aide, ont indiqué des militants syriens à Diyaruna.

Ils ont accusé Jihad al-Bina de cacher son véritable objectif : recruter des jeunes pour servir dans les rangs du Hezbollah et acheter de grandes propriétés foncières qui assureront un financement vital pour le Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI).

Cette fondation a retiré les gravats et réparé des bâtiments dans de nombreuses régions en Syrie, « et a distribué une aide alimentaire et de l'argent, en particulier dans les régions reculées », a expliqué à Diyaruna l'avocat syrien Bachir al-Bassam.

Malgré la nature ouvertement humanitaire des activités de cette fondation, « ils en tirent des bénéfices directs pour le CGRI » en facilitant son expansion en Syrie et en « décrochant de nombreux contrats de génie civil pour le gouvernement syrien », a-t-il expliqué.

Cela permet à Jihad al-Bina de ponctionner des revenus sur le Trésor syrien, soit directement soit au travers de petits affiliés qui opèrent au travers d'une société-écran syrienne, a-t-il ajouté.

Accent mis sur les villes frontalières

Au travers de Jihad al-Bina, le CGRI concentre ses efforts sur la ville d'Albou-Kamal, dans la province de Deir Ezzor, de l'autre côté de la frontière avec la ville irakienne d'al-Qaim, a-t-il souligné.

Son emplacement stratégique fait de la ville un atout essentiel pour le CGRI, « qui cherche à contrôler Albou-Kamal afin de s'assurer une route permanente vers l'Irak », a-t-il poursuivi.

Les milices affiliées au CGRI sont très présentes dans la zone depuis qu'elles ont commencé à s'y implanter, a-t-il précisé, en particulier le Hezbollah, qui s'est déployé massivement à Albou-Kamal et a ouvert plusieurs bureaux de la fondation Jihad al-Bina.

« Plusieurs témoins oculaires ont rapporté avoir vu des camions de la fondation Jihad al-Bina escortés par des forces du Hezbollah décharger leur cargaison d'aide et d'autres disparaître dans des quartiers qui sont devenus des centres militaires ou dans des villages transformés en casernes pour la milice », a expliqué al-Bassam.

Ces camions bénéficient d'une escorte et d'une protection militaire, « ce qui indique qu'ils transportent des armes », a-t-il ajouté.

« Un outil d'expansion »

Jihad al-Bina a été créé à Beyrouth par le Hezbollah et est devenu une façade pour l'expansion iranienne au Liban sous le couvert du développement, a poursuivi al-Bassam.

Lorsque la guerre a éclaté en Syrie, « cette fondation est devenue un outil essentiel de l'expansion [iranienne] dans le pays au travers de l'aide distribuée dans les zones éloignées qui avaient été dévastées par les conséquences économiques de la guerre », a-t-il indiqué.

Après que la fondation eut réussi à s'implanter, « il lui a été plus facile de mettre en place des centres dans d'autres régions comme Damas et ses zones rurales, Deir Ezzor et certaines parties d'Alep », a-t-il expliqué.

Jihad al-Bina « avait au départ ouvert des centres de services médicaux qui lui donnèrent accès aux familles et lui permirent de s'engager dans des activités de recrutement », a poursuivi al-Bassam.

À Deir Ezzor, la fondation a pris le contrôle de dizaines de maisons et de terrains en les achetant à leurs propriétaires ou en signant des baux de longue durée sur les bâtiments et les terrains, a expliqué à Diyaruna le militant local Jamil al-Abed.

Ces activités se sont concentrées dans le quartier al-Jamiyaat d'Albou Kamal, a-t-il précisé, « qui a été transformé en quartier général militaire et en casernes pour les militants et leurs familles ».

Les Syriens pressés de vendre

« Des pressions ont également été exercées sur les habitants par les milices présentes dans la ville pour les contraindre de vendre leurs biens, soit sous la menace et les arrestations, soit par la fermeture de leurs magasins », a expliqué al-Abed.

Il a souligné que la plupart des transactions sont conduites par le Friends Security Office, qui gère les transactions de vente et d'acquisition après que le propriétaire du bien soit dirigé vers lui par Jihad al-Bina.

Outre les acquisitions de biens, Jihad al-Bina recrute également des jeunes pour le Hezbollah pour un salaire mensuel d'environ 200 dollars, a-t-il ajouté, soulignant que le Hezbollah a récemment commencé à payer les salaires en livres syriennes.

Cela semblerait indiquer que « le CGRI et la milice sont à court de devises étrangères », a-t-il précisé.

Le recrutement pour le compte du Hezbollah s'effectue « en faisant pression sur les jeunes qui doivent s'inscrire pour le service militaire ou dans la réserve », a-t-il expliqué, et en exploitant leur situation financière difficile et le chômage.

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1 COMMENTAIRE (S)
Politique Commentaire

Plus honorable que le Golfe.

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